L'espoir l'emporte en Sierra Leone

Malgré la guerre et les atrocités, la population ne se décourage pas

Par Ruth Ayisi

Sheku, 17 ans, est maintenant content de ne pas avoir été tué comme il l'avait souhaité. Le regard perdu dans le vide, il raconte ce qui s'est passé en avril dernier, dans son village du district de Kono, dans l'Est de la Sierra Leone. "Les rebelles sont arrivés de nuit et nous ont rassemblés. Ils ont discuté de ce qu'ils allaient faire de nous. Après un long moment, ils ont décidé de nous déshabiller et de nous estropier." Il s'interrompt et les souvenirs semblent alors trop pénibles pour continuer. Mais il poursuit, de sa propre initiative : "Après qu'ils m'ont coupé les deux mains à coup de machette, je les ai rattrapés et les ai suppliés de me tuer. Mais ils ont refusé."

Certains des mutilés sont morts des suites de leurs blessures, mais Sheku a réussi à se faire aider de son oncle, qui d'abord ne l'a pas reconnu. "J'étais nu, les mains coupées; je lui ai fait peur," explique Sheku, qui a passé la nuit dans la brousse avec son oncle, avant d'être transporté par avion vers la capitale, Freetown, par ECOMOG, la force d'intervention régionale dirigée par le Nigéria. Ce n'est qu'à ce moment-là qu'il a reçu des soins médicaux.


Sheku, âgé de 17 ans, a été amputé des deux mains, à coup de machette, par des rebelles qui ont attaqué son village. Après qu'ils lui aient coupé les mains, il a en vain supplié les rebelles de le tuer. Dès qu'il aura reçu des prothèses des mains, il espère retourner à l'école.

Photo : UNICEF / Giacomo Pirozzi


Sheku fait partie des milliers de victimes des atrocités commises par les rebelles du Front révolutionnaire uni (RUF), qui continuent à lutter contre l'ECOMOG, aux côtés d'anciens membres du Conseil révolutionnaire des forces armées, chassé du pouvoir. Nous l'avons rencontré dans l'un des camps de personnes déplacées de Freetown, pendant qu'il attendait, tout comme 253 autres amputés, de recevoir des membres artificiels. Les rebelles sont allés jusqu'à amputer des bébés et ont enfermé des familles entières dans leur maison avant de les brûler vivantes.

Avant cette vague relativement récente d'atrocités, près de sept ans de guerre ont ravagé la Sierra Leone, pays par ailleurs riche en ressources naturelles, notamment en diamants et en terres fertiles. Les services de santé, déjà insuffisants, ont été détruits en grande partie. A l'heure actuelle, seuls 10 à 15 % de la population de la Sierra Leone a accès aux soins de santé de base et 316 enfants sur 1 000 meurent avant leur cinquième anniversaire, contre 61 au Kenya.

La Sierra Leone a maintenant l'un des taux de mortalité liée à la maternité les plus élevés du monde, 1 800 femmes sur 100 000 mourant en couches. C'est ce qui a failli arriver à Mme Kadiatu Sama, que nous avons rencontrée assise sur son lit, à l'hôpital de Bo, à cinq heures de voiture au sud de Freetown. Sur ses 13 grossesses, seuls cinq enfants ont survécu. Mme Sama se remettait peu à peu d'avoir accouché d'un enfant mort-né. Elle avait eu un accouchement difficile et avait de la chance d'être encore en vie.

Le système éducatif a également pâti de la guerre. De nombreuses écoles ont été détruites, des enseignants tués ou déplacés et 6 000 enfants auraient été recrutés dans les forces armées. A l'heure actuelle, plus de 55 % des enfants de 6 à 14 ans ne sont pas scolarisés.

Et pourtant, au plus fort de la tourmente, le gouvernement, les institutions des Nations Unies, les organisations non gouvernementales (ONG) locales et internationales s'efforcent malgré tout de reconstruire le pays. Par exemple, l'UNICEF aide le gouvernement en organisant de grandes campagnes de vaccination dans les régions épargnées par les violences. Les pouvoirs publics ont entrepris, avec le concours des communautés locales, de chlorer les puits afin d'éviter des épidémies de choléra et d'autres maladies diarrhéiques. Aux côtés des infirmières locales, les ONG internationales travaillent du matin au soir dans les centres thérapeutiques d'alimentation destinés aux enfants souffrant de grave malnutrition.

Les enfants victimes de la guerre bénéficient d'un projet remarquable, organisé par Christian Brothers, une ONG locale. Avec le concours de l'UNICEF, cette organisation a permis à des centaines d'enfants de retrouver leur famille dont ils avaient été séparés pendant la guerre, ou de trouver un nouveau foyer au sein d'une famille d'accueil. Les enfants ont également la possibilité de retourner à l'école et d'acquérir une formation professionnelle. Mais pour certains enfants anciennement soldats du RUF, le retour dans leur communauté n'a pas été facile, étant donné les atrocités qu'ils avaient été forcés de commettre.

Des familles réunies

Malgré tout, certaines histoires se terminent bien. C'est par exemple le cas de Moïse, âgé de 17 ans (dont le nom a été changé afin de ne pas le mettre en danger), qui a été enlevé par les rebelles lorsqu'il avait 13 ans. Après une tentative d'évasion, les rebelles lui ont marqué au fer rouge, sur la poitrine, les initiales RUF. Il a maintenant retrouvé sa famille. "J'avais peur que mes parents ne veuillent plus me reprendre," explique-t-il tout en posant pour une photo, bras dessus, bras dessous avec ses parents.

"Il faut que ces effroyables atrocités prennent fin," déclare M. Tony Bloomberg, représentant de l'UNICEF en Sierra Leone. Et nous avons besoin de la paix. Mais la détermination de la plus grande partie de la population nous donne satisfaction. Malgré toutes ces épreuves, le pays ne se décourage pas. Il ne se passe pas un seul jour sans que les Sierra-léonais fassent d'admirables efforts en vue de réserver à leurs enfants un meilleur avenir."

Sheku lui-même se montre optimiste et fermement résolu à participer à la reconstruction. "On m'a promis des mains artificielles; je pourrai alors être utile, affirme-t-il. Et je voudrais retourner à l'école. Je n'ai pas envie de me venger. Cela n'aiderait pas mon pays. Tout dépend de la volonté de Dieu. Il a veillé sur moi jusqu'ici. Je croyais que j'allais mourir," ajoute-t-il.

*******