
A la suite de la ratification en mars dernier de la Convention sur les
mines anti-personnel, les signataires se préparent à leur
première réunion qui aura lieu au Mozambique. Cette réunion,
qui se tiendra du 7 au 11 mai à Maputo, permettra d'envisager une
mise en oeuvre réaliste de l'interdiction mondiale de production
et d'utilisation de mines terrestres qu'impose la Convention.
M. Fernando Chomar, diplomate mozambicain et l'un des organisateurs de la réunion, a expliqué à Afrique Relance qu'environ 650 personnes devraient assister à la réunion. Il s'agira principalement de délégués des 133 pays qui ont signé la Convention, d'organisations internationales et régionales et d'institutions spécialisées des Nations Unies. Cette réunion devrait permettre de rédiger la "Déclaration de Maputo," par laquelle les signataires s'engageraient à mettre en oeuvre la Convention.
D'après M. Chomar, le Mozambique est, de l'avis général, un endroit idéal où organiser cette réunion, car c'est l'un des pays les plus durement touchés par les mines terrestres. Il a également été jugé opportun de se réunir "sur le sol africain," car le grave problème des mines terrestres préoccupe au plus haut point tous les Africains.
L'ONU estime qu'il existe actuellement 110 millions de mines terrestres, jonchant le sol de 70 pays. Sur ces 110 millions de mines, environ 44,8 millions se trouvent dans 11 pays africains. L'Angola, l'Egypte et le Mozambique (voir tableau) sont de loin les plus touchés. En Angola et au Mozambique, les mines sont des résidus de la guerre civile impitoyable qui a ravagé les deux pays et qui s'est terminée au Mozambique en 1992 et a repris en Angola. En Egypte, la plupart des mines remontent à la seconde guerre mondiale, et certaines datent des guerres israélo-arabes qui ont eu lieu entre 1948 et 1973.
Pendant les conflits, les mines anti-personnel sont enfouies sous terre et explosent dès que quelqu'un marche dessus ou qu'elles sont déplacées de quelque façon que ce soit. Elles sont conçues pour tuer ou handicaper à vie leurs victimes, souvent en les estropiant irrémédiablement d'une ou des deux jambes. D'après le Comité international de la Croix-Rouge, les mines terrestres ont amputé 250 000 personnes (adultes et enfants) de par le monde, pour la plupart des civils. En Afrique, les pays les plus durement touchés sont l'Angola, qui compte environ 23 000 amputés (soit un habitant sur 470) et le Mozambique, où les mines terrestres ont fait plus de 10 000 morts. Le nombre des victimes ne cesse d'augmenter, car de nombreuses zones minées ne font l'objet d'aucune signalisation et les mines continuent à fonctionner pendant plusieurs dizaines d'années.
Les retombées économiques des mines sont telles que la production alimentaire a été réduite de plus de 25 % dans les villes d'Angola touchées par le problème. Mais l'Angola a maintenu une présence relativement discrète à la Convention, explique M. Arcanjo Maria Do Nascimento, diplomate angolais auprès de l'ONU. "Le Mozambique est en période de paix et peut maintenant se consacrer davantage au problème. A l'heure actuelle, nous sommes en guerre," rappelle-t-il. M. Do Nascimento précise que l'Angola a effectué un grand travail de déminage, avec le concours d'équipes de l'ONU et d'organisations non gouvernementales (ONG) oeuvrant dans ce domaine. "Mais ces efforts se heurtent maintenant à la reprise des combats," a-t-il déclaré à Afrique Relance. Il a dit que son pays enverrait à la réunion de Maputo une délégation "de représentants de haut rang," afin de discuter des moyens par lesquels les participants pourraient accroître leur aide aux victimes des mines terrestres, en matière de rééducation, de fournitures médicales et d'éducation spécialisée.
Il est très important de financer le déminage, dont les coûts sont exorbitants, et qui devient ainsi une priorité humanitaire à inscrire d'urgence à l'ordre du jour de la communauté internationale. En février 1999, les contributions au Fonds d'affectation volontaire pour l'assistance au déminage s'élevaient à 49,5 millions de dollars. Mais d'après l'ONU, l'élimination de toutes les mines terrestres du monde coûterait environ 33 milliards de dollars. Le montant des contributions devrait augmenter une fois que la Convention sera appliquée, explique M. Chomar.
Il reconnaît, tout comme M. Do Nascimento, que l'aide offerte par des Etats africains vient principalement de l'Afrique du Sud, les autres pays n'ayant pas les moyens de participer au financement des programmes de déminage de l'Angola et du Mozambique. L'engagement de l'Afrique du Sud s'explique par sa propre expérience avec les mines terrestres héritées de nombreuses décennies de conflit interne (la situation étant cependant moins préoccupante que dans d'autres pays), ainsi que par le rôle qu'elle a joué dans les conflits de l'Angola et du Mozambique. Africa Watch, ONG oeuvrant en faveur des droits de l'homme, indique en effet que la plupart des mines posées dans ces deux pays viennent d'Afrique du Sud.
L'Afrique du Sud et l'Egypte sont les plus grands producteurs et exportateurs de mines terrestres en Afrique. Après s'être montrée hostile dans un premier temps au mouvement mondial de lutte contre les mines terrestres, l'Afrique du Sud a radicalement changé de position en 1996, en proclamant une interdiction permanente des mines, ainsi qu'en décidant de détruire ses stocks.
L'adoption de la Convention en septembre 1997 témoigne de l'importance croissante que la communauté internationale accorde à la crise humanitaire causée par les mines terrestres. La Convention prévoit notamment l'interdiction globale de toutes les mines antipersonnel, la destruction des stocks de mines dans les quatre ans à venir, le retrait et la destruction dans les dix ans à venir des mines déjà posées, et l'augmentation de l'assistance aux programmes de déminage de la part des pays qui en ont les moyens, des organismes gouvernementaux et des ONG.
Du point de vue de l'Angola et du Mozambique, la ratification de la Convention est un grand progrès. "Cela ne peut que sensibiliser davantage la communauté internationale aux conséquences effroyables des mines terrestres, explique M. Do Nascimento. De même, M. Chomar fait remarquer : "La Convention favorisera l'avènement d'un monde sans mine." L'Egypte se montre plus réservée. Bien qu'elle se soit engagée à apporter son soutien au déminage international et à la réalisation des objectifs humanitaires qui s'y rattachent, elle regrette que la Convention n'indique pas que le déminage relève au premier chef de la responsabilité de ceux qui ont posé les mines au départ.