L'IDA garantit un prêt privé, une première

La garantie est accordée à un projet de centrale électrique en Côte d'Ivoire

Par Jullyette Ukabiala

L'Association internationale de développement (IDA) du Groupe de la Banque mondiale, qui est l'un des principaux organismes octroyant des prêts libéraux aux gouvernements africains, garantit maintenant également des prêts commerciaux du secteur privé. La première garantie de ce type porte sur un prêt commercial de 30,3 millions de dollars, obtenu en décembre dernier en Côte d'Ivoire par un groupe d'entreprises privées du nom de Cinergy. Grâce à ce prêt, les 223 millions de dollars nécessaires à la construction en Côte d'Ivoire de la centrale électrique Azito sont maintenant réunis. La Société financière internationale (SFI), qui fait également partie du Groupe de la Banque mondiale, a oeuvré en étroite coopération avec l'IDA afin d'évaluer le projet et d'établir le mécanisme de garantie.


La moitié de la population rurale de Côte d'Ivoire n'a pas d'électricité. Le projet d'Azito devrait accélérer l'électrification des zones rurales.

Photo : PNUD / Ruth Massey


D'après des sources de l'IDA, ce mécanisme inédit marque le début d'une phase d'évolution de l'IDA, qui, de prêteur, deviendra garant de prêt, dans le cadre d'un programme pilote approuvé en 1997 par le Conseil d'administration de la Banque. M. Said Mikhail, responsable du projet à l'IDA, a expliqué à Afrique Relance que, tout en remplissant ces nouvelles fonctions de garant, l'IDA ne cessera pas pour autant d'accorder des prêts assortis de conditions libérales à des pays en développement à faible revenu. Il s'agit plutôt de diversifier le type d'aide que l'IDA peut apporter à ces pays : "La garantie est un service supplémentaire, qui nous permettra de renforcer notre action," a-t-il déclaré. D'après des représentants de la Banque mondiale, l'IDA est l'organisme qui accorde le plus de prêts libéraux à l'Afrique, en déboursant tous les ans environ un milliard de dollars. Comme le fait remarquer M. Mikhail, l'importance du nouveau mécanisme de garantie réaffirme la volonté de l'IDA d'encourager les projets de développement qui amélioreront les conditions socio-économiques des pays d'Afrique, "à condition qu'ils mettent de l'ordre dans leur économie et leur régime politique."

Le reste des fonds nécessaires à la construction de la centrale électrique de 300 mégawatts provient en grande partie de prêts de la SFI, de prises de participation et d'un syndicat d'institutions bilatérales et multilatérales dirigé par la Commonwealth Development Corporation (CDC). La Société Générale française est le syndicat de garantie pour l'ensemble des prêts accordés par les banques commerciales. Le mécanisme de garantie de l'IDA est une "garantie à risque partiel," étant entendu que le gouvernement de la Côte d'Ivoire, les promoteurs du projet et la banque commerciale qui y participe assument une part des risques que présente le projet, notamment en matière de construction et de dépassement du budget prévu.

Conditions de la garantie de l'IDA

D'après M. Mikhail, le nouveau rôle de garant de prêt de l'IDA ne fera que renforcer la confiance que lui accordent les groupes d'entreprises publiques et privées des pays qui constituent sa principale clientèle. Mais l'IDA n'accorde sa garantie qu'à certaines conditions : il faut notamment que les entreprises intéressées opèrent dans un contexte économique et politique stable et sur un marché ouvert. De même, les projets pour lesquels elles cherchent à obtenir des prêts commerciaux garantis par l'IDA doivent être viables.

C'est ainsi qu'en Côte d'Ivoire, Cinergy a pu obtenir la garantie de l'IDA principalement grâce à la privatisation du secteur de l'électricité et à des tarifs énergétiques qui assuraient le recouvrement complet des coûts engagés et ont donc convaincu l'IDA de la viabilité du projet. La réputation et l'expérience des responsables de projet et des propriétaires de Cinergy, ainsi que la confiance qu'accorde l'IDA à la stabilité et aux dirigeants politiques de la Côte d'Ivoire sont également entrées en ligne de compte.

Pour bénéficier de la garantie de l'IDA, les responsables du projet ont également dû satisfaire à deux autres conditions : offrir des indemnités en espèces et des primes de réinstallation aux riverains habitant à proximité du projet et s'engager à suivre les recommandations et précautions de l'IDA afin d'éviter que le fonctionnement de l'usine ne soit à l'origine de pollution ou de détérioration de l'environnement.

La construction de la centrale électrique d'Azito a pour objectif de renforcer la stabilité socio-économique de la Côte d'Ivoire, en aidant le pays à poursuivre sa croissance économique. L'énergie est en effet l'un des moteurs du développement économique, et la croissance ne peut se réaliser si l'on ne dispose pas d'une certaine sécurité en matière d'énergie, rappelle M. Mikhail. Azito vise à donner à la Côte d'Ivoire cette sécurité et à réduire les achats en devises étrangères. Puisque la centrale sera alimentée par du gaz naturel produit localement, une source d'énergie très rentable, la Côte d'Ivoire devrait économiser tous les ans jusqu'à 4 millions de dollars en dépenses de combustibles.

Par ailleurs, le projet devrait améliorer l'alimentation en électricité des zones rurales de la Côte d'Ivoire, où vivent environ 56 % d'une population qui compte actuellement 14,3 millions d'habitants et ne cesse de croître. Le dossier d'évaluation du projet indique que la demande d'électricité croît actuellement en Côte d'Ivoire à un rythme annuel de 12 %. Grâce au programme d'électrification des campagnes, environ la moitié de la population vivant en zone rurale a maintenant l'électricité, d'après la Banque mondiale. Lorsque l'usine d'Azito entrera en service, elle devrait permettre à la Côte d'Ivoire d'accélérer la mise en oeuvre de ce programme et d'exporter de l'électricité aux pays voisins.

M. Mikhail fait remarquer que de nombreuses entreprises privées d'autres pays africains pourraient bénéficier du mécanisme de garantie de prêt de l'IDA, pour le financement de projets qui seraient tout aussi utiles sur le plan socio-économique. Les projets d'infrastructure susceptibles de générer des revenus et donc, d'attirer des investisseurs, sont particulièrement appréciés.

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