Comment financer le développement?

Une conférence de la CEA consacrée à la mobilisation des ressources intérieures et extérieures

Par Jacqueline Irving

Des dirigeants africains et leurs partenaires en matière de développement se sont réunis à Addis-Abeba du 6 au 8 mai, en vue de déterminer les stratégies qui permettront à l'Afrique d'attirer l'aide au développement et de l'utiliser à meilleur escient, d'accroître les flux de capitaux privés et de mobiliser l'épargne nationale. Les solutions durables à apporter à la crise de l'endettement ont également été l'un des thèmes de cette Conférence commune des ministres africains des Finances et des ministres africains du Développement et de la Planification économique, organisée par la Commission économique pour l'Afrique des Nations Unies (CEA).

A l'heure où l'aide publique au développement diminue, où la mondialisation des marchés financiers s'accentue et les contrecoups de la crise financière qui a débuté en Asie en 1997 se succèdent, cette conférence a permis d'échanger des idées sur les "Défis du financement du développement en Afrique."


La construction et l'entretien des infrastructures font partie des objectifs de mobilisation des ressources.

Photo : Banque mondiale / John Moss


Dans un avenir proche, rappelle la CEA, le développement africain continuera de nécessiter des niveaux importants d'aide extérieure. Mais, pour l'instant, l'aide a chuté au niveau le plus bas de son histoire, et les pays en développement sont contraints de se disputer des ressources de plus en plus restreintes. L'aide publique au développement (APD), qui constitue la grande majorité des flux de ressources externes de l'Afrique, a chuté de 14,2 milliards de dollars en 1992 à 12,8 milliards en 1996. Etant donné cette tendance à la baisse, l'une des grandes priorités en matière de développement est de déterminer comment utiliser à meilleur escient cette aide. Cette question est d'autant plus importante que les donateurs risquent de sélectionner de plus en plus rigoureusement les pays à aider.

Que l'APD décline ou non, les pays africains doivent de toute façon prendre les mesures qui leur permettront de réduire progressivement leur dépendance vis-à-vis de l'APD. Cet état de dépendance prolongé risque, aux dires d'experts, de nuire aux progrès réalisés jusqu'ici en matière de développement. Certains affirment que les mesures de réduction de la dépendance vis-à-vis de l'aide extérieure ne seraient pas nécessairement douloureuses si la communauté internationale intensifie l'allégement de la dette, accorde des aides visant à récompenser, et non plus à inciter, les réformes politiques et attribue davantage d'aides assorties d'échanges commerciaux, dont les avantages sont mutuels. Il a parfois également été dit que cette transition sera plus aisée si les pays africains adoptent des politiques visant à mobiliser l'épargne nationale en faveur du développement.

Les flux de capitaux privés en direction des marchés émergents sont tombés de 240 milliards de dollars en 1996 à 70 milliards en 1997, principalement à cause des retombées de la crise financière asiatique. Constatant qu'il est actuellement plus difficile, en raison de la situation financière internationale, d'augmenter le montant des capitaux privés finançant le développement, la CEA a invité les ministres africains à faire part de leurs expériences respectives dans ce domaine lors de la conférence. Les coûts et les avantages des différents types d'investissements étrangers directs (IED) et les politiques permettant de les attirer ont également figuré au programme de la conférence.

Selon la CEA, les politiques nationales qui réduisent la dépendance vis-à-vis de l'aide extérieure et augmentent la part des capitaux privés sont essentielles au développement à long terme. La conférence a donc permis d'examiner les stratégies visant à attirer des capitaux privés étrangers non spéculatifs, ainsi qu'à promouvoir la mobilisation des ressources intérieures. Les dirigeants africains et leurs partenaires en matière de développement ont été invités à étudier des politiques permettant d'augmenter le niveau d'épargne nationale en multipliant les incitations à l'épargne et en renforçant les institutions d'épargne.

Prévoyant que les capitaux privés étrangers augmenteront à l'avenir en Afrique, la conférence s'est également inspirée des leçons tirées de la crise financière asiatique, afin d'éviter que les marchés financiers africains ne subissent un sort similaire.

Le fardeau de la dette extérieure

La conférence a également porté sur l'endettement, qui nuit au développement aussi bien qu'aux investissements directs de sources nationales et étrangères. Les ministres africains ont fait le bilan des progrès réalisés, en matière d'allégement de la dette africaine, par l'Initiative en faveur des pays pauvres très endettés (PPTE) depuis leur dernière réunion en mars avril 1997, tout en prenant en compte le remaniement complet de l'Initiative PPTE qu'ont demandé les conseils d'administration de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international. Les ministres ont également étudié différents moyens d'améliorer le fonctionnement du programme PPTE. La CEA a pour sa part demandé que la réduction de la dette dépende plus étroitement des politiques d'élimination de la pauvreté.

D'après la CEA, la conférence visait à assurer un "maximum de dialogue et d'échange de vues" entre les ministres africains des Finances, les ministres africains du Développement et de la Planification économique, les gouverneurs des banques centrales et d'autres dirigeants de haut rang, ainsi que leurs partenaires en matière de développement. Une réunion d'experts techniques a donc été organisée la semaine précédant la conférence.

Ont également été présentés pendant la réunion un rapport sur la coordination et la collaboration en Afrique de diverses institutions des Nations Unies, au niveau régional et sous-régional, ainsi qu'un rapport d'activité sur la rationalisation des institutions financées par la CEA.

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