La lutte contre la désertification

Une conférence internationale envisage un 'Mécanisme mondial' de financement

Par John Nyamu

Les questions de financement ont été la principale préoccupation de l'Afrique lors de la deuxième session de la Conférence des parties (COP-2) à la Convention des Nations Unies sur la lutte contre la désertification, qui s'est tenue à Dakar (Sénégal) du 30 novembre au 11 décembre 1998. En raison de l'extrême pauvreté et du manque relatif d'expertise technique du continent, le financement de la lutte contre la désertification revêt en effet un caractère d'urgence.

D'après les estimations, la désertification coûte aux Etats africains environ 9 milliards de dollars par an, soit plus de la moitié du montant total net de l'aide publique au développement (APD) que reçoit l'Afrique subsaharienne. Il s'agit là d'une part importante des 42 milliards de dollars que perdent chaque année en revenus les régions touchées par la désertification, selon les estimations du Programme des Nations Unies pour l'environnement (PNUE). Les coûts économiques et sociaux encourus par les régions voisines n'en sont pas moins importants, notamment à cause de l'afflux de "réfugiés environnementaux" et des pertes subies en termes de production alimentaire nationale.


"En unissant nos efforts, nous arriverons à répondre aux préoccupations les plus urgentes du peuple africain et de toutes les régions arides du monde."

-- Souty Touré, ministre de l'Environnement du Sénégal

Photo : ONU / John Isaac


Les délégués africains se sont également déclarés préoccupés par le financement des plans d'action nationaux et d'un Mécanisme mondial de lutte contre la désertification. Constatant qu'un tel mécanisme ne disposerait d'aucun fonds à prêter ou à distribuer, M. Hama Arba Diallo, Secrétaire exécutif de la Convention, a expliqué que ce fonds fonctionnerait "plutôt comme un organisme de contact." Sa mission consisterait à "identifier les besoins en financement des pays signataires et à mobiliser à leur usage des possibilités de financement provenant de sources bilatérales et d'institutions ou d'organismes financiers," a-t-il ajouté. Ce projet ne correspondait pas du tout aux attentes du groupe africain, qui souhaitait obtenir des sommes immédiatement disponibles et facilement accessibles, assorties de conditionnalités ouvertes à tous, explique M. Diallo.

Différences d'opinions

Les préoccupations des délégués africains s'expliquaient en partie par des différences d'opinions précédemment apparues entre pays africains et pays développés lorsqu'il s'agissait de déterminer si le secrétariat de la Convention ou le Mécanisme mondial recevrait en priorité les fonds versés par les nouveaux membres de la Convention. Les délégués africains souhaitaient privilégier le Mécanisme mondial alors que les pays développés penchaient en faveur du secrétariat. Ce différend remontait à la COP-1, organisée à Rome en 1997, et au cours de laquelle la position africaine avait reçu l'appui du Groupe des 77 et de la Chine. Etant donné qu'aucune solution n'a été apportée à la COP-2, le débat sera probablement rouvert lors de la troisième session (COP-3), qui se tiendra au Brésil à la fin de l'année.

Parallèlement aux questions de financement, le groupe africain a également cherché à mettre en oeuvre la Convention sur la lutte contre la désertification et a rappelé que la communauté internationale devrait y accorder la même importance qu'aux conventions sur la biodiversité et sur les changements climatiques. Adoptée en juin 1994, la Convention sur la lutte contre la désertification est entrée en vigueur en décembre 1996, son objectif étant d'intensifier l'efficacité des mesures mondiales menées contre la dégradation des terres arides. La Convention appelle à lutter au niveau national contre la dégradation en faisant activement participer les communautés locales et elle demande aux donateurs d'aider les pays et les communautés concernés en leur accordant une aide financière et technique.

Au cours de la conférence, plusieurs pays ont présenté leur plan national de lutte contre la désertification. Le Tchad a annoncé l'organisation de campagnes d'information et d'ateliers destinés aux individus et aux organismes concernés. Le Mali a présenté des réformes nationales visant à donner aux communautés locales les moyens d'agir et l'Erythrée a fait état de concertations organisées actuellement sur la question entre ses administrateurs et les chefs communautaires. Le Sénégal, le Burkina Faso, le Kenya et l'Ouganda ont également exposé leurs plans d'action nationaux, tandis que les pays développés membres de la Convention et les institutions des Nations Unies ont dressé le bilan de l'aide apportée aux pays touchés.

M. Souty Touré, ministre de l'Environnement du Sénégal, qui a présidé la conférence, a déclaré : "En unissant nos efforts, nous arriverons à répondre aux préoccupations les plus urgentes du peuple africain et de toutes les régions arides du monde." D'après M. Diallo, tout aussi optimiste, la conférence a montré que la Convention commence à avoir des retombées positives sur les populations qui vivent dans les terres arides. Réunis en une table ronde, 21 parlementaires ont fermement demandé que des ressources suffisantes soient allouées sans délai à la mise en oeuvre de la Convention et qu'une décennie de lutte contre la désertification soit proclamée l'an prochain.

Dégradation des terres arides d'Afrique

Il est significatif que la conférence ait été organisée à Dakar car le Sénégal, victime de sécheresses fréquentes, est situé dans la zone aride du Sahel. A la fin de la conférence, M. Mamadou Lamine Loum, premier ministre du pays, a fait remarquer que l'endroit choisi pour la conférence témoigne de la solidarité de la communauté internationale envers une région qui a été plus durement touchée que tout autre par la désertification. Depuis les années 70, la désertification a entraîné en Afrique la dégradation de plus de 105 millions d'hectares, a-t-il indiqué. Plus des trois-quarts des terres agricoles arides de l'Afrique sont déjà dégradées et 73 % de ses terres arides sont gravement ou modérément désertifiées. Seule l'Amérique du Nord, où ce pourcentage est de 74 %, connaît une pire situation.

Parmi les grandes décisions adoptées par cette conférence, qui a réuni 1 200 personnes, dont 500 délégués de 132 pays, dans le domaine politique, technique et organisationnel, figure la création d'un comité chargé de l'examen de la mise en oeuvre de la Convention. Ce comité examinerait les rapports nationaux des différentes parties, du Mécanisme mondial et du secrétariat et entrerait en service vers la fin de l'année.

Il a été décidé à la conférence que le nouveau siège du secrétariat serait situé à Bonn (Allemagne), à partir de janvier 1999. Le programme de travail de la COP-3 a également été adopté : il s'agira d'évaluer la mise en oeuvre des plans d'action nationaux africains. La quatrième conférence, qui aura lieu à Paris l'an prochain, permettra d'examiner la mise en oeuvre des rapports des pays concernés par la désertification dans d'autres régions que l'Afrique.

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