Progrès en République centrafricaine

Un pays troublé profite de la présence internationale pour rétablir la paix

Par John Nyamu

La reprise des combats et l'interruption des opérations de maintien de la paix de l'ONU en Angola ont éclipsé le succès remporté par les Nations Unies dans un autre pays africain. La Mission des Nations Unies en République centrafricaine (MINURCA), qui, d'après M. Bernard Miyet, Secrétaire général adjoint aux opérations de maintien de la paix, témoigne du rôle central et durable de l'ONU en matière de maintien de la paix et de la sécurité internationales, a en effet été l'un des principaux facteurs de stabilité depuis la crise militaire de 1996 qui a paralysé le pays sur le plan politique. La MINURCA a aidé à organiser les élections législatives qui ont eu lieu le 22 novembre et le 13 décembre 1998, et elle continue d'assurer, entre autres, la coordination de la formation de la police et de la gendarmerie nationale.

Ces élections semblaient à première vue peu concluantes -- le gouvernement et l'opposition ont obtenu respectivement 54 et 55 des 109 sièges que compte la législature. Mais, d'après l'ambassadeur Oluyemi Adeniji du Nigéria, Représentant spécial du Secrétaire général de l'ONU, elles ont permis au pays de prendre conscience de l'importance du "consensus, de la cohabitation et de la coopération."

Le 26 février dernier, le Conseil de sécurité a, conformément à la recommandation du Secrétaire général Kofi Annan, décidé que le mandat de la MINURCA -- qui devait se terminer le 28 février -- serait prolongé jusqu'au 15 novembre. Le Conseil a également autorisé la MINURCA à apporter son soutien aux élections présidentielles prévues pour octobre. Mais cela marquerait la fin du mandat de la mission, a ajouté le Conseil.

Dans son dernier rapport sur la situation en République centrafricaine, M. Annan a déclaré que la mission devrait continuer à faciliter la résolution des problèmes politiques, économiques et sécuritaires. La mission devrait également aider le gouvernement à instaurer un "climat de sécurité en vue des élections et devrait en surveiller et en vérifier le déroulement." M. Hedi Annabi, Sous-Secrétaire général aux opérations de maintien de la paix, avait pour sa part rappelé que la décision du Conseil de prolonger le mandat de la MINURCA dépendrait des mesures concrètes qu'aurait prises le gouvernement en vue de remédier aux problèmes à l'origine de la crise nationale.

La crise a éclaté à la fin de 1996, lorsque des membres des forces armées ont organisé trois mutineries successives, qui témoignaient du mécontentement général de la population face à certaines questions économiques et sociales, notamment à propos des retards de paiement des salaires. La crise a plongé les forces de sécurité nationales dans le plus grand chaos, ce qui a entraîné l'effondrement de l'ordre public et la prolifération de milices armées composées de factions politiques opposées au gouvernement du président Ange-Félix Patassé. La situation qui prévalait a eu pour effet de répandre des armes au niveau de la population civile.

L'intervention de la MINURCA

En décembre 1996, les dirigeants réunis au 19e sommet France-Afrique décident de jouer un rôle de médiateur dans le conflit. Grâce à leurs efforts, le gouvernement et les groupes d'opposition signent les Accords de Bangui en janvier 1997. La Mission interafricaine de surveillance des accords de Bangui (MISAB), composée de six nations, sera ensuite créée. Avec l'appui logistique et financier de la France, la MISAB constitue une force militaire de 800 Africains, sous la direction du Gabon. Avec le concours des pouvoirs publics de la République centrafricaine, cette force militaire entame une phase de désarmement, de démobilisation et de réintégration des combattants, au terme de laquelle 93 % des armes lourdes et environ 58 % des armes légères seront récupérées auprès d'anciens mutinés, de milices et d'autres groupes illégalement armés du pays.


D'après la carte no. 4048 de l'ONU

Les frontières et les noms et appellations indiqués sur cette carte n'impliquent ni reconnaissance ni acceptation officielles de la part de l'ONU.


Le déploiement de la MINURCA s'est avéré nécessaire à partir de la mi-avril 1998, lorsque la France a, comme prévu, cessé d'apporter son soutien à la MISAB, ce qui aurait pu précipiter l'effondrement de la Mission interafricaine. L'une des principales fonctions de la MINURCA consistait à inspecter et à vérifier le stockage et la destruction de ces armes. Elle devait également aider à coordonner un programme de formation de la police et apporter conseils et assistance technique aux organes électoraux nationaux.

Etablie par le Conseil de sécurité le 27 mars 1998, la MINURCA a été déployée le 15 avril 1998 pour une période initiale de trois mois. Depuis, son mandat a été prolongé à trois reprises. La mission, dont l'état major est situé à Bangui, a des effectifs de 1 369 hommes, dont 24 membres de la police civile et 1 347 militaires, placés sous les ordres du général de brigade gabonais Barthélémy Ratanga. Joint par téléphone, l'ambassadeur Adeniji a déclaré à Afrique Relance : "Cette mission est presque exclusivement africaine et j'ai beaucoup apprécié la détermination des membres de la mission à obtenir les résultats souhaités et à prouver qu'avec l'appui de la communauté internationale ces conflits (africains) peuvent être gérés par des Africains." Il est lui-même chargé d'encourager les réformes qui permettront d'instaurer la réconciliation, la sécurité et la stabilité nationales et de jouer un rôle de médiateur entre le gouvernement et les partis politiques de l'opposition.

Il est appelé à coopérer avec d'autres organisations internationales afin de jeter les bases d'une paix durable, de la reconstruction nationale et du développement du pays.

D'après l'ambassadeur Adeniji, les officiers de police civile de la MINURCA ont établi un grand programme de reconversion, d'où sont pour l'instant sortis 180 gendarmes et plus de 150 policiers. D'ici à la fin de l'année, la mission devrait pouvoir former jusqu'au tiers des effectifs de la police et de la gendarmerie. En ce qui concerne le renforcement des moyens nationaux dans d'autres domaines, il est indispensable à son avis de renforcer le corps législatif : "Il convient d'accroître les moyens dont dispose l'Assemblée nationale et les ressources permettant aux parlementaires de travailler efficacement, en particulier, les moyens du personnel d'appui de la législature nationale."

Un mandat limité

La MINURCA s'est heurtée à deux types de difficultés : le premier provenait du mandat lui même et le deuxième avait trait à la situation du pays. La nature restreinte du mandat limitait la portée de la mission, obligeant le Secrétaire général à recommander un déploiement dans cinq parties du pays, afin de faciliter le travail des observateurs internationaux pendant les élections législatives. De même, l'expansion au coup par coup du mandat posait également problème. "Tous les aspects de la consolidation de la paix qui auraient dû être intégrés à la mission au départ ne l'ont pas été. Ils n'ont été ajoutés que coup par coup, à la suite de résolutions ultérieures," ajoute-t-il.


Cette mission est presque exclusivement africaine et j'ai beaucoup apprécié la détermination des membres de la mission à obtenir les résultats souhaités.
-- Oluyemi Adeniji, Représentant spécial du Secrétaire général

L'emplacement géographique et l'infrastructure du pays n'ont fait qu'accentuer les difficultés de la mission, explique l'ambassadeur Adeniji. "Puisqu'il s'agit d'un pays sans littoral, il a fallu tout faire venir par avion ou par la route, à partir du port le plus proche, situé au Cameroun. Cela prend un temps fou. Les routes sont en très mauvais état et, en général, nous ne pouvons obtenir le matériel dont nous avons besoin qu'après de longs retards." Parmi les autres problèmes liés aux conditions locales, il faut citer la méfiance et la suspicion qui régnaient après les conflits, et qui ont pris des proportions telles qu'il fallait systématiquement recourir à la médiation.

Par rapport à la situation que connaît l'Angola, indique l'ambassadeur Adeniji, il convient de rendre honneur aux dirigeants de la République centrafricaine, qui, par leur volonté politique, ont su résoudre pacifiquement leurs nombreux problèmes. En Angola, les forces de l'opposition ont réussi à obtenir d'importantes ressources permettant de monter des opérations militaires et ont également reçu de l'aide extérieure, dit-il, avant d'ajouter : "Heureusement, de telles ressources ne sont pas disponibles dans ce paysci, et pour l'instant, rien n'indique que la crise dépasse le cadre national." S'agissant d'un conflit intérieur, il a été plus facile de le gérer et de convaincre toutes les parties impliquées qu'elles devaient trouver une solution à partir de la situation existante. Les dirigeants des différents camps ont également manifesté leur volonté de tirer parti de la présence de la communauté internationale, contrairement à l'Angola, où le gouvernement a enjoint l'ONU de quitter les lieux.


En novembre et en décembre 1998, l'ONU a aidé à organiser et à surveiller les élections législatives de la République centrafricaine.

Photo : ONU / Evan Schneider


Bien que la République centrafricaine, qui comprend plusieurs groupes ethniques, soit l'un des rares pays africains qui ait une langue nationale (le Sango), les différences ethniques ont néanmoins joué un rôle important dans la crise qu'a connue le pays, explique l'ambassadeur Adeniji. La rébellion militaire était par exemple liée à la volonté du groupe qui dominait l'armée de maintenir sa position de supériorité. Le régionalisme, qui oppose les habitants de la savane du Nord à la population riveraine du Sud, est également entré en ligne de compte. D'après l'ambassadeur Adeniji, le Conseil de sécurité devrait prendre note du fait que le succès de missions de maintien de la paix dépend en grande partie de la crédibilité et de l'ampleur des forces dissuasives déployées. A cet égard, les effectifs de la MINURCA ne suffisaient pas, d'après lui. "La Mission a pu obtenir des résultats parce qu'on lui avait confié un mandat limité, mais dans un pays de cette envergure, et étant donné la gravité de la menace qui pesait sur la paix et la sécurité, des effectifs plus nombreux auraient eu encore plus d'effets."

L'ambassadeur Adeniji tient à souligner l'importance de la communication qui a été établie entre la mission et les dirigeants et la population de la République centrafricaine et qui a notamment permis d'éviter que le rôle de la mission soit mal compris ou interprété à tort. "Peu de temps après notre arrivée, Radio MINURCA a été établie. Elle a contribué pour beaucoup à faire connaître auprès de toute la population le rôle positif de l'ONU. Les gens la préfèrent maintenant aux autres stations de radio, car ils estiment qu'elle leur donne une version impartiale et objective des événements internationaux et nationaux." L'ambassadeur Adeniji reconnaît que la République centrafricaine pourrait bien se laisser entraîner dans une conflagration régionale, d'autant plus que le gouvernement a signé un accord en matière de défense avec la République démocratique du Congo (RDC), actuellement en proie à de graves conflits. Dans le cadre de cet accord, le pays apporte un soutien logistique à la RDC et permet aux troupes de cette dernière d'utiliser le territoire centrafricain dans leur lutte contre les rebelles opposés au président Laurent-Désiré Kabila. "A la MINURCA, nous avons depuis le début indiqué au gouvernement qu'il ne pouvait pas du tout se permettre de se laisser entraîner dans ce conflit et le gouvernement nous a assuré qu'il n'avait pas l'intention d'y participer activement," explique-t-il.

L'ambassadeur Adeniji fait également remarquer que les problèmes de la République centrafricaine ont été exacerbés par les conflits qui font rage dans les pays voisins. Il pense notamment aux nombreux réfugiés du Soudan, de la RDC et de la République du Congo, ajoutant que "certains réfugiés de l'ancienne crise tchadienne [des années 80] ne sont toujours pas rentrés au Tchad. Pendant les premières semaines de l'année, le conflit de la RDC s'est rapproché de nous, plus de 8 000 réfugiés arrivant en l'espace d'un weekend." Cela explique en grande partie pourquoi la République centrafricaine et les pays voisins se montrent favorables à la présence continue de l'ONU à Bangui.

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