
Le commerce et l'investissement en Afrique de l'Est devraient bénéficier
de la signature, prévue en juillet, d'un traité sur la coopération
en Afrique de l'Est par les présidents Daniel arap Moi (Kenya), Benjamin
Mkapa (Tanzanie) et Yoweri Museveni (Ouganda). Le traité exemptera
de droits de douane les échanges commerciaux entre les trois pays
membres de l'East African Cooperation (EAC) afin de protéger les
industries naissantes et de laisser aux Etats des sources de revenu. Les
commerçants seront autorisés à prélever une
surcharge de 10 % au maximum sur les produits auxquels un droit de douane
continuera de s'appliquer. Mais tous les obstacles non tarifaires entre
les trois pays seront éliminés. Le traité prévoit
aussi que les échanges entre les pays de l'EAC et leurs partenaires
du Marché commun pour l'Afrique de l'Est et l'Afrique australe (COMESA)
feront l'objet d'une réduction de 80 % du tarif préférentiel.

Les partisans du traité espèrent que la coopération entre les pays d'Afrique de l'Est aura pour résultat de créer un marché unique et un secteur unique d'investissement, qui tireront parti des ressources humaines et matérielles de la région. Les Etats membres de l'EAC se sont fixé d'ambitieux objectifs macroéconomiques, à savoir la réduction des taux d'inflation au-dessous de 10 % d'ici à 2000, des déficits budgétaires inférieurs à 5 % du produit intérieur brut et la constitution de réserves de devises étrangères suffisantes pour couvrir six mois d'importations.
L'EAC devrait bientôt comprendre deux nouveaux membres, le Rwanda et le Burundi. Ces deux pays ajouteraient 13,8 millions de personnes et une surface de 54 170 km carrés à la population et à la superficie actuelles de l'EAC, qui sont au total de 80 millions de personnes et 1,8 million de km carrés. Mais, selon certains analystes, l'admission de nouveaux membres retardera l'intégration économique.
A la suite d'un sommet tenu le 24 janvier à Arusha (Tanzanie), les dirigeants des pays d'Afrique de l'Est et d'Afrique centrale ont suspendu leurs sanctions économiques contre le Burundi. Imposées quelques jours après la prise du pouvoir, le 25 juillet 1996, par le commandant Pierre Buyoya, les sanctions visaient à rétablir l'ordre constitutionnel et à contraindre M. Buyoya à engager des pourparlers de paix avec les rebelles hutus.
De l'avis général, les sanctions ont eu un certain succès : six semaines après leur entrée en vigueur, les partis politiques et l'Assemblée nationale ont été rétablis, tandis que des pourparlers de paix ont commencé l'été dernier entre le gouvernement et les rebelles. Toutefois, elles ont aussi ruiné l'économie du pays, selon M. Denis Nshimirimana, ministre burundais des Travaux publics et membre du parti Frodebu, qui se compose en majorité de Hutus.
Selon M. Astère Girukwigomba, ministre des Finances, les sanctions ont entraîné en 1996 une perte de 50 % des recettes d'exportation du pays et une augmentation de 25 % du coût des importations, tandis que le taux d'inflation passait de 26 % en 1996 à 31% en 1997. Plus important encore, les sanctions ont aggravé les conditions de vie du peuple burundais, a-t-il poursuivi.
Les dirigeants présents à la réunion d'Arusha ont averti que la levée des sanctions n'était pas nécessairement définitive. Si les négociations de paix avançaient trop lentement, le problème des sanctions serait reconsidéré. Le président Buyoya a assuré les dirigeants que le gouvernement burundais ferait tout ce qui est en son pouvoir pour accélérer le processus de paix.
Les perspectives d'une reprise des activités internationales de développement économique au Burundi se sont d'autre part récemment améliorées, alors que l'aide internationale était limitée depuis près de trois ans. A une conférence tenue au siège de l'ONU, à New York, les 11 et 12 janvier, les donateurs ont convenu de fournir 17,2 millions de dollars pour financer au Burundi la revitalisation des communautés et l'exécution de projets générateurs de revenu, selon le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), l'un des co-organisateurs de la conférence.
Selon un rapport du comité du développement international de la Chambre des Communes britannique, deux seulement des dix principaux bénéficiaires de l'aide de l'Union européenne (UE) en 1996-97 comptaient parmi les pays les moins avancés et aucun des sept premiers n'était un pays "à faible revenu." La politique d'aide multilatérale suivie par l'UE donne "davantage aux mieux lotis et moins aux pauvres," tandis que les plans couvrant les sept prochaines années continuent de négliger les besoins des pays les plus pauvres du monde.
L'Allemagne, pays membre de l'UE, a annoncé en novembre 1998 qu'elle réduirait à partir de cette année son aide bilatérale à l'Afrique subsaharienne. Un porte-parole du ministère de la coopération et du développement économique aurait déclaré à Bonn qu'à partir de 1999, l'Allemagne affecterait une plus grande part de son assistance à l'Europe orientale, pour y stimuler le développement et freiner ainsi l'afflux de demandeurs d'emploi sur son territoire.
Par contre, la France fait désormais davantage de place aux pays les plus dépourvus dans le cadre de son aide bilatérale, bien qu'une proportion croissante en soit acheminée par l'intermédiaire de l'UE. Procédant à une remise en ordre pour rendre son aide bilatérale plus efficace et transparente, la France a récemment annoncé son intention de dresser une liste de pays qui devraient bénéficier de son aide à titre prioritaire. La moitié de l'aide française va actuellement à l'Afrique subsaharienne et 15 % à l'Afrique du Nord. La France consacre à l'aide près de 0,45 % de son produit national brut, soit la plus forte proportion parmi les membres du groupe des sept pays industrialisés.
Le Fonds africain de développement (FAD), guichet de la Banque africaine de développement (BAD) spécialisé dans les prêts libéraux, recevra bientôt un nouvel apport de 3,38 milliards de dollars. Lors d'une réunion consultative tenue du 13 au 15 janvier 1999 à Bonn (Allemagne), les 53 membres régionaux et les 23 membres non régionaux du Fonds se sont mis d'accord pour en reconstituer les ressources, pour la huitième fois depuis sa création en 1973.
Un communiqué de presse de la BAD a précisé que les consultations préalables à cette décision, qui durent habituellement de 18 à 24 mois, ont été achevées en sept mois -- ce qui atteste un renouveau de confiance des donateurs dans l'impact qu'exerce le Fonds sur la lutte contre la pauvreté en Afrique.
Le FAD a été créé afin de fournir des prêts spéciaux destinés à promouvoir le développement économique et social des 53 pays africains membres de la BAD, préférence étant donnée aux projets portant essentiellement sur la réduction de la pauvreté, le développement agricole, le développement des ressources humaines, la bonne gouvernance et le développement du secteur privé.
Entretemps, les représentants de 39 pays donateurs ont convenu en novembre dernier de mettre de nouvelles ressources à la disposition du guichet de la Banque mondiale spécialisé dans les prêts libéraux, l'Association internationale de développement (IDA). De ce fait, l'IDA sera en mesure de fournir aux pays pauvres, entre le 1er juillet 1999 et le 30 juin 2002, des prêts concessionnels d'un montant total de 20,5 milliards de dollars. Les contributions nouvelles des pays donateurs représentent 11,6 milliards de dollars; le reste du montant provient surtout des remboursements de crédits antérieurs de l'IDA et de la Banque mondiale elle-même.
Comme les trois-quarts des recettes d'exportation de l'Afrique subsaharienne proviennent des produits primaires, la région souffrira probablement plus qu'aucune autre du fait que les cours mondiaux des produits de base aient été plus faibles que jamais ces deux dernières années, affirme la Banque mondiale dans le premier rapport de sa série Global Commodity Markets.
Dans certains cas, les cours sont tombés à un tiers de ceux de 1995. Mais la baisse des cours atteint l'éventail entier des produits de base : ceux du caoutchouc ont baissé de 65 % environ par rapport à 1995, et ceux du nickel, du cuivre et d'autres métaux vils, de 50 %. La baisse des cours du pétrole éprouvera durement les pays africains producteurs, comme le Nigéria et l'Angola. Les cours du pétrole sont tombés à leur chiffre le plus bas depuis douze ans, soit moins de 10 dollars le baril l'an dernier, alors qu'ils avaient atteint jusqu'à 22 dollars il y a une vingtaine de mois.
La chute des cours a été due plutôt à des progrès technologiques et à des changements de politique dans les pays producteurs qu'à une modification des profils de la demande, selon le rapport.