Le SIDA touche surtout les jeunes

Il faut réduire le nombre de jeunes séropositifs en Afrique subsaharienne

Par Jacqueline Irving

L'epidémie du VIH/SIDA touche "démesurément" les enfants et les jeunes adultes de la planète, en particulier les jeunes filles et les femmes, estime le Programme commun des Nations Unies sur le VIH/SIDA (ONUSIDA). Le virus VIH, qui affecte un nombre croissant de personnes dans le monde, fait le plus de nouveaux ravages chez les jeunes, selon un bulletin publié en novembre par l'ONUSIDA, Dernières nouvelles sur l'épidémie du SIDA: Décembre 1998. La moitié des nouvelles infections de VIH dans le monde concerne les jeunes âgés de 15 à 24 ans, et c'est parmi les jeunes filles et les jeunes femmes de l'Afrique subsaharienne qu'il y a le plus de victimes.


Victime du SIDA au Malawi avec sa fille ; en moyenne, les femmes sont séropositives de cinq à 10 ans plus tôt que les hommes.

Photo: UNICEF / Cindy Andrew


Près de 70 % des nouvelles infections signalées cette année dans le monde l'ont été en Afrique subsaharienne, notamment dans certains pays de l'Afrique australe qui constitue "l'épicentre mondial" de l'épidémie. Les filles et les jeunes femmes de l'Afrique subsaharienne sont plus prédisposées à la contamination que les garçons et les jeunes hommes du même âge. Une récente étude sur la question conduite dans une région du Kenya a indiqué que 22 % des filles contre seulement 4 % des garçons étaient séropositives dans le groupe d'âge 15-19 ans, alors qu'une autre étude en Ethiopie auprès de jeunes de 20 à 24 ans a révélé que 35,4 % des jeunes femmes étaient séropositives, contre seulement 10,7 % des garçons du même groupe d'âge.

En outre, les femmes sont contaminées en moyenne de cinq à 10 ans plus tôt que les garçons, aussi bien dans les régions où l'épidémie est déjà installée que là où elle vient de se déclarer, selon une étude de 1992 du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) intitulée Young Women: Silence, Susceptibility and the HIV Epidemic.

Outre des facteurs "biologiques, immunologiques et/ou virologiques," ce phénomène s'attribue au fait que les femmes sont souvent "incapables de négocier des rapports sexuels protégés avec leurs partenaires, et sont souvent victimes d'abus, voire de viols," a déclaré le docteur Nafis Sadik, Directrice exécutive du Fonds des Nations Unies pour la population, à l'occasion de la Journée mondiale du SIDA, le 1er décembre dernier. "Une nouvelle forme de violence se manifeste aujourd'hui contre les femmes par la transmission par leurs maris ou partenaires du virus VIH que ceux-ci ont attrapé en exploitant les services des professionnelles du sexe," a-t-elle précisé.

Le VIH/SIDA fait aussi des ravages parmi les enfants d'Afrique. En effet, 10 % des nouvelles infections signalées pour l'ensemble de la population affectent les enfants de moins de 15 ans dont 90 % vivent en Afrique, dit le rapport de l'ONUSIDA. De ce fait, les progrès réalisés dans le rallongement des taux de survie infantile risquent d'être réduits à néant dans de nombreuses parties de l'Afrique subsaharienne, où interviennent près de 94 % des 3,2 millions de décès d'enfants imputés au SIDA. Le rapport du Programme prévoit par ailleurs qu'entre 2005 et 2010, 72 sur 1 000 nouveaux-nés en Namibie mourront du SIDA avant leur première anniversaire; sans l'épidémie, le taux de mortalité infantile y serait sensiblement inférieur, à 45 décès pour 1 000 naissances.

Il semble que la plupart des enfants qui ont perdu la vie à cause du SIDA ont été infectés du virus VIH à leur naissance ou avant celle-ci, ou pendant l'allaitement. Au Zimbabwe, pays particulièrement touché par l'épidémie, le sang prélevé de femmes enceintes dans 23 des 25 centres nationaux de dépistage anonyme indique que 20 à 50 % des femmes testées en 1997 étaient séropositives. Le pronostic concernant leurs enfants pas encore nés est alarmant : la transmission du virus de la mère à l'enfant se produit dans un tiers au moins de tous les cas où la mère est séropositive.

Prevention contre soins

Tout en précisant que les taux de transmission du virus pouvaient être réduits par l'administration de certains médicaments aux femmes atteintes du VIH pendant leur grossesse et en évitant qu'elles allaitent après l'accouchement, le rapport souligne que "l'objectif final" doit être "la prévention effective" visant à rendre impossible la contamination virale. La décision récente des autorités sud-africaines de suspendre un programme destiné à soigner les femmes enceintes séropositives à la zidovudine (AZT) a provoqué un vif débat sur la façon de concilier la prévention et les soins.

Jusqu'en octobre, un projet pilote de Johannesburg avait offert à 2 500 femmes enceintes séropositives la possibilité d'être traitées à la AZT pendant une courte période de temps, sur la base de données indiquant qu'un tel traitement pouvait contribuer à diminuer jusqu'à 50 % les risques de transmission viral. A cette date cependant, le ministre sud-africain de la santé, le docteur Nkosazana Zuma, a suspendu le programme, arguant notamment de son coût excessif -- 50 dollars par traitement et par femme, et a déclaré que cet argent serait mieux dépensé à financer des campagnes de prévention publique et à faciliter la distribution de préservatifs. Les opposants à cette décision ont répliqué qu'elle était de nature à trop favoriser la prévention aux dépens des soins aux personnes séropositives.

L'Afrique du Sud compte plus de la moitié des nouvelles infections VIH signalées en Afrique subsaharienne et un sondage de 1997 à l'échelle nationale indiquait qu'une femme enceinte sur sept était séropositive. Ce pays est présumé avoir la deuxième plus grande population séropositive du monde (devancé uniquement par l'Inde). Outre le statut inférieur de la femme, d'autres facteurs concourent à la propagation du virus en Afrique du Sud, tels que la fin de son isolement dans l'après-apartheid, avec des taux de transmission virale particulièrement élevés parmi les travailleurs migrants de l'intérieur et de l'extérieur, et les lenteurs de la mise en place des campagnes d'information.

Orphelins du SIDA

Une autre tendance inquiétante, indicative de la manière dont le VIH et le SIDA touchent les jeunes de manière disproportionnée, est le nombre croissant de jeunes orphelins du SIDA. Par ailleurs, 95 % de tous les "orphelins du SIDA," qui sont définis par l'ONUSIDA comme des enfants de moins de 15 ans qui ont perdu leurs deux parents ou leurs mères du SIDA, vivent en Afrique subsaharienne, selon les derniers chiffres disponibles.

Comme les nouvelles infections affectent essentiellement les jeunes adultes -- c'est-à-dire ceux qui sont censés élever des familles -- l'épidémie a de sombres implications pour les enfants de ceux-ci. Une étude menée à Mutare, troisième ville du Zimbabwe, indiquait que près de 15 % des enfants y résidant étaient orphelins du SIDA en 1995, par rapport à à peine plus de 10 % en 1992.


L'Afrique australe est 'l'épicentre mondial' de l'épidémie de VIH/SIDA.

Et lorsque les orphelins du SIDA se tournent vers leurs familles élargies, ils n'y trouvent pas le réconfort attendu. Une une étude consacrée à la question constate que dans 88 % des cas, les membres adultes de familles ayant survécu à l'épidémie refusaient de s'occuper des orphelins du SIDA. Dans près de la moitié des cas, il s'agit de grands-parents pour la plupart diminués par leur grand âge, les maladies et/ou le manque de moyens.

Une étude publiée par le PNUD à la fin de 1997 portait sur le cas des enfants orphelins du SIDA des régions de Kisumu et de Siaya au Kenya; celle-ci estimait qu'il valait mieux que ces enfants vivent dans leurs communautés sous la tutelle d'un adulte. L'étude estimait en outre souhaitable que le village tout entier s'implique dans les soins dispensés aux orphelins du SIDA.

Force pour le changement

L'ONUSIDA estime "qu'il faut trouver des solutions au niveau de la communauté," et décrit à titre d'exemple plusieurs initiatives prises dans ce domaine au Zimbabwe. Dans un cas, plusieurs chefs de village ont réservé des lopins de terre pour qu'ils soient cultivés par l'ensemble des villageois dans le but de fournir de la nourriture aux orphelins et autres victimes du SIDA. Des associations ecclésiastiques ont par ailleurs habitué des villageoises à rendre des visites régulières aux familles qui ont à leur tête les orphelins les plus indigents de leurs communautés. Selon l'ONUSIDA, les actions susmentionnées présentent l'avantage d'être peu onéreuses car entreprises au niveau local.

Compte tenu de la menace croissante que présente le VIH/SIDA pour les jeunes, et de la capacité de ceux-ci à pouvoir changer le cours de l'épidémie, la campagne mondiale de cette année contre le SIDA a adopté le thème: "Les jeunes : la force pour le changement."

En raison des habitudes sexuelles fluctuantes des jeunes, les campagnes de sensibilisation destinées à les encourager à se comporter de manière sexuellement responsable dès qu'ils deviennent actifs sur ce plan se sont avérées efficaces. Les campagnes de ce type menées en Ouganda, en Tanzanie et au Sénégal -- pays qui ont réussi à réduire les courbes d'infection de l'épidémie -- sont souvent donné en exemple aux autres pays africains. Deux facteurs essentiels garantissent leur succès : l'éducation accélérée des jeunes et la distribution gratuite de préservatifs.

Les experts du SIDA estiment en effet que les campagnes de sensibilisation constituent le seul moyen disponible pour maîtriser l'épidémie dans les pays en développement en l'absence d'un vaccin fiable.

Les nouveaux projets de vaccin ciblent les variétés de VIH africaines

Deux projets de recherche originaux lancés en novembre visent à mettre au point des vaccins anti-SIDA bon marché, sûrs et efficaces, censés s'attaquer aux variétés du virus VIH les plus répandues en Afrique.

Ces initiatives -- une association anglo-kényenne et une collaboration américano-sud-africaine -- ont pour but de produire un vaccin fiable suffisamment bon marché pour être largement utilisé dans les pays pauvres du continent. C'est l'objectif que s'est fixé l'International Aids Vaccine Initiative (IAVI) en allouant 9,1 millions de dollars au lancement du projet. L'IAVI est un modeste organisme à but non lucratif basé aux Etats-Unis qui poursuit le but de réduire le temps nécessaire pour entreprendre des tests de vaccins anti-VIH dans les pays en développement.

Les scientifiques estiment que ce capital de départ est suffisant pour permettre que soient conduits des tests sur des humains au Kenya et en Afrique du Sud d'ici à quelques années.

Le projet anglo-kényen, qui réunit des chercheurs de l'université d'Oxford et de Nairobi, est en train de fabriquer un vaccin en deux étapes en utilisant de la matière génétique extraite du VIH et du virus animal vaccinia produit génétiquement.( Une variété de virus vaccinia a été utilisée pour éliminer la variole).

Le projet américano-sud-africain unit des chercheurs de l'université de Caroline du Nord et d'AlphaVax, petite société biotechnologique installée aux Etats-Unis, ainsi que de l'Université du Cap. Le vaccin qu'on y développe est produit à partir d'une variété modifiée du virus encéphalique chevalin du Venezuela, qui est un microbe tropical.

Lors des premiers tests conduits en laboratoire et sur des animaux, les deux vaccins semblent avoir réussi à déclencher la réaction du système immunitaire qui produit des cellules capables d'entraver l'infection par le VIH.

En raison de la nature changeante de ce virus, la mise au point d'un vaccin fiable pour le combattre n'est pas généralement prévue pour demain. On compte toutefois à l'heure actuelle une trentaine de vaccins dont la production est plus ou moins avancée sur le plan de la recherche et /ou de l'application pratique.

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