L'Afrique doit améliorer son image

Les stéréotypes occidentaux prennent du recul et les Africains acceptent leurs responsabilités

Par Salim Lone, Cardiff (Royaume-Uni)

Une conférence internationale de haut niveau réunie pour étudier les moyens d'améliorer l'image de l'Afrique dans les médias occidentaux est parvenue à la ferme conclusion que ce but ne pourra être atteint que si l'Afrique commence par mettre de l'ordre dans sa maison. Cette conclusion a montré une fois de plus combien les intellectuels africains ont souci de remédier aux faiblesses propres à leur continent plutôt que de mettre en relief les nombreux obstacles extérieurs qui continuent d'entraver la renaissance de l'Afrique.

"Créer une image de soi plus positive en Afrique même est bien plus important que de s'attaquer à l'image médiocre que donnent les médias occidentaux," a déclaré M. Ekwow Spio-Garbrah, ancien ministre ghanéen des Communications.

Reportage parfois malhonnête

Les participants, qui étaient pour la plupart des journalistes africains de premier rang, certains des plus influents de leurs collègues britanniques et d'autres éminentes personnalités d'Afrique et des pays occidentaux, n'ont pas épargné le type de reportage "bâclé, médiocre et parfois malhonnête" de divers journalistes étrangers, pour citer M. Wilfred Kiboro, directeur de rédaction de la chaîne de journaux The Nation, la plus importante et la plus respectée d'Afrique de l'Est et d'Afrique centrale, qui était en même temps l'un des principaux organisateurs de la conférence.


Image bizarre à la télé : des journalistes occidentaux à Nairobi vêtus de treillis et de gilets pare-balles -- dans un décor où dominent les gratte-ciels!

Parlant de la tendance des médias étrangers à user de stéréotypes, M. Kiboro a décrit le spectacle bizarre, après l'attentat terroriste d'août à Nairobi, de reporters de télévision occidentaux vêtus de treillis, de chapeaux de cowboy et de gilets pare-balles.

Dans son discours-programme, M. Kintu Musoke, premier ministre ougandais, a dit que les reportages stéréotypés et leur intérêt dominant pour tous les aspects négatifs constituent une menace pour le développement de l'Afrique car ils déforment les perceptions de la communauté internationale. "Nous construisons une Afrique nouvelle en dépit de nombreux handicaps," a-t-il dit.

Les débats ont reflété l'assurance avec laquelle les Africains analysent désormais leurs problèmes et les participants ont souligné l'importance de reconnaître que de nombreux pays africains avaient réalisé des progrès remarquables dans un environnement particulièrement impitoyable à l'égard des pays pauvres.

Mais les années 90 ont aussi vu un génocide au Rwanda, le déchaînement de la violence politique et une corruption à grande échelle dans trop de pays. Ainsi, quelque trompeuse ou assoiffée de sensationnel que puisse être l'image de l'Afrique dans certains médias occidentaux, cette image ne s'améliorera que si l'Afrique se ressaisit.

Inégalité permanente

La franchise avec laquelle les participants africains ont soulevé le problème de l'inégalité des courants d'information atteste aussi leur assurance grandissante. Le premier ministre Musoke a fait ressortir l'inégalité permanente des relations entre l'Afrique et le monde industrialisé et M. Spio-Garbrah a évoqué les appels des années 70 en faveur d'un Nouvel ordre mondial de l'information et de la communication et d'un Nouvel ordre économique mondial, qui ralliaient les pays en développement. Ce langage n'a suscité ni émotion ni dérision dans un cadre où les Africains n'hésitaient pas à reconnaître leurs propres faiblesses.

Ce climat d'autocritique n'a en rien diminué l'ardeur avec laquelle les insuffisances des médias occidentaux ont été mises en relief. M. Helge Ronning, professeur de médias et de communications à l'Université d'Oslo, a noté la "synergie structurelle" entre les catastrophes et la violence d'un côté, et les activités de nombreuses organisations non gouvernementales (ONG) et des médias internationaux de l'autre. Le "journalisme à catastrophes" représente une grande part de l'image que les médias occidentaux donnent de l'Afrique et durant les opérations d'urgence, a-t-il poursuivi, les campagnes de collecte de fonds des ONG acquièrent une nouvelle résonance.


Dans son discours-programme, le premier ministre ougandais, Kintu Musoke, a déclaré : "Nous construisons une Afrique nouvelle en dépit de nombreux handicaps.

Photo: ONU / Milton Grant


Les organismes internationaux de secours, a-t-il ajouté, jouent un rôle de plus en plus important en matière de prise de décisions dans les pays submergés par les crises, parce qu'ils y sont allés au moment où les grandes puissances se retiraient d'Afrique dans les années 90.

Il n'y avait guère de doute que l'Afrique occupât le dernier rang parmi les priorités de l'Occident. L'exemple le plus éloquent en était bien entendu le génocide intervenu en 1994 au Rwanda, quand près d'un million de personnes ont été massacrées en l'espace de trois mois, aux yeux du monde entier, sans qu'une intervention militaire même limitée ait été entreprise.

Promesses répétées

De même, bien plus de 100 milliards de dollars ont été dégagés au cours de l'année écoulée afin de faire face aux crises financières de l'Asie du Sud-Est et du Brésil, tandis que l'Afrique, continent de loin le moins bien pourvu, n'a obtenu qu'un allégement minimal et contine de payer près de 30 milliards de dollars par an au titre du remboursement de la dette, malgré les promesses répétées du Groupe des Sept en la matière.

Le porte-parole de l'Organisation de l'unité africaine, Ibrahim Dagash, a lancé une attaque cinglante contre les marques d'incompréhension culturelle et les critères inégaux appliqués selon les cas. Citant des commentaires extrêmement désobligeants sur Mwalimu Julius Nyerere et le Président Yoweri Museveni formulés durant la section "Mailbag" des programmes "Pleins feux sur l'Afrique" (Focus on Africa) de la BBC, en octobre, il a marqué la différence entre ceux-ci et les commentaires édulcorés que la BBC présente dans sa "Revue hebdomadaire de la presse britannique" (Weekly Review of the British Press).

Adoptant un point de vue opposé, M. Joe Kadhi, ancien rédacteur en chef du journal kényen Daily Nation, a affirmé avec vigueur que, quelque hâte que l'on mette à critiquer les médias occidentaux, il est impossible de douter que le puissant mouvement démocratique et le souci de respect des droits de l'homme qui se sont affirmés à travers toute l'Afrique auraient pu perdre de la vitesse sans les articles que les médias occidentaux leur ont consacrés.

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