Donner à l'Internet une voix africaine

Il est tout aussi important d'y faire plus de place à l'Afrique que d'en élargir l'accès

Par Lishan Adam*

Bien que le nombre de pays africains directement reliés à l'Internet ait rapidement augmenté ces dernières années, la possibilité de se connecter reste au-delà de la portée de la plupart des Africains. Face à cette situation, les gouvernements africains et les organismes de développement mettent l'accent sur des programmes destinés à élargir l'accès. Par exemple, la Conférence Afrique Telecom 98 de l'Union internationale des télécommunications (UIT), tenue du 4 au 10 mai 1998 à Johannesburg, a demandé que le rapport coût-efficacité de l'accès à l'Internet soit amélioré grâce à des innovations telles que les centres communautaires polyvalents.

Certains observateurs locaux estiment toutefois que l'on met trop l'accent sur la création de la technologie et sur les circuits de diffusion, plutôt que sur le contenu effectif.

Une contribution minuscule

Malgré cet optimisme, l'expérience faite en Afrique montre que l'accès ne garantit pas qu'un contenu autochtone sera produit et rendu accessible à tous. Le prodigieux potentiel de mise en commun des connaissances sur l'Internet n'est pas exploité. L'information disponible sur l'Internet est dominée presque exclusivement par le matériel produit aux Etats-Unis, en Europe et en Asie, tandis que l'Afrique ne représente qu'environ 0,4 % du contenu mondial, selon une enquête de juillet 1998 conduite par Network Wizards, société californienne d'informatique. Et, si l'on met l'Afrique du Sud à part, l'Afrique ne produit que 0,02 % du contenu mondial de l'Internet.


Le prodigieux potentiel de mise en commun des connaissances sur l'Internet n'est pas exploité. L'Afrique ne représente qu'environ 0,4 % du contenu mondial de l'Internet.

Cependant, la situation est en train de s'améliorer. Presque tous les pays africains connectés ont, sous une forme ou une autre, un serveur Web sur place ou à l'étranger qui est le représentant officiel ou officieux du pays. Si l'anglais a d'abord dominé le contenu de l'Internet africain, un récent projet de La Francophonie, soutenu par la France et le Québec, a sensiblement augmenté le volume des informations disponibles en français sur le Web. Le projet fournit des serveurs Web et vient en aide aux ministères des pays suivants : Bénin, Burkina Faso, Cameroun, Côte d'Ivoire, Madagascar, Mali, Maurice, Mauritanie et Sénégal. La Banque internationale d'information sur les Etats francophones envisage aussi de mettre en place des serveurs Web au Bénin, en Tunisie, à Maurice et au Maroc.

Sans parler du volume croissant d'informations fournies par les gouvernements et les entreprises du continent, les universités africaines et leurs anciens étudiants désormais établis en Europe et en Amérique du Nord apportent une contribution de plus en plus importante à l'Internet. La plupart des universités africaines ont maintenant une liaison au moins élémentaire avec le courrier électronique, et les universités de 13 pays ont pleinement accès à l'Internet. Presque toutes les universités africaines sont présentes sous une forme ou une autre sur le World Wide Web, dans le pays même ou ailleurs.

Le contenu de l'Internet en provenance d'Afrique ou concernant le continent est de qualité inégalele site de Africa Positive (http://www.africapositive.co.za/), encourage des attitudes positives à l'égard de la région. A mesure qu'augmente le contenu de l'Internet, qui couvre une gamme variée de sujets, il devient de plus en plus difficile de classer ceux-ci par catégorie. On peut néanmoins considérer une grande partie du contenu comme relevant de l'information industrielle ou commerciale.

De nombreuses sociétés africaines ont découvert que l'Internet pouvait constituer un outil mondial de commercialisation. Les artisans de l'Ouganda, du Botswana et du Sénégal offrent maintenant leurs produits dans le monde entier par voie électronique, en utilisant le centre virtuel d'exposition de l'artisanat du Centre du commerce international (ONU). Electronic Data Interchange (EDI), qui rend les mêmes services, est actuellement utilisé par de grandes et petites entreprises. Selon le Dr. Nii Quaynor, Directeur des Services informatiques nationaux (National Computing ServicesNCS), principale organisation ghanéenne dans ce secteur qui gère l'EDI local, l'expérience des NCS est riche de promesses pour l'Afrique de l'Ouest.

Les nouvelles d'Afrique abondent sur l'Internet. Outre les mises à jour régulières des principaux médias comme Cable News Network et la British Broadcasting Corporation, on y trouve des nouvelles de mieux en mieux présentées par d'autres sources telles qu'InterPress Service et la Pan-African News Agency. En outre, il est possible de consulter les journaux de 33 pays, ce qui donne directement accès à l'actualité d'un pays donné tel que la rapportent ses propres médias. En faisant cliquer une souris, on peut consulter de n'importe où dans le monde, à condition d'être connecté à l'Internet, La Tribune d'Alger, les Actualités burkinabè d'Ouagadougou, Les Echos de Bamako ou le Zimbabwe Independent de Harare.

Les dimensions du Web, sa croissance rapide et l'évolution continuelle des besoins de ses utilisateurs ont pour effet de périmer rapidement de nombreux sites appréciés d'un nombreux public. Cependant, certains sites réussissent à obtenir des informations de fond et régulièrement mises à jour sur l'évolution économique et sociale de l'Afrique (voir tableau).

Davantage de sites touristiques

Comme c'est le cas pour tous les genres d'informations intéressant l'Afrique, l'Afrique du Sud a dominé le secteur du voyage et du tourisme. Pourtant, de plus en plus, des informations à jour dans ce domaine concernant d'autres pays africains sont disponibles. Par exemple, au Zimbabwe, au Botswana, en Tanzanie, en Ouganda, au Maroc, au Sénégal, au Ghana, en Zambie, au Kenya, en Egypte, en Gambie et en Tunisie, les gouvernements, les agences de voyages, ainsi que diverses autres sources locales, ont ouvert des sites. En Afrique du Sud, un site d'écotourisme reculé est en train d'attirer une clientèle dans le monde entier parce que son site Web présente des attractions "multi-média" et comprend un système de réservations en direct.

Il faut signaler une lacune notable : l'information scientifique et technologique africaine. Le peu qui existe dans cette catégorie est consacré surtout à la technologie de l'information. La recherche d'une telle information demande énormément d'efforts. Les tentatives faites pour dresser des annuaires regroupés, ouvrir des bibliothèques virtuelles et offrir un accès commode à l'information scientifique et technologique africaine n'ont pas encore porté leurs fruits.

S'il est essentiel d'enrichir le Web d'informations sur l'Afrique pour promouvoir les apports autochtones, il est non moins important que tous ceux qui résident en Afrique aient accès aux ressources du reste du monde.

Mais le coût de l'accès à l'Internet dépasse les moyens de la plupart des institutions et particuliers. Les abonnements mensuels aux services de l'Internet vont de 10 à 250 dollars. Le prix d'une connection spécialisée en direct peut monter jusqu'à 15 000 dollars par mois.

L'absence d'un climat encourageant la concurrence, l'investissement étranger direct et la participation du secteur privé aggravent cette charge financière. Heureusement, un certain nombre d'institutions, comme l'UIT, la Banque mondiale, la Commission économique pour l'Afrique et le Programme des Nations Unies pour le développement, s'efforcent ensemble d'améliorer ce climat. Un autre obstacle tient à la médiocre coopération en Afrique même. Bien que la plupart des pays aient au moins un noeud Internet permettant une pleine connection avec le monde extérieur, il n'est pas encore possible de se connecter à l'intérieur de la région, à l'exception de trois pays (Afrique du Sud, Egypte et Tunisie).

Le plus grave obstacle est peut-être d'ordre technique: du fait de la largeur de bande limitée du service, la facilité et la rapidité de l'accès sont affectées. De manière générale, l'Afrique est moins bien desservie sur ce plan que toute autre région du monde. Il n'est pas rare de voir des lignes débranchées par intermittence et d'attendre de longues heures pour obtenir une connection. Il faut parfois une demi-heure pour obtenir une page du Web sur l'écran.

Démocratiser l'accès au Web

Le secteur privé, désireux de saisir les possibilités offertes par le commerce électronique, renforcera sa présence sur le Web durant les années à venir. Mais la participation des institutions publiques et des communautés restera marginale à moins de faire bien davantage aux niveaux national, régional et international. Il faudrait notamment démocratiser l'accès, améliorer l'infrastructure et créer des conditions permettant aux communautés de participer à l'enrichissement du contenu de l'Internet. Il existe déjà dans de nombreux pays africains des projets pilotes visant à créer des "télécentres" qui cherchent à assurer la communication, dispenser des informations sur les soins de santé, produire un revenu et faciliter l'échange de documents officiels.

Les pays devraient aussi s'efforcer davantage de former les usagers à créer des sites Web, de prêter leur appui à la création de sites utiles au développement, d'encourager la création de services locaux alimentant le contenu d'Internet, de trouver des moyens de résoudre le problème de la multiplicité des langues africaines, enfin de former des "courtiers de l'information," tels que les bibliothécaires.

Pour que le secteur privé élargisse les liens avec le reste du monde et améliore l'accessibilité de l'Internetet par là contribue à accroître le contenu d'origine africaineles gouvernements doivent créer des cadres juridiques et réglementaires destinés à garantir la sécurité et le respect de la vie privée, ainsi que la propriété des droits d'auteur.

En même temps, dans le secteur public, un effort considérable est nécessaire pour améliorer la création ou la "publication" du contenu. S'il existe un volume considérable d'informations, celles-ci sont le plus souvent inaccessibles, disparates et souvent non publiées. Le contenu d'origine africaine ne connaîtra pas d'augmentation sensible si l'on ne crée pas la capacité humaine nécessaire. Il faut donc commencer par tenir compte des besoins réels des usagers locaux.


*Lishan Adam est conseiller régional pour l'information et la connectivité à la Division des services d'information pour le développement de la Commission économique pour l'Afrique.

 

Quelques sites Web fréquentés qui s'occupent du développement social et économique de l'Afrique

Nature du site

Adresse Web

Description

Répertoire www.woyaa.com/index.html
www.africaonline.com
www.mbendi.co.za
Répertoires complets des adresses à consulter pour les arts, les informations, la prise de contact avec les milieux d'affaires, l'information commerciale et d'autres types d'information (éducation, voyages, etc).
Répertoire www.africances.fr Site consacré à l'Afrique francophone.
Informations www.africanews.org/pana/news
www.rapide-pana.com/index.htm
Sites de la Pan-African News Agency, en anglais et français.
Informations www.esperanto.se/kiosk/engindex.html Donne accès aux journaux africains accessibles en direct. Site permettant de lire la presse locale.
Revues électroniques www.columbia.edu/cu/libraries/indiv/area/Africa
www.sas.upenn.edu/African_Studies/AS
Site des institutions d'études africaines de l'Université Columbia et de l'Université de Pennsylvanie offrant des informations et des revues électroniques.
Information sur la connectivité www3.wn.apc.org/africa Site à consulter pour la connectivité en Afrique et les moyens d'accéder aux informations concernant la politique, les projets et les initiatives telles que l'Africa Information Society Initiative.
Informations sur l'environnement et le développement www.ids.ac.uk/eldis/eldis.html Accueilli par l'Institut d'études sur le développement (Institute for Development Studies) de l'Université de Sussex, site à consulter pour les problèmes d'environnement et de développement.
Débat en direct sur le développement économique et social www.globalknowledge.org Débat continu sur les problèmes relatifs à la mobilisation de la technologie de l'information au service du développement; fournit de nombreuses adresses aux organisations et individus intéressés.
Rapports et livres sur le terrain www.idrc.ca
www.idrc.ca/acacia
Site intéressant qui fournit une documentation relative aux riches expériences faites sur le terrain par le Centre de recherches sur le développement international, et comprend son nouveau site "acacia" concernant les communautés et la société de l'information.
ONG www.wn.apc.org
www.oneworld.org
Sites fournissant de nombreux liens avec des organisations non gouvernementales en Afrique et dans le monde entier

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