
Au Niger, les artisans touaregs utilisent le "marché virtuel" de l'Internet pour vendre leurs produits dans le monde entier. Leurs objets d'artisanat apparaissent avec de nombreux autres articles propres à la civilisation africaine dans un "centre commercial cybernétique" accueilli par une oeuvre charitable canadienne qui aide les pays en développement à promouvoir leurs exportations et leur commerce. A l'autre bout du continent, en Tanzanie, Sangare Clearing and Forwarding, une petite société africaine d'expédition qui sert de correspondant à FedEx et à Airborne Express, a supprimé l'un de ses principaux objets de dépense en adressant par courrier électronique les numéros de bordereaux d'expédition et les dates de livraison, au lieu d'utiliser trois ou quatre rouleaux de papier télex pour trois exemplaires de chaque document.
Comme dans la plupart des autres régions en développement, l'Internet a attiré particulièrement en Afrique tous ceux qui s'occupent d'échanges et de promotion des échanges. Le faible coût d'accès à l'Internet et les progrès rapides de son implantation offrent aux fournisseurs sans grands moyens financiers une nouvelle possibilité d'atteindre les acheteurs où qu'ils se trouvent. Comme de nombreux produits potentiels n'ont pas de circuits de distribution bien établis, acheteurs et vendeurs entrent en relation par l'Internet.
L'Internet s'est répandu rapidement dans toute l'Afrique au cours des deux dernières années : à la fin de 1996, 16 pays seulement y avaient accès, tandis qu'aujourd'hui plus des trois-quarts des 53 capitales du continent y sont connectées et que presque toutes les autres disposeront bientôt de centres Internet complètement équipés. Seules l'Erythrée et la République du Congo (Brazzaville) ne seront probablement pas encore connectées à la fin de 1999.
Cependant, les services de l'Internet disponibles dans les principales villes ne peuvent offrir un accès aux 70 % d'Africains qui vivent dans les zones rurales.Pour la majorité des habitants son utilisation suppose encore un appel téléphonique d'un coût prohibitif, même si l'on dispose d'un ordinateur, d'une ligne téléphonique et du savoir-faire nécessaire. Comme ces conditions de base de l'accès à l'Internet sont encore très rarement réunies, l'Afrique (non compris l'Afrique du Sud) ne compte encore actuellement qu'environ 100 000 usagers. Cela fait environ un pour 5 000 personnes, c'est-à-dire beaucoup moins que la moyenne mondiale qui est à peu près d'un pour 40 personnes.
Les responsables africains et leurs partenaires internationaux s'efforcent de remédier à ces chiffres étonnamment bas à l'aide d'un certain nombre de projets nationaux et régionaux dans le cadre de l'Initiative africaine pour la société de l'information (voir Afrique Relance, mars 1998; on trouvera une liste complète des projets sur le site Web : http://www3.sn.apc.org/africa/projects.htm).
Etant donné que des améliorations doivent encore être
apportées en Afrique concernant la fourniture de biens de première
nécessité, comme l'eau potable, le souci actuel de connecter
à l'Internet tous les coins du continent peut paraître inapproprié.
En outre, l'investissement nécessaire pour fournir aux zones rurales
et écartées des services de télécommunications
même élémentaires ne se justifie peut-être pas
sur le plan économique, puisque le revenu du grand nombre est très
faible.
Photo: ONU
Pourtant, la révolution récente de l'information et des communications donne la certitude qu'il existera dans l'avenir de nouveaux moyens de fournir des services de radiotélévision et de communication à bien moindre prix. Cela permettra peut-être à l'Afrique de ne pas avoir à passer par des investissements massifs dans les systèmes de communication plus anciens comme les pays développés, le continent se trouvant ainsi en mesure d'entrer directement dans l'âge de l'information. Mais beaucoup de ces technologies sont très récentes et les monopoles africains des télécommunications ne font que commencer à s'ouvrir à l'extérieur, de sorte que les avantages consécutifs à un large accès à la communication et à l'information ne sont aujourd'hui que rarement visibles en Afrique.
Malgré ces obstacles, on a de nombreux exemples des utilisations ingénieuses qui sont déjà faites en Afrique des communications à faible prix. Le courrier électronique, en particulier, a été adopté par presque tous les organismes qui ont besoin de communiquer avec le reste du monde, en grande partie parce qu'il coûte infiniment moins cher : alors que l'envoi d'un fax à l'étranger coûte dans certains pays jusqu'à 20 dollars par minute, un courrier électronique d'une page exige un appel local de quelques secondes seulement.
Un moyen de communication aussi bon marché et rapide peut améliorer considérablement l'efficacité des entreprises africaines (voir encadré). Par exemple, les sociétés et les particuliers qui achètent des fournitures de bureau sont maintenant en mesure de comparer les prix pratiqués sur place avec ceux des marchés internationaux et de négocier des remises substantielles avec les fournisseurs locaux.
Les gouvernements de plusieurs pays, comme les Seychelles, encouragent de très près la protection de l'environnement et l'écotourisme par le biais de l'Internet. De nombreuses petites organisations locales en tirent également profit, comme le Chimfunshi Wildlife Orphanage Trust, qui s'efforce de mobiliser par le Web des fonds au profit de son programme de défense du chimpanzé et de sa réserve de gibier en Zambie.
De nombreux services gouvernementaux, notamment les ministères de la santé, commencent à utiliser le courrier électronique dans leurs fonctions administratives. L'accès aux meilleurs spécialistes mondiaux est également devenu possible : un docteur du Kenya a récemment sauvé un malade atteint de paludisme, et dont la vie était en danger, grâce au service de courrier électronique HealthNet qui pour un faible montant l'a mis en relation avec des experts américains, lesquels ont rapidement formulé un programme de traitement spécialisé.
Les exploitants agricoles commencent eux aussi à comprendre l'avantage d'avoir directement accès aux cotations les plus récentes du marché des fruits et légumes afin de négocier de meilleurs prix dans le pays même pour leurs récoltes, et beaucoup étudient actuellement des possibilités nouvelles de vente à l'étranger. Par exemple, avec l'aide de l'Environment Liaison Centre International (ELCI) de Nairobi, une coopérative agricole kényenne est entrée en relation par courrier électronique avec EarthMarketplace, aux Etats-Unis, pour vendre ses fruits et légumes directement aux consommateurs d'Amérique du Nord. De même, un supermarché britannique envisage d'utiliser le courrier électronique pour acheter "juste au moment voulu" des piments rouges à un producteur kényen.
Des revues et journaux indépendants sont aujourd'hui publiés chaque jour sur le Web dans un nombre croissant d'autres pays africains, ce qui permet aux usagers de recevoir les nouvelles les plus récentes sans devoir en attendre l'envoi par la poste pendant des jours ou des semaines.
D'étonnantes possibilités commencent à se dessiner dans ce domaine : on pourra fournir par l'Internet des documents pédagogiques aux écoles, adresser des programmes de vulgarisation et de formation technique, et même s'occuper des cas individuels. Plusieurs grandes sociétés sont déjà attirées par les perspectives qui s'offrent d'utiliser des émissions multimédiatiques régulières via satellite pour commencer de mettre en place l'infrastructure nécessaire à travers l'Afrique.
Plus de 6 000 étudiants suivant des cours par correspondance dans l'Afrique entière peuvent maintenir recevoir des enseignants de l'Université d'Afrique du Sud (UNISA), par courrier électronique et le Web, des conseils et textes de lecture. En Afrique du Sud même, il y a des dizaines de milliers d'étudiants inscrits à UNISA qui utilisent le service, appelé Students OnLine. En outre, chaque fois qu'un travail est proposé aux étudiants, ils peuvent suivre du début à la fin le processus d'évaluation.
Dans quelques cas, l'Internet réduit dès maintenant l'isolement de certains groupes marginalisés. Au Ghana, l'absence d'un service postal efficace a offert un marché à Message Link, réseau de centres d'envoi et de réception de courrier électronique qui imprime les messages reçus et les remet à leurs destinataires à l'aide de cyclistes. Au Kenya, des femmes sont en train de constituer un réseau électronique, y compris une base de données comprenant une liste de contacts et une aire de dialogue en direct (http://www.africaonline.co.ke/AfricaOnline/women.html).
Actuellement, de nombreuses activités de ce genre se situent au voisinage des capitales, parce que la concentration de l'activité économique et des communications a stimulé une demande suffisante pour en rendre l'exploitation plus viable.
Cependant, s'il est possible de faire mieux connaître dans les zones rurales les voies les plus assurées du succès individuel et de répartir les coûts entre une large gamme de prestataires et d'usagers, l'extrême variété des services qu'il est maintenant possible de fournir par un moyen unique de télécommunications permettra de répondre aux besoins des populations locales en matière d'information et de communication.
En particulier, les "cafés cybernétiques" et autres formes d'accès public, par exemple l'adjonction d'ordinateurs individuels à l'ensemble de lignes téléphoniques desservant une communauté, leur installation dans les écoles, les postes de police et les dispensaires, qui pourraient répartir le coût de l'accès à cet équipement entre un plus grand nombre d'utilisateurs, éveillent un intérêt croissant. Des institutions extérieures à l'Afrique, de même que des organisations africaines comme la South African Universal Service Agency, prêtent leur appui aux communautés qui demandent à bénéficier de ces "télécentres."
L'accès à l'Internet rend les entreprises plus efficacesBien que l'attention se soit portée avant tout sur les moyens d'utiliser l'Internet pour élargir les perspectives commerciales, les sociétés africaines découvrent qu'il a beaucoup plus d'impact sur la manière dont se font leurs affaires. Utiliser l'Internet, c'est réduire les coûts, accélérer la marche des opérations, éliminer les intermédiaires et élargir l'éventail des clients potentiels. Par exemple, Tanzania Regent Clearing and Forwarding (TRCF), petite société d'import-export, envoie maintenant des messages par courrier électronique au prix de 0,10 dollar au lieu d'utiliser des fax et télex internationaux qui lui coûtaient 20 dollars chacun pour commander des produits en Amérique du Nord et en Europe. La société a ainsi vu sa facture de télécommunications tomber de 500 à 45 dollars par mois. En même temps, les dépenses de papeterie pour le fax et le télex ont été éliminées, tout comme la dactylographie des documents longue, coûteuse et susceptible d'entraîner des erreurs. Grâce à cet accès peu coûteux et presque immédiat à beaucoup de ses fournisseurs, TRCF est désormais en mesure de passer chaque jour une série de commandes à mesure des besoins, au lieu de devoir attendre pour grouper les commandes en un seul fax ou télex. De même, les clients de la société, si eux aussi ont le courrier électronique, peuvent passer leurs commandes à moindre prix, à tout moment, pratiquement de partout, même s'ils sont hors du pays. Ils n'ont pas à s'inquiéter des erreurs qui pourraient résulter dans leurs commandes de la dactylographie ou du fax. Utilisant l'information disponible sur le World Wide Web, TRCF a également appris à faire valoir plus efficacement ses propres services, grâce à sa capacité accrue d'analyser les statistiques commerciales, d'identifier de nouveaux marchés et de conduire des campagnes de promotion sur l'Internet. Sans parler de l'importance évidente de l'accès au courrier électronique pour nouer des rapports personnels avec les clients, l'Internet semble devoir élargir l'activité des sociétés spécialisées dans les services, comme TRCF, parce qu'il offre un nouveau moyen puissant de mettre les fournisseurs en contact direct avec les consommateurs de leurs produits. En promettant d'améliorer sensiblement l'efficacité grâce à l'élimination des intermédiaires, l'expansion de l'Internet peut apporter une réduction des coûts qui sera ensuite répercutée sur le client. -- M.J. |