
Puisque les pays en développement ont encore des besoins communs,
comme l'accès aux marchés d'exportations et aux capitaux étrangers,
la coopération Sud-Sud est plus valide et pertinente que jamais déclare
la Vice-Secrétaire générale de l'ONU, Louise Fréchette.
Elle s'exprimait ainsi à l'occasion de la commémoration par
l'Assemblée générale de l'ONU, début octobre,
du vingtième anniversaire du Plan d'action de Buenos Aires pour la
promotion et la mise en oeuvre de la coopération technique entre
pays en développement. En cette ère de mondialisation, la
coopération Sud-Sud constitue un impératif et non une option,
a ajouté M. Gabriel Akunwafor (Nigéria), prenant la parole
au cours de la même séance au nom des délégations
africaines.
Photo : Agence coréenne pour la coopération internationale
Des déclarations analogues ont été faites un peu plus tard le même mois à la Conférence internationale de Tokyo sur le développement de l'Afrique, où le Japon a pris l'engagement d'aider à élargir la coopération Sud-Sud "afin de faire davantage progresser le développement de l'Afrique." Les efforts déployés par les pays asiatiques pour faire part de leur expérience de 30 années de croissance économique rapide grâce à la coopération technique et à d'autres moyens "seront fort utiles à l'Afrique," a dit le ministre des Affaires étrangères, Masahiko Komura. Non content de préserver le rôle du Forum Asie-Afrique, cadre de dialogue sur les politiques, le Japon envisage un "réseau pour le développement de l'Afrique," formé d'institutions qui dispenseraient une formation et mèneraient des recherches conjointes sur les problèmes complexes du développement. Ce réseau resserrerait les liens avec l'Asie et les autres nations et organisations donatrices et aurait pour premier soin d'agrandir l'Université Jomo Kenyatta (Kenya), spécialisée dans l'agriculture, afin d'aider à renforcer les capacités africaines.
Les efforts menés
par le Japon pour stimuler un renforcement de la coopération Sud-Sud
rejoignent certains principes de base du Groupe des 77, créé
en 1964 et qui se compose de pays en développement et de la Chine,
ainsi que du Groupe pour la consultation et la coordination Sud-Sud (G-15),
créé en 1989 par le Mouvement des pays non alignés.
Ces groupements encouragent aussi les efforts bilatéraux tendant
à renforcer la coopération Sud-Sud : le Brésil, l'Inde,
la République de Corée, la Malaisie, le Pakistan et le Viet
Nam sont au nombre des pays qui offrent une aide sous forme de projets et
programmes recouvrant des domaines très variés, à savoir
notamment le commerce et l'investissement, la technologie de l'information,
l'énergie solaire, l'agriculture et le développement du secteur
privé.
L'Inde, par exemple, a établi en 1964 son programme de coopération
technique et économique et dispensé une formation dans des
domaines tels que l'hydrologie, les communications, la prise d'images satellitaires,
la petite et moyenne industrie et les sources d'énergie renouvelables.
Environ 60 % des 1 350 places disponibles sont réservées aux
Africains, a déclaré en octobre dernier à l'Assemblée
générale l'Ambassadeur de l'Inde, Kamalesh Sharma. Parallèlement
à l'exécution de projets d'assistance technique dans les pays
africains, l'Inde participe aussi à une coopération triangulaire
Sud-Sud. On peut citer à cet égard l'exemple d'un projet de
sécurité alimentaire en Erythrée, pour lequel l'Inde
fournira l'assistance technique nécessaire dans le cadre du programme
spécial de sécurité alimentaire poursuivi par l'Organisation
des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture.
Si l'attention se concentre actuellement sur l'Asie, l'Afrique a beaucoup à gagner d'une coopération avec les autres régions, bien que celle-ci s'accompagne parfois d'à-côtés politiques. Selon le ministre adjoint sud-africain des Affaires étrangères, Aziz Pahad, les relations de son pays avec le Moyen-Orient "revêtent une importance cruciale parce que nous vivons maintenant dans une ère de mondialisation croissante et de blocs économiques en expansion." L'Afrique du Sud a établi des rapports commerciaux avec l'Iran et ses échanges avec le Moyen-Orient sont passés de 823 millions de dollars en 1993 à 2,2 milliards l'an dernier. "Les intérêts économiques de l'Afrique du Sud passent avant tout" et la coopération Sud-Sud "donne l'occasion d'ouvrir de nouveaux marchés," déclare M. Pahad, dont les paroles pourraient trouver un écho dans d'autres pays africains.