
Mme Edith Wakumire (Ouganda) a été l'une des cinq femmes honorées pour sa contribution à la lutte contre la pauvreté au niveau des communautés locales durant une cérémonie de remise de prix patronnée par le Programme des Nations Unies pour le développement, qui s'est tenue le 16 octobre afin de marquer la Journée internationale pour l'élimination de la pauvreté. Les quatre autres lauréates des prix décernés chaque année par le PNUD étaient Mmes Miyasser Al-Saadi (Jordanie), Fatima Bee (Inde), Sonia Beltré (République dominicaine) et Nicole Rouvet (France).

- Mme Edith Wakumire, l'une des lauréates du prix du PNUD, 1998, pour la lutte contre la pauvreté au niveau local
Orpheline à 12 ans dans une société qui ne jugeait pas très utile que les filles aillent à l'école, Mme Wakumire a néanmoins surmonté les privations subies pour obtenir un diplôme d'éducatrice à l'Université de Makerere en 1979 et suivre une formation à l'assistance aux malades atteints du VIH/sida à l'Institut Haggai de Singapour, à la fin des années 80. Résolue à aider d'autres orphelines et d'autres femmes à acquérir l'information et le savoir-faire nécessaires pour améliorer leurs propres vies, elle a fondé en 1992, à Mbale, l'Uganda Women Concern Ministry.
L'objectif de cette organisation est de donner aux pauvres les moyens d'agir -- en particulier les femmes et les filles. Tirant parti de sa formation d'enseignante et de conseillère des victimes du sida, Mme Wakumire dirige l'organisation, qui a éduqué environ 400 orphelins et autres enfants nécessiteux et fournit des conseils, des soins à domicile et des services liés à la production de revenus à environ 500 familles touchées par le VIH/sida.
"L'éducation des orphelines et autres fillettes dans le besoin est un problème prioritaire pour notre organisation," a déclare Mme Wakumire à Afrique Relance, en insistant sur les obstacles culturels auxquels se heurtent les jeunes Ougandaises. Elle a déploré qu'"elles quittent l'école de bonne heure parce qu'elles deviennent sexuellement actives très jeunes et sont contraintes de se marier aussitôt. Souvent, elles contractent le sida en cours de route. Nos statistiques montrent qu'entre 15 et 19 ans, six fois plus de filles que de garçons contractent le sida dans mon pays."
L'organisation a récemment lancé un programme qui aide les parents nourriciers et les tuteurs à créer de petites entreprises qui leur permettent d'acquitter les frais de scolarité des enfants confiés à leurs soins. Mme Wakumire a résumé l'intérêt du programme en disant qu'"il aide les parents nourriciers/tuteurs à prendre soin d'eux-mêmes et des enfants qui leur sont confiés et, peut-être aussi, aide les enfants à participer aux frais de leur éducation. En de nombreux cas, les parents nourriciers/tuteurs sont séropositifs ou atteints du sida. Quand ils tombent malades ou meurent, les enfants sont du moins en mesure de poursuivre les projets que nous avons aidés à financer."
L'Uganda Women Concern Ministry recherche maintenant des sources externes de financement pour contribuer à l'entretien des entreprises locales dirigées par des femmes, a dit Mme Wakumire à Afrique Relance. Elle envisage la mise sur pied d'un programme qui fournirait de petites sommes, à des conditions diverses, aux femmes réparties en trois différentes catégories selon leurs besoins.
"Nous commencerions par donner des subventions destinées à lancer de petits commerces aux femmes qui n'ont absolument rien," a-t-elle dit. "Il n'y aurait aucun avantage à accorder des prêts à ces femmes, car elles n'auraient pas les moyens de les rembourser. Ultérieurement, ces femmes pourraient recevoir un complément de fonds sous la forme de prêts sans intérêt. Le deuxième groupe se composerait des femmes qui ont déjà lancé de petits projets, mais disposent de très peu d'argent. Le programme leur consentirait des prêts sans intérêt assortis de longues périodes de remboursement, afin de leur permettre de réaliser un profit suffisant pour rembourser sans trop de peine. Enfin, nous accorderions des prêts à faible taux d'intérêt aux femmes de condition relativement aisée qui dirigent de petites entreprises." Elle a ajouté que son organisation envisage aussi de fournir une formation aux femmes des trois catégories sur la manière de gérer leurs fonds et de gérer de petites entreprises.
Mais Mme Wakumire a signalé que la pénurie de ressources entrave l'expansion de son organisation. "Pour vous en donner un exemple, il nous a fallu donner deux vaches au lieu de 15 à un groupe de 30 femmes," a-t-elle expliqué. "Evidemment, c'est bien peu."
Mme Wakumire encourage les organisations qui souhaitent soutenir ces
programmes à contacter
l'Uganda Women Concern Ministry
P.O. Box 1820
Mbale, Ouganda
tél./fax : (256) 45-34258.
Selon le PNUD, l'élimination de la pauvreté a pris du retardLe rapport du PNUD, Vaincre la pauvreté humaine fait valoir que les progrès réalisés en matière d'élimination de la pauvreté restent très en deçà des objectifs visés. Entre-temps, le cinquième le plus pauvre de la population mondiale a vu sa situation se détériorer : sa part du revenu total est tombée de 5,7 à 5,2 % au cours de la décennie écoulée. Le rapport, publié le 16 octobre, constitue un suivi à mi-parcours des engagements pris au Sommet mondial pour le développement social tenu en 1995 à Copenhague, où 186 Etats ont affirmé leur détermination d'éliminer l'extrême pauvreté. Tout en notant avec satisfaction certains signes de progrès depuis 1995, le rapport signale que la pauvreté a augmenté tandis que le volume des ressources, dans le meilleur des cas, est resté inchangé. "Depuis le Sommet social, nous avons vu l'aide publique au développement diminuer chaque année," a fait observer M. James Gustave Speth, Administrateur du PNUD, lors de la présentation publique du rapport. "Même avec la crise qui s'est déclarée en Asie et qui est en train de s'étendre au monde entier, nous ne voyons pas cette aide augmenter." Le rapport constate aussi que de nombreux pays n'ont pas respecté l'engagement pris au Sommet de 1995 de fixer des objectifs concrets et un calendrier en matière d'élimination de la pauvreté. La moitié seulement des 42 pays africains sur lesquels porte l'enquête du PNUD ont fixé de tels objectifs. Cette absence de progrès est préoccupante, "surtout quand les pays qui négligent de prendre des mesures, ou même de fixer des objectifs, sont parmi les plus pauvres," déclare le PNUD. Le rapport note que la pauvreté monétaire -- proportion des individus gagnant moins d'un dollar par jour -- est le lot commun de près de 40 % de la population dans l'Afrique subsaharienne. La pauvreté humaine, qui est mesurée en fonction de normes sanitaires et éducatives, est également répandue : plus de 30 % de la population de l'Afrique subsaharienne a une espérance de vie ne dépassant pas 40 ans. |