
D'après la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED) dans son rapport de 1998 sur les pays les moins avancés, rendu public le 13 octobre, les chances de maintenir la croissance récente des pays les moins avancés (PMA), surtout en Afrique, sont "extrêmement incertaines." Le rapport ajoute que la forte croissance des PMA ne s'est pas accompagnée d'une intégration plus poussée au système mondial des échanges.
Selon les évaluations préliminaires du rapport, la croissance du produit intérieur brut (PIB) des 33 PMA africains a été en moyenne de 4,7 % en 1997, soit un recul par rapport au taux de 1996 (5,3 %). Par contre, la production mondiale a augmenté en moyenne de 3,2 % en 1997, contre 3,0 % en 1996. La CNUCED attribue la bonne performance des PMA africains en 1997 à la prudence des politiques budgétaire et monétaire, aux effets à retardement de rèformes récentes, et à la forte demande d'exportations en Europe et en Amérique du Nord.
Toutefois, le fait que les exportations des PMA africains ne soient pas diversifiées rend beaucoup d'entre eux particulièrement vulnérables à des chocs externes tels que les fluctuations des cours mondiaux des produits de base et le récent phénomène météorologique El Niño. Beaucoup d'entre eux ont déjà ressenti la chute des cours des produits de base et d'autres effets de la crise financière asiatique, qui vont sûrement s'aggraver durant l'année à venir. Le ralentissement de la demande en Asie (marché d'exportations des PMA africains dont l'expansion était la plus rapide avant la crise) et le ralentissement mondial qui en résulte entraîneront probablement une contraction des marchés des exportations africaines. On prevoit également que l'investissement interne et les flux d'aide se réduiront sensiblement. Les risques d'un retournement de politiques et la menace de conflit armé dans de nombreux pays sont d'autres facteurs susceptibles d'empêcher la robuste performance récente de durer.
En dépit de leur
solide croissance économique, les PMA n'ont pas accru leur faible
part de la production et du commerce mondiaux (voir
tableau). En 1996, les PMA ne représentaient que 0,9 % de la
production mondiale totale, soit un progrès négligeable par
rapport au chiffre moyen de 0,7 % durant la période 1985-96. La part
des PMA dans les exportations et importations mondiales s'est rétrécie
durant la période 1991-96, étant passée de 0,5 % et
de 0,7 % durant la période 1985-90 à 0,4 % et à 0,6
%. Leur intégration au commerce mondial a en fait diminué
durant la dernière décennie si on la compare à celle
des autres pays en développement.
Les PMA africains risquent d'être encore davantage marginalisés dans le système multilatéral des échanges s'ils ne réussissent pas à mettre effectivement en oeuvre les accords qu'ils ont conclus sous l'égide de l'Organisation mondiale du commerce (OMC). Dans l'avant-propos du rapport, le Secrétaire général de la CNUCED, Rubens Ricupero, déclare que l'une des "priorités de la communauté mondiale dans l'avenir immédiat" est donc d'offrir des "programmes d'assistance technique propres à élargir la participation des PMA au système des échanges multilatéraux."
D'autre part, la CNUCED invite instamment les PMA à apprendre à mieux définir leurs propres intérêts dans le commerce international afin de se préparer plus efficacement à de nouvelles négociations.
Les PMA auront des problèmes majeurs à l'avenir lorsque des questions d'importance stratégique pour eux, surtout celles qui ont trait au commerce des produits agricoles et des services, feront l'objet de négociations.
Compte tenu du fait que le secteur agricole représente environ 40 % de la production totale des PMA, les négociations sur l'agriculture comportent des enjeux considérables. Le rapport de la CNUCED signale que le commerce des services constitue un autre domaine qui offre aux pays les moins avancés de nouvelles possibilités non négligeables.
Selon la CNUCED, beaucoup des PMA déjà membres de l'OMC n'ont pas les moyens de faire face aux processus qu'entraîne leur adhésion et qui exigent d'importantes ressources. Le manque de l'infrastructure nécessaire dans les domaines du droit, de l'administration et des communications et le fait que certains comprennent mal que l'adhésion entraîne des engagements figurent au nombre des obstacles qui empêchent les PMA de remplir ces engagements. Par exemple, de nombreux PMA membres de l'OMC ont éprouvé des difficultés particulières à mettre en place des institutions qui exécuteraient certaines fonctions de contrôle, ainsi qu'à établir des procédures et promulguer une législation, comme le prévoient les accords de l'OMC. Tout en reconnaissant que ces difficultés procèdent souvent directement de l'insuffisance de leurs ressources humaines et financières, M. Ricupero avertit qu'il pourrait leur en coûter encore plus cher de tarder à mettre en place ces institutions et processus.
La CNUCED souligne que les 19 PMA qui ne sont pas membres de l'OMC continueront de manquer certaines occasions s'ils restent à l'extérieur. "L'appartenance à l'OMC permet aux pays de concevoir leurs stratégies de développement et leurs politiques commerciales dans un environnement plus prévisible, transparent et stable," déclare M. Ricupero. "Elle leur permet aussi de défendre avec succès leurs intérêts commerciaux et économiques en participant efficacement à des négociations commerciales multilatérales, ce qui évite de devoir conclure une série d'accords commerciaux bilatéraux avec différents partenaires."
Il reconnaît "la charge exceptionnellement lourde que le processus d'adhésion fait peser sur la capacité humaine et institutionnelle limitée des PMA" et propose une révision du processus qui aurait pour effet de limiter le nombre d'obligations "sans compromettre la transparence et l'intégrité des règles et disciplines multilatérales de l'OMC." Il voit dans une accélération du processus d'adhésion une étape importante vers la pleine intégration des PMA au système mondial des échanges -- condition préalable à "un cadre véritablement planétaire de gestion de l'économie mondiale."