Priorité à la dette et aux exportations

Des personnalités éminentes débattent à l'ONU de la condition de l'Afrique

Par Mehri Madarshahi

"J'ai non seulement continué d'encourager les pays africains à assumer une responsabilité accrue dans l'édification d'une paix solide et la promotion d'un développement durable, mais aussi exhorté leurs partenaires externes à fournir le soutien nécessaire," a déclaré le Secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, à la réunion inaugurale du Groupe d'éminentes personnalités sur le développement de l'Afrique, désormais reconstitué, qui s'est tenue à New York le 15 octobre 1998.

Le rôle du Forum, a dit M. Annan, est de permettre "à des experts de haut niveau, venus de l'Afrique et d'autres régions, de discuter des problèmes et des perspectives de développement du continent."


Quelques-uns des participants à la réunion du Groupe d'éminentes personnalités sur le développement de l'Afrique, tenue à New York le 15 octobre. De gauche à droite : Speciosa Wandira Kazibwe, Shinsuke Horiuchi, Ahmed Haggag, Frene Ginwala et Hisham El-Sherif.

Photo : ONU / Evan Schneider


Faisant allusion à son rapport, Les causes des conflits et la promotion d'une paix et d'un développement durables en Afrique, M. Annan a invité les membres du Groupe à centrer leurs débats sur les recommandations du rapport concernant l'allégement de la dette, l'accès aux marchés et l'accroissement des capacités d'exportation, ainsi que sur l'harmonisation des initiatives internationales et bilatérales à l'intention de l'Afrique. Pour faciliter les débats, le Bureau du Coordonnateur spécial pour l'Afrique et les pays les moins avancés (OSCAL), du Département des affaires économiques et sociales de l'ONU, a préparé des documents d'information sur ces problèmes.

Le document d'OSCAL sur la dette extérieure de l'Afrique a fait écho à l'appel lancé par M. Annan en faveur d'"une souplesse accrue dans l'application de l'Initiative en faveur des pays pauvres très endettés (PPTE), de manière à augmenter le nombre des pays qu'en bénéficient." S'accordant sur la nécessité de renforcer la capacité de gestion de la dette, les membres du Groupe ont examiné diverses idées, dont la création d'un organe indépendant chargé d'analyser la viabilité de la dette, et le renforcement des liens entre l'allégement de la dette et la réduction de la pauvreté.

Abordant la question de l'accès de l'Afrique aux marchés d'exportations, le Groupe a pris note de la nécessité de traiter la question des tarifs élevés et en augmentation constante qui frappent les exportations de l'Afrique tels que produits agricoles, textiles et habillement, et articles de cuir. Les intervenants ont affirmé qu'il était important de renforcer la capacité de production afin de tirer parti des possibilités du marché. Les recommandations du Groupe en la matière ont porté sur des améliorations de l'infrastructure, le conditionnement des produits et les techniques de commercialisation. Le Groupe a également recommandé une assistance technique plus importante en matière d'échanges afin de renforcer les capacités de négociation des pays africains au sein de l'Organisation mondiale du commerce.

Plusieurs intervenants ont demandé un accroissement des échanges intrarégionaux et interrégionaux. A cette fin, le Groupe a appuyé les projets régionaux d'infrastructure visant à réduire les coûts de transaction et à faciliter l'intégration de l'Afrique à l'économie mondiale.

Les membres du Groupe ont souligné qu'il était important d'harmoniser et de coordonner les diverses initiatives internationales intéressant l'Afrique, sous l'égide de stratégies d'inspiration locale. Entre autres propositions, le Groupe a recommandé une coordination plus efficace entre donateurs bilatéraux et multilatéraux, de même qu'au sein du système des Nations Unies. Il conviendrait que les pays africains et leurs partenaires s'entendent pour fixer des priorités et des objectifs réalistes ainsi que pour définir leurs responsabilités respectives, tout en élargissant le rôle de la société civile dans le processus de collaboration.

Citant l'amélioration de la performance économique de l'Afrique au cours des dernières années, plusieurs participants se sont déclarés optimistes concernant l'avenir du continent. Ils ont toutefois indiqué leur crainte de voir les effets de la crise financière mondiale ruiner ces bons résultats. M. Poul Nielson, ministre danois de la Coopération pour le développement et président de la réunion, a invité en guise de conclusion les membres du Groupe à inscrire en priorité à l'ordre du jour de la communauté internationale les problèmes de développement de l'Afrique et à donner suite aux propositions formulées lors de la réunion.

 Participants à la réunion du Groupe de personnalités éminentes

Speciosa Wandira Kazibwe, Vice-président de l'Ouganda

Frene Ginwala, Présidente de l'Assemblée nationale sud-africaine

Ablassse Ouédraogo, Ministre des Affaires étrangères du Burkina Faso

Poul Nielson, Ministre danois de la Coopération pour le développement

Shinsuke Horiuchi, Ministère japonais des Affaires étrangères

John Vereker, Secrétaire permanent, Ministère britannique du Développement international

Cyril Enweze, Vice-président de la Banque africaine de développement

James Michel, Président du Comité d'aide au développement (OCDE)

Hisham El-Sherif, Président du Comité consultatif, Centre d'appui au Cabinet (information et décision), Egypte

Anthony Lake, Georgetown University, Washington, DC (Etats-Unis)

Kwesi Botchwey, Directeur, Africa Research and Programmes, Harvard Institute for International Development

Francis Deng, Chargé de recherche principal, Brookings Institute

Ahmed Haggag, Secrétaire général adjoint, OUA

James Gustave Speth, Administrateur du PNUD

Nitin Desai, Secrétaire général adjoint, Département des affaires économiques et sociales de l'ONU

Rubens Ricupero, Secrétaire général de la CNUCED

K.Y. Amoako, Secrétaire exécutif de la CEA

Callisto Madavo, Vice-président de la Banque mondiale pour l'Afrique

 

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