
A l'heure même où le Japon affronte "de graves difficultés
économiques et une situation financière incertaine,"
il reste déterminé à jouer un rôle moteur dans
la coopération pour le développement avec l'Afrique, a déclaré
le premier ministre, Keizo Obuchi, à la récente Conférence
internationale de Tokyo sur le développement de l'Afrique. Il a déclaré
que le Japon donnerait priorité à la réduction de la
pauvreté et à l'intégration de l'Afrique dans l'économie
mondiale, en collaboration avec les autres pays donateurs, les organisations
internationales, ainsi que "les pays d'Asie qui ont des intérêts
en Afrique." Le Japon prêtera aussi une attention accrue à
d'autres domaines : mise en valeur des ressources humaines et croissance
du secteur privé, aussi bien qu'enseignement primaire, santé
et approvisionnement en eau potable.
Photo : Agence japonaise de coopération internationale
L'engagement pris par M. Obuchi n'était pas lié à une promesse d'augmenter l'aide publique au développement (APD) destinée à l'Afrique. En fait, le Japon a décidé l'an dernier de faire désormais porter l'accent, en matière d'APD, moins sur le volume et davantage sur l'amélioration de la qualité. En juin 1997, le Gouvernement japonais a décidé de réduire de nouveau le budget de l'aide étrangère durant la période 1998-2000, dans un premier temps en la diminuant de 10 % au moins en 1998. Si le Japon a été ces dernières années le plus important donateur mondial pour l'ensemble des pays en développement et le quatrième pour l'Afrique, son aide à l'Afrique avait déjà diminué de 20 % en 1996, tombant à 1,07 milliard de dollars. C'était là un des éléments de la chute du montant total de l'APD bilatérale du Japon, qui est passée de 10,5 milliards de dollars en 1995 à 8,4 milliards en 1996. D'autre part, son ratio de l'APD au produit intérieur brut (PIB) était tombé de 0,28 % en 1995 à 0,20 % en 1996.
Malgré ses difficultés budgétaires, le Japon a saisi l'occasion que lui offrait TICAD-II d'affirmer qu'il ne cessait de s'intéresser au développement de l'Afrique. M. Obuchi a cité la propre expérience du Japon pour souligner pour qu'il était important que les pays africains prennent en charge leur propre développement. Selon lui, le rôle du Japon sera d'aider à coordonner l'assistance bilatérale et multilatérale à ce processus.
Créer
des partenariatsL'aide du Japon à l'Afrique est en cours de révision depuis 1997. L'accent est désormais mis sur une amélioration de l'efficacité de l'aide, qui passe par l'amélioration des enquêtes, de l'évaluation et des activités de suivi. Le document de stratégie Shaping the 21st Century, élaboré par le Comité d'aide au développement de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), contribue aussi à définir les modalités de l'aide. Le Japon a été "un contribuant particulièrement actif," a déclaré l'OCDE, notant que le Japon "anime les efforts menés pour créer des partenariats entre donateurs et pays en développement afin de mettre en oeuvre les objectifs et les modes de gestion recommandés."
A la conférence de Tokyo, les représentants du Japon ont expliqué quelles étaient les idées directrices actuelles de leur aide à l'Afrique. L'une des priorités est la mise en valeur des ressources humaines, et le Japon envisage de parrainer la formation de 2 000 Africains dans des pays d'Asie et d'Afrique du Nord, en liaison avec le Centre pour la coopération technique Sud-Sud, situé en Indonésie. Il propose d'établir des centres régionaux de formation au Kenya et au Ghana, qui aideront à coordonner la recherche contre les maladies parasitaires et infectieuses.
Une autre activité, qui illustre l'intérêt porté par le Japon à la coopération trilatérale, consistera à dispenser une formation technique aux Africains dans des centres situés en Malaisie, qui reçoivent l'aide du Japon et des dotations matérielles de la France. Un secteur important de cette formation consiste à mettre les pays africains mieux à même de gérer leur dette extérieure. Le Japon fournira à cette fin une assistance technique, en coopération avec le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) et la Banque africaine de développement (BAD).
Le développement du secteur privé africain, en particulier au moyen d'échanges commerciaux avec l'Asie et d'un investissement asiatique, est aussi une priorité du Japon. A cette fin, il coopèrera avec l'Organisation des Nations Unies pour le développement industriel (ONUDI) et la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED) afin de créer un centre Asie-Afrique d'information sur l'investissement. Accueilli dans les locaux de Sibexlink, service d'informations économiques dont le siège est en Malaisie, le centre fournira par l'Internet des informations sur les possibilités d'investissement.
Le Japon s'occupe d'autre
part d'organiser, en collaboration avec le PNUD, un forum d'affaires Asie-Afrique
qui doit se tenir fin 1999 dans une capitale d'Asie. L'objectif est d'offrir
aux commerçants et industriels des deux continents un cadre où
se rencontrer. Un deuxième forum se tiendra en Afrique en 2000. Notant
que les petites et moyennes entreprises (PME) sont essentielles au développement
du secteur privé, le Japon a accueilli favorablement l'idée
de proclamer 2000 Année des PME afin de centrer l'attention sur elles,
notamment dans les pays d'Afrique et d'Asie.
Rappelant le fait que le Japon est un pays "qui a renoncé en principe à l'objectif de devenir une superpuissance militaire," le ministère des Affaires étrangères fait observer que le Japon voit dans l'APD un outil important de sa politique extérieure. A son avis, le Japon doit aussi "promouvoir obstinément" l'assistance technique. Comme le ministère l'expose dans son rapport de 1997 sur l'APD, le Japon a une longue expérience dans le domaine de l'assimilation des institutions, politiques et systèmes juridiques étrangers et il a su les incorporer pour son propre développement en les modifiant à la japonaise." Le Japon est donc très bien placé pour aider d'autres pays à "s'efforcer d'introduire chez eux davantage d'institutions et de politiques des pays industrialisés."