Les schémas de consommation doivent changer, affirme un rapport du PNUD

Par Frehiwot Bekele

Il n'y a rien à redire au fait de consommer, selon le Rapport mondial sur le développement humain, 1998, du Programme des Nations Unies pour le développement. En fait, la consommation est essentielle à la croissance économique. Mais il y a beaucoup à redire aux grandes inégalités qui caractérisent les schémas actuels de consommation.

Depuis 1950, les dépenses mondiales de consommation ont sextuplé, atteignant 24 000 milliards de dollars en 1998. Le quintile le plus riche de la population mondiale représente 86 % de ce total, tandis que la part du quintile le plus pauvre n'est que de 1,3 %. Avec 200 milliards de dollars, les dépenses de consommation de l'Afrique subsaharienne en 1995 n'ont représenté que 0,9 % du montant mondial, soit 21 700 milliards de dollars. La consommation du foyer africain moyen a baissé de 20 % au cours des 25 dernières années.

Le rapport fait ressortir que les besoins de la population mondiale dans les domaines de la santé de base, de la nutrition, de l'approvisionnement en eau et de l'assainissement, de l'éducation de base, ainsi que de la santé génésique des femmes, pourraient être couverts au moyen d'un complément de dépenses annuel de 40 milliards de dollars. Ce chiffre peut se comparer avec les chiffres de 50 milliards et 105 milliards de dollars que les Européens dépensent chaque année en cigarettes et boissons alcoolisées, et avec celui des achats de stupéfiants et des dépenses militaires qui atteignent au niveau mondial 400 milliards et 780 milliards de dollars.

Les schémas actuels de consommation exercent d'autre part une pression beaucoup trop forte sur l'environnement, les effets de la détérioration de l'environnement pesant avant tout sur les plus pauvres du monde. Du fait du réchauffement de la planète, on prévoit que les rendements agricoles diminueront durant le prochain siècle en Afrique, en Asie du Sud et en Amérique latine, tandis que la pénurie d'eau s'aggravera dans l'Afrique subsaharienne, les Etats arabes et l'Asie du Sud. La pollution provoque chaque année 2,7 millions de décès, dont 2,2 millions sont dûs à la combustion des déjections animales et du bois utilisés pour le chauffage et la cuisine. Près d'un demi-million de ces décès surviennent en Afrique subsaharienne.

Pour instaurer une consommation viable à long terme, le rapport recommande notamment des politiques visant à assurer la sécurité alimentaire, la fourniture de services sociaux de base, ainsi que l'utilisation des sources d'énergie renouvelables et de techniques agricoles plus productives.

 La moitié du monde vit dans un état de privation absolue

Les trois particuliers les plus riches du monde possèdent ensemble des avoirs qui dépassent le produit intérieur brut combiné des 48 pays les moins avancés. En même temps, près de 3 milliards de personnes vivent avec moins de 2 dollars par jour et ne bénéficient à aucun degré de l'explosion de la consommation de biens et services qui a marqué le XXe siècle. La moitié de la population mondiale vit ainsi dans un état de privation absolue, ce qui résulte en partie d'un système de priorités faussé aux niveaux national et international. Plusieurs pays africains doivent consacrer des montants bien plus élevés au service de la dette qu'à la santé et à l'éducation.

 

 Un lauréat du prix Nobel et l'ONU
rendent hommage à Mahbub ul Haq

Le professeur Amartya Sen, lauréat du prix Nobel d'économie en 1998 pour ses travaux sur la pauvreté et la famine, a récemment salué le legs du fondateur du Rapport mondial sur le développement humain, le grand économiste pakistanais Mahbub ul Haq, disparu en juillet dernier. Au cours d'une réunion du souvenir tenue le 15 octobre au siège de l'ONU, à New York, le professeur Sen, qui a travaillé sur le Rapport en collaboration étroite avec M. Haq, s'est souvenu de son ami comme d'"un visionnaire dont l'oeuvre a introduit un changement majeur dans la manière d'évaluer et de juger le processus de développement." Le professeur Sen s'est souvenu que, lorsque lui-même et M. Haq étaient des étudiants de premier cycle en économie à l'Université de Cambridge, son ami lui avait dit : "Nous devons apprendre l'économie classique, mais ne pas nous en servir beaucoup ... parce qu'elle n'est pas centrée sur les vraies questions." Et comme Sen lui demandait alors pourquoi se donner la peine d'étudier cette discipline, il lui répondit : "Personne ne vous écoutera si vous ne connaissez pas tout cela très bien. Et, qui sait, cela peut s'avérer indirectement utile pour répondre même aux vraies questions."

Le Secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, parlant à cette occasion de M. Sen et de M. Haq, a souligné "ce que ces deux grands économistes d'Asie du Sud ont en commun : la profonde conviction que ce qui importe dans le développement ce ne sont pas les quantités produites, mais la qualité de la vie vécue par les êtres humains." Il a conclu en ces termes : "C'est avec M. Haq que nous associons le plus nettement l'idée que les gouvernements ne doivent pas se préoccuper seulement d'assurer la croissance économique, mais aussi d'élargir la gamme des choix ouverts à la masse anonyme."

Ont également pris la parole à cette réunion plusieurs hautes personnalités du système des Nations Unies : M. James Gustave Speth, le Dr Nafis Sadik, M. Nitin Desai, M. Richard Jolly et M. Maurice Strong.

-- F.B.

 

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