
Un groupe de dirigeants
africains prennent part depuis quelque temps à une série de
négociations visant à trouver un règlement pacifique
à la crise qui ravage la République démocratique du
Congo. Si les négociations montrent qu'il n'y a pas de solution miracle,
elles ont aussi pour effet de transformer les perspectives de paix dans
le conflit le plus explosif de l'Afrique, où huit autres pays se
sont déjà laissés entraîner.
Ces négociations, dans lesquelles sont engagés des interlocuteurs très divers, cherchent à répondre au souci de sécurité de tous les intéressés en tenant compte des causes fondamentales de la guerre, qui a éclaté à la fin de juillet. Cette guerre est étroitement liée à d'autres conflits régionaux et les négociations ont tenté de tirer parti des alliances et groupements politiques au niveau régional, proposant même des concessions mutuelles, dans le cadre du processus de rétablissement de la paix.
Les négociations ont commencé au début de septembre par un "mini-sommet" tenu à Durban (Afrique du Sud) sous la présidence du Secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan. A cette réunion, le président Nelson Mandela a reçu mandat d'assumer au niveau régional la direction des négociations visant à mettre fin au conflit congolais.
Tenu parallèlement au Sommet des pays non alignés, le "mini-sommet" a pris la forme d'une série de rencontres individuelles ou collectives que M. Annan a eues avec un certain nombre de protagonistes et de personnalités influentes de la région. Un petit déjeuner de travail a été organisé à l'intention des chefs d'Etat de la Communauté de développement de l'Afrique australe (SADC). Le Secrétaire général de l'Organisation de l'unité africaine (OUA), Salim Ahmed Salim, y a participé et, avec M. Annan, a contribué de manière décisive à faire avancer le processus de paix. M. Annan et M. Salim n'ont pas cessé depuis lors leurs efforts.
Les entretiens de Durban ont été axés sur la recherche d'une solution pacifique à la crise, et la mise en place d'une force de maintien de la paix a notamment été proposée. A ce stade initial, M. Salim et M. Annan ont appuyé de tout leur poids l'appel de la SADC à un règlement négocié. M. Salim a dit que les entretiens visaient à parvenir à un accord de cessez-le-feu qui garantirait le maintien en place du gouvernement du président Laurent Kabila, tout en introduisant des réformes démocratiques.
A son arrivée en Afrique du Sud, le 1er septembre, M. Annan a déclaré qu'il importait de faire asseoir à la table de négociations tous ceux qui participent au conflit congolais. Il s'est déclaré en faveur d'un règlement négocié prévoyant le retrait de toutes les troupes étrangères, puis d'une réconciliation nationale et d'une démocratisation qui incluerait la tenue d'élections. A la séance plénière du Sommet des pays non alignés, le 2 septembre, M. Annan a déclaré, sous les applaudissements prolongés d'une soixantaine de chefs d'Etat et de gouvernement : "Nous autres Africains, devons mobiliser la volonté de résoudre nos problèmes par des moyens politiques et non militaires, car la population innocente du continent paie d'un prix terrible, jour après jour, notre impuissance à y parvenir."
M. Annan était déterminé "à trouver le moyen de faire parler chacun" et la présence des principaux dirigeants engagés dans les combats en cours au Congo lui a fourni une bonne occasion d'offrir ses bons offices. Le président Mandela a assumé depuis le rôle central en organisant et accueillant une série de rencontres, aux principales desquelles M. Salim a assisté. L'Envoyé spécial du Secrétaire général en Afrique, Mohamed Sahnoun, le Sous-Secrétaire général aux affaires politiques, Ibrahim Fall, et le Représentant spécial du Secrétaire général en Angola, Issa Diallo, ont pris part à la réunion de Durban; M. Fall a assisté à toutes les importantes réunions tenues depuis lors en tant que membre des délégations de l'ONU.
Le sommet décisif des ministres de la Défense et des Affaires étrangères des pays de la SADC s'est tenu les 26 et 27 octobre à Lusaka. Ouvrant la réunion, le président de la Zambie, Frederick Chiluba, a dit : "Les dirigeants régionaux sont convaincus que la violence n'est pas la solution du problème congolais. La solution réside dans un règlement paisible et raisonné des problèmes en jeu."
Le président Chiluba a dit ensuite que la réunion montrerait si les Africains avaient la volonté politique et la détermination de mettre fin à la guerre. "Le Congo est un problème africain qui doit être résolu par des Africains à l'aide des connaissances, de l'expérience, des ressources et du savoir-faire des Africains," a-t-il déclaré.
Si la réunion n'a pas permis d'atteindre un accord de cessez-le-feu, elle a facilité des consultations avec les chefs rebelles, tenus jusque-là à l'écart malgré leur présence au deuxième sommet des dirigeants régionaux tenu le 6 septembre à Victoria Falls (Zimbabwe). La réunion de Lusaka a également fait apparaître l'extrême difficulté de s'accorder sur un cessez-le-feu. Alors que les rumeurs font état de la participation de huit pays aux combats, trois seulement -- l'Angola, le Zimbabwe et la Namibie -- l'avaient publiquement reconnu. Il est évident que les parties ne peuvent signer un cessez-le-feu si elles ne reconnaissent pas d'abord qu'elles participent aux combats. La réunion n'a donc pas été en mesure de négocier un cessez-le-feu avec les parties belligérantes, mais elle a élaboré un "projet d'accord de cessez-le-feu" et un "mécanisme" permettant de faire participer les rebelles à la mise en oeuvre d'un cessez-le-feu. Elle a aussi demandé au président Chiluba, que la SADC a désigné comme "président neutre," de poursuivre les consultations régionales sur les moyens de mettre fin à la guerre.
Le Rwanda a été expressément accusé par certains participants de faire obstacle à un accord de cessez-le-feu en refusant de reconnaître qu'il participait aux combats. Mais 10 jours plus tard, au cours d'une rencontre avec le président Mandela à Pretoria, le Vice-président du Rwanda, Paul Kagame, a reconnu que ses troupes aidaient les rebelles au Congo, ouvrant ainsi la possibilité d'un cessez-le-feu. "Nous saluons cette initiative, qui permettra de faire avancer le processus de paix," a dit le président Chiluba.
La crise du Congo pourrait se transformer en conflagration et embraser toute l'Afrique centrale. De plus, comme M. Salim l'a dit à la réunion de Lusaka, si l'affrontement ne prend pas fin, il mettra en danger les efforts en cours pour trouver des solutions aux autres problèmes critiques du continent.
L'approche des dirigeants régionaux a reçu l'appui du Conseil de sécurité des Nations Unies, qui le 22 octobre a demandé "un cessez-le-feu immédiat, le retrait de toutes les forces étrangères et la mise en route d'un dialogue politique visant à la réconciliation nationale." En outre, le Conseil a souligné l'urgence de répondre aux besoins humanitaires et de mettre fin aux violations des droits de l'homme dans les zones touchées.
Le Conseil a réitéré son appel le 5 novembre et insisté sur la souveraineté et l'intégrité territoriale du Congo et des autres Etats de la région. Dans une déclaration, le président d'alors du Conseil de sécurité, Peter Burleigh (Etats-Unis), a souligné qu'aucune solution durable ne pouvait être trouvée par des moyens militaires. "Les membres du Conseil se félicitent des efforts déployés au niveau régional pour trouver une solution pacifique à ce conflit, notamment des importantes initiatives prises à Lusaka pour faire participer toutes les parties aux entretiens de médiation," a-t-il dit.
En outre, les Etats-Unis ont soutenu les efforts de rétablissement de la paix menés par les Etats africains. La Vice-Secrétaire d'Etat aux affaires africaines, Susan Rice, a commencé le 27 octobre un voyage d'une semaine, au cours duquel elle s'est entretenue notamment avec les dirigeants de l'Afrique du Sud, du Congo, de l'Ouganda, du Rwanda, de la Zambie et du Zimbabwe.
La recherche d'une paix négociée par les Africains eux-mêmes a également fait apparaître en pleine lumière les liens étroits que relient justice sociale, bien-être matériel et paix. M. Salim, par exemple, a dit le 24 septembre au Conseil de sécurité que les efforts de la communauté internationale pour promouvoir la paix et la stabilité ne devaient pas méconnaître l'ampleur des problèmes socioéconomiques que connaît l'Afrique.
M. Annan lui-même a souligné l'importance de la justice sociale et économique dans la recherche d'une paix durable. Dans une réunion tenue le 15 octobre avec son Groupe de personnalités éminentes, et consacrée au développement de l'Afrique, il a déclaré : "J'ai la ferme conviction que toute solution à long terme aux situations de conflit en Afrique exige une approche globale qui prenne simultanément en considération la paix, la sécurité, la bonne gouvernance, le respect des droits de l'homme et la primauté du droit, ainsi que le développement durable."