
Examen des progrès réalisés par le Nouvel ordre du jour des Nations UniesLes ambassadeurs des pays africains à l'ONU ont récemment affirmé que les réformes économiques et politiques menées par de nombreux pays africains -- souvent en dépit d'un environnement externe négatif -- dépassaient en ampleur les efforts de la communauté internationale pour exécuter sa part du contrat de partenariat au titre du Nouvel ordre du jour des Nations Unies pour le développement de l'Afrique dans les années 90 (UN-NADAF). On trouvera ci-après quelques-unes des principales opinions exprimées durant un débat tenu par l'Assemblée générale, fin octobre, sur les progrès réalisés dans l'application du Nouvel ordre du jour depuis l'examen à mi-parcours de 1996. Les participants du débat ont reconnu que le système des Nations Unies avait réalisé quelques progrès dans l'application des mesures et recommandations convenues lors de l'examen à mi-parcours. Cependant, les ambassadeurs des pays africains ont exhorté la communauté internationale à fournir une aide plus généreuse au développement, à alléger davantage la dette et à améliorer l'accès des produits africains aux marchés extérieurs. De nombreux participants ont appuyé la constatation du Secrétaire général des Nations Unies, Kofi Annan, exprimée dans son rapport intérimaire sur le Nouvel ordre du jour, selon laquelle l'insuffisance des flux de ressources à destination de l'Afrique constitue un obstacle majeur à la mise en oeuvre du Nouvel ordre du jour. M. Annan a noté que "la part de l'Afrique dans le montant total des flux de ressources vers les pays en développement non seulement avait diminué de moitié, tombant de 16,4 % en 1992 à 7,4 % en 1996, mais encore fluctuait d'une année à l'autre." Plusieurs représentants d'Etats non africains étaient au nombre de ceux qui ont insisté pour qu'on augmente les flux de ressources à destination de l'Afrique -- en particulier par voie d'un accroissement des flux d'investissement étranger direct. Sans minimiser l'importance de l'aide au développement, M. Hasmy Agam, ambassadeur de la Malaisie, a vu dans l'investissement étranger direct et l'acquisition de compétences et de technologies liées à celui-ci la "voie à suivre" pour le développement de l'Afrique. "Nous sommes très inquiets des problèmes causés par l'environnement externe, lesquels ruinent souvent les efforts constructifs menés pour mettre en oeuvre le Nouvel ordre du jour," a observé M. Khiphusizi J. Jele, Ambassadeur de l'Afrique du Sud auprès de l'ONU. Parallèlement à la réduction des flux de ressources, M. Jele a estimé que l'"impact négatif de la mondialisation sur les économies fragiles de l'Afrique" constitue un obstacle particulièrement redoutable. Mme Regina Montoya, représentante des Etats-Unis, a ajouté que la crise financière internationale et des conditions climatiques défavorables menaçaient les gains économiques substantiels réalisés par certains pays africains. |
La prévention et le règlement des conflits ont dominé l'ordre du jour de la réunion au sommet de la Communauté économique des Etats
de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO), qui s'est tenue les 30 et 31 octobre à Abuja (Nigéria). La réunion a été couronnée par la conclusion d'un accord mettant fin au conflit de cinq mois en Guinée-Bissau, signé par le président João Bernardo Vieira et le général Ansumane Mane, chef des rebelles.
Les 16 pays membres de la CEDEAO ont décidé de créer un nouveau département au sein du secrétariat de la Communauté, afin de remplacer les comités spéciaux en matière de prévention, de gestion et de règlement des conflits régionaux. La réunion a également lancé des chèques de voyages régionaux, dont le but est d'intensifier les échanges et de faciliter les voyages.
Quatre institutions internationales -- l'Organisation mondiale de la santé (OMS), la Banque mondiale, le Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF) et le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) -- ont lancé de concert le 30 octobre à New York la campagne 'Faire reculer le paludisme'. Cette campagne contre le paludisme se distingue des précédentes car elle repose sur un partenariat mondial avec des agences de développement bilatérales, des banques de développement, des gouvernements, des organisations non gouvernementales et le secteur privé. En renforçant les services de santé à la disposition des populations touchées et en stimulant la recherche et le développement de nouvelles méthodes de lutte contre la maladie, la campagne a pour but de réduire le nombre des victimes du paludisme de 50 % d'ici à 2010 et de 75 % d'ici à 2015. "Nous devons mener cette fois un effort soutenu. Nous devons être capables de fournir au bout de quelques heures des médicaments simples et peu coûteux à un enfant atteint de fièvre," a déclaré le Dr Gro Harlem Brundtland, Directrice générale de l'OMS, lors du lancement de la campagne.
Axée d'abord sur l'Afrique, où surviennent 90 % des cas de paludisme, la campagne vise notamment à moderniser les systèmes de prestation de soins de santé, à intensifier l'utilisation de moustiquaires imprégnées d'insecticide, à dresser la carte des régions affectées et à coordonner la mise au point de nouveaux médicaments et vaccins.
L'immense majorité des victimes du paludisme sont des enfants de l'Afrique subsaharienne qui n'ont pas accès aux services de santé. Diverses expériences pilotes ont montré que l'utilisation de moustiquaires traitées avec l'insecticide biodégradable pyréthroïde, en Gambie, au Burkina Faso, au Kenya et au Ghana, faisait baisser radicalement le nombre de décès des moins de 5 ans.
Rappelant que les insecticides introduits voici 30 ans avaient alors suscité l'espoir que le paludisme serait éliminé à très brève échéance,
Mme Brundtland a rappelé que la maladie "réapparaît dans des pays d'où elle avait disparu et devient plus virulente dans d'autres où elle n'a jamais été éliminée." Demandant au secteur privé de s'associer à la campagne contre le paludisme, le docteur Brundtland a déclaré : "Nous ne disons plus 'éliminer'. Nous savons qu'il est impossible d'éliminer le paludisme dans les 10 à 15 prochaines années. En attendant, nous devons faire de plus grands efforts pour chercher le vaccin qui changerait la situation."
A la fin de septembre, l'Union européenne (UE) et les Etats d'Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP) ont ouvert discrètement des négociations sur l'accord destiné à remplacer la Convention de Lomé IV actuellement en vigueur, qui doit expirer en février 2000. Les Conventions de Lomé régissent depuis 1975 les relations commerciales entre l'UE et les Etats ACP.
De nombreux Etats ACP craignent que les entretiens ne débouchent sur une importante réduction des bénéfices commerciaux pour près d'un tiers des 70 Etats ACP qui sont parties à la Convention. (L'Afrique du Sud, qui n'est pas un membre à part entière de la Convention, n'est pas concernée par ces dispositions commerciales et ne participe pas aux renégociations.) Les Etats ACP "les mieux pourvus" estiment que l'UE exerce sur eux des pressions injustes pour les amener à accepter des accords de libre échange. Il est prévu que les pays ACP les plus pauvres continueront de bénéficier des avantages accordés en vertu de la convention en vigueur.
Dans un climat où l'on se dispute de plus en plus âprement les flux de capitaux étrangers, "les gouvernements africains doivent mettre davantage l'accent sur les politiques qui favorisent le développement du secteur privé," a déclaré M. J. B. Zulu, représentant spécial du Fonds monétaire international auprès de l'ONU, durant une réunion d'information tenue à l'ONU sur la réforme du système monétaire international. Il en est ainsi parce qu'"un secteur privé intérieur robuste attire le secteur privé étranger," a-t-il expliqué.
Cette recommandation a suscité une vive réaction de la part des ambassadeurs des pays africains, qui ont demandé à M. Zulu d'expliquer comment il serait possible d'appliquer à brève échéance cette politique dans les pays qui n'ont pas de classe moyenne pour soutenir le développement d'un secteur privé et qui ont peu de chance de voir un secteur privé de quelque ampleur prendre forme avant longtemps. Répondant que la ligne de conduite à suivre serait la même, M. Zulu a expliqué qu'il existait dans tous les pays africains un esprit d'entreprise naturel, mais qu'il demeurait souvent assoupi dans les pays "où les ressources sont mises à la disposition du secteur dit public." Même dans les pays où le secteur privé est d'une importance négligeable, a assuré M. Zulu, "une bonne politique attire l'investissement du secteur privé, tant national qu'étranger. Court terme, moyen terme et long terme sont des expressions qui n'ont plus cours parce que l'interdépendance économique se renforce de jour en jour."
Cinquante et un pays africains ont ratifié la Convention sur la lutte contre la désertification et un autre "est sur le point" de ratifier cette convention, a déclaré M. Hama Arba Diallo, Secrétaire exécutif de la Convention, durant une réunion d'information tenue le 21 octobre à New York.
Se félicitant des progrès réalisés au niveau national en matière de mobilisation de la volonté politique pour faire progresser la lutte contre la désertification, M. Diallo a noté que 143 pays ont maintenant ratifié la Convention ou y ont adhéré, le Rwanda venant de s'ajouter à la liste.
M. Diallo a souligné que même les pays qui n'ont pas achevé les processus de ratification ou d'adhésion seront les bienvenus à la deuxième Conférence des parties qui se tiendra à Dakar (Sénégal) du 30 novembre au 11 décembre 1998.
A cette conférence, les pays en développement examineront leurs expériences respectives en matière d'application de la Convention et les pays qui ont mis au point des programmes d'action nationaux présenteront un rapport sur les progrès obtenus. Les pays développés présenteront des rapports sur leurs activités d'aide à la lutte contre la désertification dans les pays en développement.
M. Ali, que l'on voit ci-dessus offrir un gant de boxe à M. Annan en septembre dernier, doit se rendre bientôt en Afrique au nom des Nations Unies. Photo : ONU / Eskinder Debebe |
Au début de novembre, le Conseil de sécurité a vivement encouragé les dirigeants africains à envisager de lever les sanctions économiques contre le Burundi ou d'en suspendre l'application. Les sanctions ont été imposées principalement par des pays d'Afrique de l'Est et d'Afrique centrale quelques jours seulement après la prise du pouvoir par le commandant Pierre Buyoya, le 25 juillet 1996.
Soulignant que les sanctions aggravaient les conditions de vie de la population et portaient atteinte au processus de paix, le régime de M. Buyoya a demandé à la communauté internationale d'insister pour en obtenir la fin. Le blocus économique avait pour but de rétablir l'ordre constitutionnel et de contraindre M. Buyoya à entamer des pourparlers de paix avec les rebelles hutus. M. Buyoya a commencé ces entretiens et engagé un "partenariat politique" avec certains représentants de la communauté hutu.
Cependant, les forces armées du Comité national de défense de la démocratie (CNDDFDD), principal mouvement rebelle, a fait connaître son objection à tout retrait des sanctions. Selon le CNDDFDD, plusieurs "conditions essentielles" à la levée des sanctions n'ont pas été remplies, notamment la libération de milliers de prisonniers politiques, le rétablissement de la Constitution de mars 1992 et la mise en place de procédures et institutions démocratiques.
Plusieurs pays africains ont dépassé les pays industriels en matière d'adoption de nouvelles technologies des télécommunications, est-il observé dans le Rapport sur le développement dans le monde, 1998/99, de la Banque mondiale. Publié sous le titre "Le savoir au service du développement," le rapport cite au moins 24 pays en développement, parmi lesquels le Botswana, Djibouti, la Gambie et Maurice, dont le réseau téléphonique est déjà entièrement numérique. Beaucoup de ces réseaux téléphoniques ont entièrement sauté l'étape des fils de cuivre et techniques connexes.
Néanmoins, souligne le rapport, une grande partie du monde en développement n'a pas accès à la technologie de base des communications, en raison des longues listes d'attente pour l'installation du téléphone aussi bien que de la faiblesse des revenus. En moyenne, l'Afrique subsaharienne ne dispose que de 1,5 ligne de téléphone pour 100 personnes, contre 64 aux Etats-Unis.
Le rapport s'attache à étudier deux types de connaissance : la connaissance technique et la "connaissance des attributs" (par exemple, la qualité d'un produit ou la capacité d'endettement d'un emprunteur). Le président de la Banque mondiale, James Wolfensohn, avertit dans l'avant-propos du rapport qu'un nouvel élargissement de l'"écart des connaissances" entre riches et pauvres aura pour effet de "faire affluer le capital et les autres ressources dans les pays dotés du fonds de connaissances le plus solide, aggravant ainsi l'inégalité."
"Il y a trois moyens essentiels de faciliter l'acquisition de connaissances d'origine étrangère : un régime d'échanges commerciaux ouvert, l'investissement étranger et les brevets d'exploitation de technologie," a dit M. Wolfensohn.