
Le nouveau Représentant du Secrétaire général de l'ONU en Angola, M. Issa Diallo, a assumé une tentative de médiation d'une infinie complexité. "Le moment n'est pas du tout favorable à la médiation," nous a-t-il confié. "Les parties belligérantes ne veulent écouter aucun médiateur."
Arrivant à Luanda vers la fin août, il a constaté que l'accord de paix négocié par l'ONU, le Protocole de Lusaka, était bloqué par une méfiance persistante, tandis que l'incapacité du gouvernement et du mouvement rebelle UNITA de parvenir à un accord sur de nombreux problèmes fondamentaux menaçait de conduire à un conflit généralisé. Quatre ans après la signature de l'accord de paix, l'UNITA refuse encore de céder le contrôle de ses principales places fortes, accusant le gouvernement de violations des droits de l'homme dans les zones déjà évacuées. De son côté, le gouvernement affirme que le dirigeant de l'UNITA, Jonas Savimbi, a toujours l'intention de s'emparer du pouvoir par la force des armes et cache des troupes dans le maquis.
Alors que les deux parties rejettent l'une sur l'autre la responsabilité de n'avoir pas pleinement appliqué les clauses politiques et militaires de l'accord de paix de 1994, les combats se sont intensifiés et les préparatifs d'un conflit généralisé, qui pourrait éclater, se poursuivent de part et d'autre.
Le désarmement de l'UNITA est le problème fondamental du processus de paix. Le mouvement rebelle a été accusé de ne pas fournir suffisamment d'informations sur ses effectifs militaires et leur démobilisation. M. Diallo dit que l'UNITA pourrait encore avoir de 30 000 à 50 000 soldats, tout en ayant déclaré le 6 mars avoir démobilisé toutes ses forces.
Ce qui complique le problème, c'est que le gouvernement a rompu tout contact avec M. Savimbi et a reconnu dans le "Comité de rénovation de l'UNITA," un groupe dissident, "l'unique interlocuteur légitime pour l'application du Protocole de Lusaka." Mais la direction de l'UNITA, installée dans son quartier général de Bailundo, sur les hauts plateaux du centre du pays, continue de se présenter avec insistance comme le partenaire attitré du processus de paix.
Diplomate de carrière de l'ONU chargé de poursuivre la mission de M. Alioune Blondin Beye, décédé dans un accident d'avion le 27 juin, M. Diallo décrit l'impasse angolaise comme "le syndrome de la ligne d'arrivée," où les coureurs deviennent nerveux, excités et impatients. "J'ai l'espoir qu'ils atteindront la ligne d'arrivée, parce qu'il n'y a pas d'autre voie. L'accord de Lusaka offre encore la route la plus courte et la moins coûteuse vers la paix."
M. Diallo ajoute que le gouvernement avait perdu patience et fait clairement savoir qu'il recourrait à la force pour appliquer le plan de paix. "Le gouvernement a dit que M. Savimbi devait renoncer à son ambition de s'emparer du pouvoir par la force. Cela signifie qu'il doit abandonner ses armes, livrer son territoire et se joindre au groupe des institutions démocratiques."
M. Diallo a récemment tenté de rencontrer M. Savimbi à son quartier général et obtenu un rendez-vous pour le 21 septembre, mais un représentant du gouvernement a refusé de garantir sa sécurité et l'a même averti que le gouvernement romprait tout contact avec M. Diallo s'il effectuait ce voyage. M. Diallo, qui souligne l'importance de ne pas rompre le contact avec le dirigeant de l'UNITA, a alors demandé une audience au président Jose Eduardo dos Santos en vue de nouvelles consultations.
"Même s'il y a une chance sur un million de rétablir la paix en parlant avec Savimbi, je la saisirai," a-t-il dit. "Ce que nous devons faire maintenant, c'est explorer tous les moyens de parler avec Savimbi à très bref délai et de le convaincre que l'application du Protocole de Lusaka représente la meilleure chance de rétablir la paix. M. Savimbi doit comprendre que la solution du problème angolais n'est pas militaire, mais politique." M. Diallo veut aussi que le gouvernement et l'UNITA comprennent que l'ONU "ne saurait préconiser l'emploi de la force" et qu'"il ne s'agit pas ici d'une guerre à gagner à n'importe quel prix." Le processus de paix aborde "une période très difficile," dit l'envoyé de l'ONU, mais "il faut faire quelque chose pour ramener M. Savimbi dans la voie juste, sans conditions et sans retard."