
Selon M. Olara Otunnu, Représentant spécial du Secrétaire général chargé des enfants et des conflits armés, c'est peut-être bien en assurant la réadaptation des enfants et des femmes touchés par la guerre que l'on parviendra à un redressement national en Sierra Leone. Lors d'une conférence de presse qui s'est tenue le 2 juin à New York, il a mis la communauté internationale au défi de répondre avec plus de force aux besoins des enfants de Sierra Leone.

Deux mois après que le Groupe de surveillance des cessez-le-feu dans la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (ECOMOG) eut rétabli dans ses fonctions le président démocratiquement élu Alhaji Ahmad Tejan Kabbah, écarté du pouvoir après un coup d'Etat en 1997, M. Otunnu a décrit "une des visions les plus déchirantes" qu'il ait jamais vu : des centaines d'enfants non accompagnés qui avaient désespérément besoin de nourriture, de vêtements et d'un abri. Il a décrit avec inquiétude l'"émergence d'une nouvelle communauté" d'individus qui avaient eu les membres tranchés par des rebelles appartenant au Conseil révolutionnaire des forces armées (AFRC), et par leurs alliés du Front révolutionnaire uni (RUF). Trois cents victimes environ ont été traitées en mai à l'hôpital Connaught de Freetown, et ne représentaient peut-être qu'une faible partie de ceux qui avaient été récemment mutilés. "Je n'oublierai jamais les paroles d'un jeune garçon d'environ cinq ans qui m'a dit qu'après lui avoir coupé les mains, les soldats du RUF lui ont dit : 'Va donc dire au président Kabbah que nous sommes toujours là'," a dit M. Otunnu.
Le gouvernement de M. Kabbah se trouve devant une situation difficile. Le Rapport sur le développement humain de 1997 du Programme des Nations Unies pour le développement place la Sierra Leone à l'avant-dernier rang du développement dans le monde, après le Niger. Depuis 1991, les conflits ont fait plus de 10 000 morts et déplacée des centaines de milliers de personnes.
En mai, l'ONU a demandé le paiement des crédits promis au titre du Fonds d'affectation spécial qu'elle avait lancé en avril 1997, mais dont 1,9 million de dollars seulement sur les 11 millions promis avait été reçu. Le Haut Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés, Mme Sadako Ogata, a également lancé un appel urgent pour le versement de 7,3 millions destinés à aider les réfugiés nouvellement arrivés en Guinée et au Libéria jusqu'à la fin de la guerre. Le nombre de réfugiés sierra-léoniens dans ces deux pays dépasse à présent les 500 000, qui s'ajoutent aux 50 000 personnes déplacées et qui cherchent un abri dans les camps et les villes du nord du pays. Face à la dégradation de la situation humanitaire, l'ONU a lancé un appel fin juin pour obtenir 20,2 millions de dollars supplémentaires.
Dans un rapport au Conseil de sécurité sur la Sierra Leone, le Secrétaire général Kofi Annan a annoncé un projet de conférence au plus haut niveau pour mobiliser une aide importante. M. Annan a également recommandé le déploiement d'un nombre limité d'observateurs militaires non armés "pour donner un élan à un processus de paix fragile mais essentiel" et contribuer à inciter les rebelles à se rendre, en conséquence de quoi le Conseil de sécurité a mis en place le 13 juillet la Mission d'observation des Nations Unies en Sierra Leone.
M. Otunnu demeure optimiste. Il a déclaré à Afrique Relance que, en dépit d'une instabilité persistante dans certaines parties du pays, "il existe néanmoins un vaste espace, politique aussi bien que géographique, qui devrait permettre de s'engager sérieusement dans des programmes de réorganisation et de reconstruction." La Sierra Leone réunit les conditions appropriées, a-t-il ajouté, pour l'adoption de mesures décisives par la communauté internationale
Lors de sa visite, M. Otunnu a obtenu des engagements concernant la réinsertion et la protection des enfants. Les Forces de défense civile (FDC), connues sous le nom de Kamajors, ont consenti à cesser de recruter des enfants de moins de 18 ans. Le gouvernement, l'ECOMOG et les FDC sont également convenus de mettre en place une force d'intervention commune pour veiller à la démobilisation et à la réintégration des enfants-soldats. Trois mille enfants au moins ayant été recrutés dans l'armée rebelle, M. Otunnu a indiqué que les enfants ont encore besoin de protection.
Impressionné par l'assurance dont font preuve les Sierra-Léoniens, M. Otunnu a indiqué : "Nous devons les aider à consolider cette confiance qu'ils ont en eux-mêmes." Mais il a également mis en garde la communauté internationale contre le fait que, si elle adoptait une position attentiste, les perspectives de stabilité du pays pourraient s'en trouver compromis.
Une raison d'espérer pour les enfants enlevés au nord de l'OugandaLa Lord's Resistance Army (LRA) et d'autres groupes rebelles ougandais sont soupçonnés d'avoir enlevé des centaines d'enfants du nord de l'Ouganda et de les avoir emmenés jusqu'à la région frontalière entre l'Ouganda et le Soudan. Afin d'obtenir des informations quant à leur sort ainsi que sur l'impact de la guerre sur les enfants dans le sud du Soudan, le Représentant spécial du Secrétaire général des Nations Unies pour les enfants dans les conflits armés, Olara Otunnu, s'est rendu au Soudan du 14 au 17 juin. Au cours de cette visite, le Gouvernement soudanais a facilité la libération de trois de ces enfants et M. Otunnu a exprimé sa satisfaction devant cette coopération. M. Otunnu a également obtenu des autorités sudanaises l'engagement de mettre fin au recrutement d'enfants âgés de moins de 18 ans. Les autorités se sont par ailleurs engagées à faire tout ce qui serait en leur pouvoir pour éviter le déploiement de mines terrestres dans le sud du Soudan. |