Les donateurs appuient le Libéria

La gouvernance et la réinstallation des réfugiés dominent l'ordre du jour

Par Ahunna Eziakonwa

Exprimant leur soutien pour les efforts de reconstruction du Libéria, les donateurs bilatéraux et multilatéraux se sont engagés à verser 230 millions de dollars lors d'une réunion extraordinaire qui s'est tenue à Paris le 7 avril 1998. L'aide annoncée, qui s'est trouvée en deçà des 438 millions que le Libéria avait demandés pour son programme biennal de reconstruction, s'est faite sous forme de contribution à la reconstruction de l'infrastructure du pays et à la revitalisation de ses institutions après une guerre civile qui a duré sept ans, fait plus de 150 000 morts et causé la fuite de près d'un tiers de la population dans les pays voisins.


Enfants réfugiés libériens nourris à un centre de secours près de Monrovia.

Photo : ONU / John Isaac


La réunion, parrainée par la Banque mondiale, du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) et du ministère néerlandais de la Coopération pour le développement, a repris les thèmes de la quatrième réunion ministérielle de la Conférence extraordinaire sur le Libéria qui s'est tenue en octobre dernier au siège des Nations Unies à New York. Elle s'inscrivait dans le cadre d'un effort continu pour apporter un soutien politique et économique au Libéria une fois achevé le processus de paix placé sous la direction de l'ECOMOG (Groupe de surveillance du cessez-le-feu des Etats de l'Afrique de l'Ouest).

Depuis l'instauration du gouvernement du président Charles Taylor le 2 août 1997, les hostilités ont cessé au Libéria et les réfugiés rentrent peu à peu chez eux. Le Haut Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés, Mme Sadako Ogata, a annoncé fin mai que 26 000 réfugiés libériens au moins étaient rentrés chez eux depuis décembre, en provenance du Ghana, de la Guinée et de la Côte d'Ivoire.

Toutefois, le pays doit à présent mener à bien une énorme reconstruction malgré le fait que le gouvernement a hérité d'un Trésor pratiquement vide. Le ministre des Finances Elie Saleeby a rapporté en novembre que la dette extérieure dépasse à présent 3 milliards de dollars, avec des arriérés de paiement aux institutions multilatérales qui, à eux seuls, s'élèvent à plus de 1 milliard. Selon le Fonds monétaire international (FMI), pour la période allant de 1990 à 1994, le service de la dette s'élevait en moyenne à 11 % du PNB du Libéria, alors que les paiements au titre du service de la dette étaient en moyenne de 0,8 %. Le gouvernement supporte également le fardeau d'une dette intérieure de 200 millions de dollars.

La réunion des donateurs en avril a marqué une occasion importante d'attirer l'attention internationale sur les questions essentielles concernant la reconstruction d'après guerre, notamment la gouvernance et la réforme de la fonction publique, la gestion économique, le rapatriement et la réinstallation, la remise en état du secteur social, l'agriculture et le développement rural, et les besoins d'infrastructure.

Plusieurs participants ont souligné les liens qui existent entre la paix, la sécurité et le développement. Le PNUD a affecté 5,8 millions de dollars à la reconstruction du pays, y compris la réinstallation et la réintégration, avec un accent particulier sur la réduction de la pauvreté, le renforcement des capacités et la promotion d'une bonne gouvernance. Son programme souligne également les prestations sociales de base et le redémarrage des activités de production dans huit des 13 comtés du Libéria, principalement dans les petites villes et les villages.

Déclarant son adhésion à la démocratie, à l'Etat de droit et au développement, le gouvernement a indiqué qu'il avait mis en place un "gouvernement d'inclusion" ainsi que plusieurs commissions sur la bonne gouvernance, les droits de l'homme et la réconciliation nationale, la banque et les finances. Grâce à une meilleure collecte de fonds, les revenus du gouvernement sont passés de 1,05 million de dollars pendant les sept premiers mois de 1997 à 125 millions au cours des cinq mois suivants. Entre autres réalisations, il y a eu la mise en place d'un budget de transition de cinq mois en équilibre, le règlement de tous les arriérés de salaires du secteur public et une décision d'officialisation des dollars libérien et américain comme monnaies ayant cours légal, fondées sur des taux d'échange déterminés par le marché.

L'adhésion aux normes démocratiques

Les donateurs sont convenus qu'il fallait au gouvernement une assistance extérieure de taille pour réaliser ses objectifs. Toutefois, ils ont tous été d'accord sur le fait que pareille aide devrait servir de catalyseur temporaire plutôt que devenir une source de dépendance continuelle. Les donateurs ont également proclamé sans ambiguïté que l'adhésion du Libéria aux normes de la démocratie, aux droits de l'homme et à l'Etat de droit ainsi qu'à la transparence et à la responsabilisation étaient essentiels au maintien de leur soutien. Il ont expressément cité la sauvegarde de la liberté de la presse et l'élimination des brutalités policières.

De nombreux intervenants ont souligné le fait que les activités économiques resteront sérieusement limitées tant que le pays ne jouira pas d'une sécurité suffisante. Ils ont exhorté le gouvernement et la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest à se mettre rapidement d'accord sur un arrangement qui permettrait de prolonger la présence de l'ECOMOG dans le pays afin de consolider encore davantage la paix et la sécurité. A la suite de la réunion des donateurs, le gouvernement et l'ECOMOG ont signé le 5 juin un accord donnant à l'ECOMOG un nouveau mandat mieux défini dans le Libéria de l'après-guerre. L'ECOMOG aidera le gouvernement à garantir la sécurité dans tout le pays et à maintenir l'ordre public. Cette force aidera également à la restructuration de l'armée et de la police du Libéria.

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