
Mme Ruth Sando Perry est la première femme chef d'Etat de l'Afrique moderne. Elle estime que sa nomination au Comité des femmes africaines pour la paix et le développement a mis le Libéria en vedette en Afrique en tant que défenseur de la paix. Elle nous a confié, lors de la conférence de la CEA à Addis-Abeba, qu'elle a lancé un message à l'intention de son pays : "Il est temps, a-t-elle déclaré, que le gouvernement reconnaisse le potentiel des femmes et soutienne leur émancipation."
Mme Perry a été très visible sur la scène publique. Elle a été législateur indépendant, élue comme sénateur pour Grand Cape Mount County en 1985 et elle a parrainé une législation visant la protection des droits des femmes et des enfants. Elle a également créé le mouvement Peace Now, Peace for Libéria, et est membre fondateur du Women's Development Association of Libéria, le Liberian Women's Initiative, et le Women for Action and Goodwill. Elle a récemment mis en place le Perry Centre au Libéria pour la fourniture d'un éventail de services à destination des enfants et des jeunes.

Photo : Lidya Mullugetta
Elle est devenue chef d'Etat lorsqu'elle s'est rendu à Abuja en août 1996 en tant que membre d'une des délégations participant à une nouvelle série de négociations en faveur de la paix sous l'égide de la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO). "On avait décidé que puisque les hommes n'avaient pas réussi de faire la paix, c'était au tour des femmes d'essayer. J'ai été sollicitée par les chefs des factions et les responsables de la CEDEAO qui m'ont dit qu'ils voulaient que je prennne la tête du gouvernement jusqu'à ce que la paix soit restaurée et que des élections soient organisées."
Son mandat était d'une durée très courte et se limitait au désarmement des belligérants, au rapatriement et à la réinsertion des réfugiés et des personnes déplacées ainsi qu'à la tenue d'élections transparentes. "Nous nous sommes maintenues à flot et sommes finalement arrivées au terme du mandat avec des élections réussies. Nous avons été très heureuses de pouvoir accomplir ce que l'on nous avait demandé de faire." Elle a indiqué que les femmes du Libéria avaient beaucoup apprécié sa nomination, "même si certains hommes et certaines femmes n'étaient pas sûrs que je puisse m'acquitter de ma tâche." Mais ensuite, tout le monde a décidé de participer. Aucun doute chez elle : "Je savais que j'étais capable de diriger ces hommes."
Mme Perry s'est renseigné sur ce que voulait chaque faction tout en "harcelant la communauté internationale" pour qu'elle fournisse un appui logistique et diplomatique total en faveur des forces de la CEDEAO). Et comment s'y est-elle prise avec les chefs des factions? Elle répond en étouffant un rire : "vous leur dites parfois des petites vérités et d'autres petites choses, en les rassurant toujours sur les résultats du scrutin. J'ai utilisé ma sensibilité de femme et de mère et j'ai fait appel à tout ce que l'on peut mettre au service de sa communauté, de son église et de son foyer."
Mme Perry se réjouit à la perspective du nouveau rôle
qui lui permettra de solidifier la paix et d'aider l'Afrique dans son développement,
un rôle qui va encourager les Africains à trouver un nouveau
terme pour remplacer celui d'"homme d'Etat."