Le Sénégal contre-attaque

Par Olu Sarr

Le Sénégal est proche de l'Amérique du Sud et l'Europe et ses excellentes liaisons aériennes et maritimes font de sa capitale, Dakar, un point de transit idéal pour les drogues illicites. Néanmoins, le pays dispose d'une législation antidrogue des plus complètes, bien qu'il reconnaisse que le problème est loin d'être résolu. La loi sur la drogue de 1997 aborde tous les aspects du problème, de l'arrestation des délinquants à la réinsertion sociale des toxicomanes en passant par les peines encourues. Le Sénégal a mis en place, pour la période 1998-2000, un plan d'action pour la lutte contre les drogues d'un coût de 4,39 millions de dollars, tandis que le Programme des Nations Unies pour le contrôle international des drogues forme ses techniciens de laboratoire.

La menace a un caractère à la fois extérieur et local. Le cannabis par exemple est la drogue locale de prédilection. Les paysans préfèrent cultiver cette drogue car elle leur rapporte 20 fois plus que l'arachide, la principale culture du Sénégal. Et ils sont payés au comptant, avant la récolte. Le cannabis est de plus en plus exporté. Sa prédominance dans le pays n'empêche toutefois pas les réexpéditions d'Asie via le Sénégal et d'autres pays voisins. Toutefois, le problème le plus grave demeure l'acheminement via le Sénégal de la cocaïne, de l'héroïne et des substances psychotropes. La cocaïne qui arrive au Sénégal provient du Brésil, de la Colombie, de l'Equateur et du Pérou.

Au Sénégal, les consommateurs de cannabis sont généralement les personnes démunies. Selon M. Mamadou Fofana, coordonnateur du Comité interministériel sénégalais de lutte contre la drogue, les enfants de 12 ans fument de plus en plus le cannabis. Quelques toxicomanes proviennent de la couche élévée de la société; ceux-ci consomment de la cocaïne, de l'héroïne et du crack qu'eux seuls peuvent se permettre du fait du prix élevé de ces stupéfiants.

Le Sénégal ne dispose pas de centres de traitement des toxicomanes, dont certains vivent dans la rue. Ceux qui proviennent de familles fortunées sont tenus au secret chez eux à cause de l'opprobre sociale associée à la toxicomanie. Seules quelques organisations non gouvernementales s'emploient, avec une aide modique de l'Etat, à sensibiliser la population aux dangers de la drogue. Parmi celles-ci figure le Centre Jacques Chirac de sensibilisation et d'information sur la drogue, situé à Thiaroye dans la banlieue de Dakar.

Malgré les quantités de drogues qui passent par le Sénégal, il n'y a guère de preuve, à ce stade, de blanchiment d'argent dans le pays. Toutefois, le problème pourrait devenir beaucoup plus grave, prévient M. Fofana.

La Zambie devient une porte d'entrée

Par Mildred Mulenga

Il y a une décennie, la Zambie n'était qu'un point de transit des drogues illicites destinées à l'Afrique du Sud voisine. Aujourd'hui, elle est devenue une porte d'entrée et un centre de distribution pour les drogues destinées à l'Europe ou à l'Amérique du Nord. Du fait de l'urbanisation rapide et des difficultés économiques, le trafic des drogues a considérablement augmenté, attirant certains Zambiens à la recherche d'argent facile. Selon la Drug Enforcement Commission (DEC), l'organisme national de lutte contre la drogue, le volume du trafic de drogues a été multiplié par plus de mille ces sept dernières années.

Les problèmes liés à la drogue ont acquis une notoriété publique en 1985 lorsque quelque 25 Zambiens éminents ont été arrêtés pour trafic de drogues et qu'un tribunal a été mis en place pour instruire l'affaire. "C'est depuis la mise en place de ce tribunal que le pays s'est rendu compte que l'économie était en difficulté et que les gens avaient recours à la drogue pour s'acheter des voitures et d'autres biens de luxe," déclare M. Mukutulu Sinyani, commissaire adjoint principal de la DEC.

Cultivé dans le pays, le cannabis est la principale drogue illicite. Pour faire face au problème, la DEC met en uvre un programme d'éradication du cannabis et de substitution des cultures à l'intention des paysans qui en dépendent. Parmi les autres drogues qui ont fait leur apparition sur le marché zambien, on peut citer l'héroïne, le haschich, la cocaïne et le mandrax.

Connu également sous le nom de méthaquolone, le mandrax, introduit illégalement du sous-continent indien, est si demandé qu'il sert de moyen d'échange pour les biens et services. On l'échange contre les articles d'épicerie et d'autres biens domestiques en Afrique du Sud, qui sont ensuite expédiés en Zambie.

De plus en plus de Zambiens sont arrêtés pour trafic de drogues, la majorité des passeurs étant des femmes. Par exemple, 80 % des Zambiens arrêtés à l'étranger en 1996 et 75 % de ceux arrêtés en 1997 étaient des femmes.

Le blanchiment d'argent est un autre problème lié au trafic de drogues. Les enquêtes menées par la DEC montrent que le taux élevé de fraude bancaire dans le pays est dû aux activités de blanchiment d'argent. Pendant l'année écoulée, la DEC a saisi plus de cinq millions de dollars provenant de transactions financières irrégulières. Au cours du seul mois de janvier 1998, la DEC a saisi environ trois millions de dollars d'une banque, qui depuis a fermé, au motif d'une participation à des activités de blanchiment d'argent. La DEC a également recommandé que le gouvernement promulgue d'urgence une loi contre le blanchiment d'argent.

Corruption et drogue au Kenya

Par Catherine Mgendi

Bien que le Kenya ait créé une brigade des stupéfiants au sein de la police et qu'il abrite l'un des trois bureaux africains du Programme des Nations Unies pour le contrôle international des drogues, les organisations de trafic de drogues à l'uvre dans le pays utilisent non seulement des méthodes sophistiquées mais elles ont aussi réussi à acheter certains agents des forces de l'ordre, malgré la détermination du gouvernement à lutter contre ce problème. En 1997, un responsable de district et quatre policiers ont été condamnés à des peines de prison pour complicité dans l'introduction de drogues dans le pays.

La corruption semble être au cur du problème de la drogue au Kenya. Dans une affaire récente où 20 tonnes de haschich ont été saisies (la plus grande prise jamais réalisée), les suspects ont été relâchés faute de preuves. En rendant la sentence, le juge principal de Mombassa, juge Aggrey Muchelule, a déclaré que l'affaire a "pâti de l'ingérence de la mafia et des tentatives de dissimulation de la police." Dans une autre affaire, il a été révélé que 240 ha de forêt classée du Mont Kenya avaient été défrichés pour réaliser une plantation de bhang (cannabis). On se servait de la police administrative et des gardes forestiers pour garder la plantation.


"Aucun pays ne peut réussir toute seule à vaincre la drogue à l'intérieur de ses frontières," affirme M. Marsden Madoka, du Kenya.

Photo : ONU / Evan Schneider


Bien organisées, les réseaux criminels opèrent à partir de la capitale, Nairobi, et de la ville portuaire de Mombassa. Même les lois contre la drogue adoptées par le pays en 1994 ont été critiquées car elles prévoient de lourdes peines pour les toxicomanes sans toucher aux trafiquants.

Un forum organisé récemment a conclu que le trafic de drogues était l'affaire des riches et des puissants, et que son réseau était difficile à briser. M. Samuel Limo, commissaire de la province de la Côte, a prévenu que si des mesures d'urgence n'étaient pas prises pour faire face à la menace, le Kenya pourrait devenir un "narco-Etat" où le commerce de la drogue serait un mode de vie.

L'accroissement de la toxicomanie est une autre source d'inquiétude. Les Eglises et les écoles sont préoccupées de "l'augmentation alarmante de l'abus des drogues" dans les écoles. Selon la police, la plus grande partie des drogues dures, notamment l'héroïne et la cocaïne, qui se retrouvent dans les communautés est détournée des quantités expédiées des pays d'Asie et de l'Afrique du Sud à destination de l'Europe et de l'Amérique du Nord.

"La toxicomanie est un vrai monstre, l'un des fléaux les plus dévastateurs et débilitants auxquels fait face l'humanité," a déclaré M. Erastus Kiungu, responsable provincial de l'éducation de Nairobi, à une réunion de proviseurs en mars. Une étude réalisée par la Child Welfare Association publiée le même mois montre qu'un étudiant kenyan sur 15 prend de la drogue. Ce groupe consomme essentiellement du bhang et du hashich. D'autres études montrent que 60 % des toxicomanes ont moins de 30 ans.

Pour faire face efficacement au problème croissant de la drogue au Kenya, il faudra plus que l'engagement du gouvernement. Il faut également un renforcement de la coopération internationale. Comme l'a fait observer le ministre d'Etat Marsden Madoka au sommet contre la drogue qui s'est tenu à New York du 8 au 10 juin, "l'expérience a prouvé qu'aucun pays ne peut réussir toute seule à vaincre la drogue à l'intérieur de ses frontières."

 

*******