
Au cours des cinq dernières années, le nombre de pays africains ayant accès à l'Internet a connu une hausse spectaculaire et il y a aujourd'hui plus de 30 programmes internationaux d'aide visant à élargir les réseaux d'information et de communication dont dispose l'Afrique. Il s'agit là d'une progression que l'Initiative spéciale pour l'Afrique cherche à accélérer encore davantage.

Photo : PNUD / Ruth Massey
En 1993 seuls quatre pays d'Afrique étaient connectés à l'Internet. Aujourd'hui, la plupart ont accès à l'Internet sous une forme ou une autre: 44 d'entre eux disposent d'un accès total à l'Internet dans leurs capitales; neuf pays ont également des fournisseurs locaux de service Internet dans certaines villes secondaires, et huit disposent dans l'ensemble du pays d'un accès local temporaire par voie téléphonique. A l'heure actuelle, il n'y a que cinq pays -- les Comores, la République du Congo (Brazaville), l'Erythrée, la Libye et la Somalie -- qui n'aient pas formulé de plans pour disposer d'un accès total à l'Internet.
L'un des événements qui a beaucoup contribué à accélérer le raccordement à l'Internet de l'Afrique a été la Conférence des ministres africains responsables du développement économique et social et de la planification tenue en mai 1996 par la Commission économique pour l'Afrique (CEA). Les ministers ont approuvé les bases d'une Initiative pour une société d'information africaine (AISI). Cette dernière bénéficie du soutien de la CEA, de l'UNESCO, de l'Union internationale des télécommunications (UIT) et du Centre canadien de recherche pour le développement international (IDRC) et trace la voie de l'Afrique dans la direction du cyberspace.
Après l'AISI, il y a eu l'Initiative pour un réseau africain (ANI), étude consacrée aux activités de renforcement des structures futures de l'information, qui a recensé les projets prévus ou en cours sur le continent. Un grand nombre de ces projets -- en fevrier 1998, on en comptait plus de 50 -- entrent dans le cadre de l'AISI. Parmi les plus importants, on compte:
Toutefois, l'usage de l'Internet reste limité en raison du coût du matériel informatique et des transmissions. Le matériel est très cher à cause des tarifs douaniers élevés et du manque de compétition sur les prix. L'on prévoit que les frais lies à l'utilisation de l'Internet vont baisser en raison notamment d'une compétition accrue au niveau des technologies de transmission parmi les fournisseurs du service Internet, de la privatisation des sociétés d'Etat de télécommunications et de la libéralisation des marchés intérieurs pour le téléphone.
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Ce n'est pas un mince défi que celui qu'a relevé un groupe d'experts réunis les 20 et 21 Octobre 1997 au siège de la Commission économique pour l'Afrique de l'ONU (CEA) à Addis-Abeba. Ils avaient pour tâche de faire progresser les tentatives d'utilisation de la technologie de l'information et de la communication visant à intensifier le développement de l'Afrique.
Cette réunion constituait la premiere rencontre du Comité consultatif technique africain établi par M.K.Y. Amoako, Secrétaire exécutif de la CEA, pour diriger la mise en application de l'Initiative pour une société d'information africaine (AISI). Basée sur un partenariat entre institutions multilatérales, bilatérales, gouvernementales, non gouvernementales et institutions du secteur privé, l'AISI a été lancée lors d'une conférence qui s'est tenue du 13 au 15 mai 1996 à Midrand (Afrique du Sud).
Mais c'est à Addis-Abeba que son histoire a vraiment commencé lorsque la CEA, l'Union internationale des télécommunications (UIT), l'UNESCO et le Centre canadien de recherche pour le développement international (IDRC) ont organisé en avril 1995 le premier Colloque régional african consacré à la Télématique pour le développement. En mai 1995 les consultations sont passées au stade supérieur lors de la 21ème Conférence des ministres de la CEA, et en mai 1996 les bases d'un programme d'action établi par un groupe de travail désigné par la CEA et composé de 11 experts en technologie de l'information, étaient approuvées par la 22ème Conférence des ministres.
Le projet encourage les pays d'Afrique à établir des programmes sur une période de cinq ans en vue de créer une infrastructure de l'information et de la communication dans le cadre de leurs plans de développement national. L'AISI accorde également une grande importance a la mise au point d'un raccordement total a l'Internet sur l'ensemble du continent, ce qui donnera à des communautés éloignées et défavorisées accès a des informations mises au point par des Africains et dont la teneur aura une utilité pour l'Afrique. L'Initiative cherche à s'assurer que d'ici à 2010, "chaque homme, femme et écolier en Afrique, chaque village, bureau du gouvernement et entreprise pourra avoir accès a des informations et à des connaissances grâce aux ordinateurs et aux télécommunications".
Tout cela est-il possible sur un continent ou bien des gens n'ont pas accès à des téléphones et où les communications présentent souvent des difficultés? Les partisans de l'AISI ne nient pas les difficultés, mais ils refusent d'accepter qu'on ne puisse rien changer à la situation. "C'est un programme très ambitieux parce qu'il y a beaucoup de choses qui limitent le développement de l'infrastructure de communication", admet Mme Karima Bounemra Ben-Soltane, la directrice de la Division des services de développement de l'information de la CEA, responsable de l'AISI. "Nous avons pour but d'utiliser les réseaux avec intelligence, de posséder à fond les techniques, de transférer des connaissances et des procédés techniques", a-t-elle déclaré à Afrique Relance.
Les progrès qu'accomplira l'AISI dépendront d'une certaine mesure du financement dont elle disposera. Le Comité consultatif technique africain recommande d'élargir le groupe de donateurs potentiels, et appelle également à un renforcement des relations avec les institutions qui soutiennent déjà cette initiative, telles que le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), l'UIT et la Banque mondiale.
Une grande partie du travail éffectué jusqu'à présent dans le cadre de l'AISI a été consacré à la sensibilisation des pouvoirs publics et à aider leurs pays dans la préparation des moyens d'action, stratégies et plans en matière d'information et de communication.
Donner a l'Afrique un meilleur accès à la téchnologie de l'information et des communications demeure une tâche considérable.
**Encadré**
Selon les participants à un séminaire consacré à l'Internet pour les pays d'Afrique orientale qui s'est tenu du 13 au 15 octobre 1997 au siège de la Commission économique pour l'Afrique (CEA) à Addis-Abeba, il faudrait que toutes les parties concernées au niveau national participent à la libéralisation du secteur de télécommunications. Ces participants ont recommandé la création d'un fonds de développement qui offrirait des incitations pour encourager les fournisseurs de services Internet à fournir une infrastructure de l'information dans les régions rurales et isolées.
"On ne saurait trop insister sur le rôle que joue l'information dans le processus du développement", a déclaré le Secrétaire exécutif de la CEA K.Y. Amoako lors de la réunion. "Et ce rôle gagne de l'importance lorsqu'il s'agit d'assurer l'intégration économique et l'interconnexion, auquel cas les décideurs ont besoin d'avoir accès à des informations exactes et opportunes qui leur permettent de prendre des décisions avisées et appropriées".
L'expérience a prouvé que lorsqu'on ne dispose pas d'information ou lorsque ces dernières sont sujettes à caution et/ou perimées, le développement s'en trouve entravé. C'est ce qu'a noté M. Christian Lehembre, Représentant résident par intérim du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) en Ethiopie. "Les pays qui jugent bon d'investir pour améliorer leur infrastructure de télécommunications ont des chances de devancer ceux qui ne le font pas", a-t-il dit lors du séminaire.
Mais pour améliorer cette infrastructure, "il ne suffit pas simplement d'ajouter quelques lignes de téléphone ou d'étendre la capacité des réseaux locaux et internationaux", a declaré M. Lehembre. "Ce qui est plus important", a-t-il dit, "c'est que pour la plupart des pays il devient nécessaire de revoir les règlements en matière de télécommunications, de recalculer la structure des tarifs, de permettre la concurrence du secteur privé, et de manière générale d'offrir un environnement favorable à l'exploitation de l'inévitable progression des télécommunications".
Les participants ont préconisé la mise en oeuvre de l'Initiative pour une société d'information africaine au niveau des pays, "principalement en organisant des campagnes de haut niveau pour sensibiliser le public aux réformes et en élaborant des politiques et des plans concernant l'information et les communications au niveau national".
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