
Bien qu'il soit important de reconnaître que la mise en oeuvre de l'Initiative spéciale pour l'Afrique continue à se heurter à des obstacles, il faut également prendre acte des progrès réalisés depuis son lancement il y a deux ans, affirme M. James Gustave Speth, Administrateur du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD). "Le système des Nations Unies maintient son engagement, et des signes positifs se font jour dans la formulation et l'exécution de programmes dans beaucoup de pays", a-t-il déclaré à Afrique Relance.

-- James Gustave Speth, Administrateur du PNUD et co-président de l'Initiative spéciale
Photo: ONU / M. Grant
Les meilleures preuves de ces progrès proviennent de pays "dont les gouvernements ont forgé des politiques et des stratégies claires, ainsi que de secteurs auxquels les agences coordinatrices ont assuré une direction résolue et créatrice" indique M. Speth, l'un des deux co-présidents du Comité d'organisation de l'Initiative. Dans les activités où l'Initiative a enregistré les réalisations les plus évidentes, il identifie ainsi deux éléments fondamentaux : l'amélioration de la coordination entre les partenaires extérieurs de l'Afrique et la "direction" assurée par les gouvernements africains eux-mêmes des efforts dans les composantes clées de l'Initiative spéciale.
Une des motivations premières pour lancer l'Initiative spéciale, note M. Speth, était de rationaliser l'assistance apportée à l'Afrique par le système des Nations Unies (y compris les institutions de Bretton-Woods). "Ceci veut dire coordonner avec efficacité, agir avec synergie, saisir les occasions d'un partenariat authentique, renforcer les capacités à tous les niveaux -- en bref, comme le dit la charte de l'ONU, unir nos forces".
Alors que l'Initiative a enregistré des progrès dans un certain nombre de secteurs dont la gouvernance, la santé et la technologie de l'information, M. Speth cite l'éducation comme une sphère dans laquelle une coordination améliorée a joué un rôle particulièrement important. L'adhésion de la Banque mondiale à l'Initiative et sa collaboration avec l'UNESCO et d'autres agences de l'ONU ont conduit à une cohérence accrue, ce qui pourrait aider à mobiliser "des ressources supplémentaires".
Outre le rôle que joue cette coordination dans l'amélioration de l'efficacité de l'aide fournie pare les institutions multilatérales, elle a également "encouragé le soutien de donateurs bilatéraux" pour l'éducation primaire au Sénégal et au Mozambique, rapporte M. Speth. La France, en collaboration avec l'UNESCO, le PNUD et la Banque mondiale, aide à surmonter des "entraves au niveau des politiques" au Sénégal, et les résultats en seront des afflux de ressources plus importants par le canal des programmes d'investissement sectoriel. Pour le Mozambique, une consultation sur l'éducation organisée par l'UNESCO a encouragé un soutien bilatéral accru en faveur des efforts que déploie le gouvernement afin d'intégrer l'éducation primaire au sein d'un plan de développement global. A la lumière de ces expériences, le Zimbabwe a demandé au Coordonnateur résident de l'ONU de persuader l'UNESCO d'organiser une consultation analogue en vue d'une stratégie zimbabwéenne dans le secteur de l'éducation.
Afin d'aider à un meilleur partage des "meilleures pratiques et démarches dans la résolution de problèmes" de ce type, M. Speth reconnaît qu'une information fiable et opportune doit être diffusée. "Une stratégie de communication commune est cruciale pour le renforcement de la crédibilité de l'Initiative, une mobilisation politique efficace, un caractère africain, le soutien des donateurs et l'internalisation au sein du système des Nations Unies", ajoute-t-il.
Alors que la coordination des donateurs est vitale, affirme M. Speth, elle doit appuyer des programmes et des stratégies développés par les Africains eux-mêmes. Ces stratégies d'inspiration nationale devraient devenir le fondement de l'aide. L'Initiative "est donc activée par la demande et non imposée par les donateurs". Depuis son lancement, dit-il, l'objectif premier de l'Initiative est d' "aider l'Afrique à se prendre en mains". Le caractère africain de l'Initiative s'est accentué depuis 1996, notamment par le soutien qui lui a été accordé à la réunion au sommet de l'Organisation de l'unité africaine de juin 1997. Et il note que "dans cette décision, les chefs d'Etat africains ont réaffirmé l'appartenance de l'Initiative spéciale à l'Afrique et ont entrepris d'assurer son exécution intégrale".
Le soutien d'organisations non gouvernementales et d'organisations de la société civile est lui aussi essentiel. M. Speth ajoute : "L'Initiative n'aura les résultats escomptés que si elle est guidée par la volonté non seulement des pouvoirs publics africains, mais aussi celle des organisations de la société civile africaines. Ce qui est en jeu, c'est une efficacité accrue dans la coopération au développement. Ceci ne peut se produire que si la fonction de coordination au niveau national est lui-même renforcée, ce qui est fonction de capacités internes renforcées et d'un large consensus sur les orientations du développement. Le moyen d'y parvenir est une démarche participative qui impliquent toutes les parties prenantes".
D'une manière analogue, les programmes durables de bonne gouvernance ne peuvent pas être imposés de l'extérieur. "Soyons clairs : il ne peut y avoir de conditionnalité dans les programmes de gouvernance", affirme M. Speth. "La manière dont nous abordons la gouvernance dans le contexte de l'Initiative tient en compte les faiblesses identifiées dans l'expérience de la coopération au développement. La volonté et la direction nationales sont essentielles à cette démarche". C'est la raison pour laquelle les Forums annuels sur la gouvernance en Afrique sont destinés à favoriser une large participation conduisant à un consensus national et à forger des partenariats de financement des programmes de gouvernance nationaux.
M. Speth ajoute qu'alors que "bonne gouvernance n'est pas conditionnalité", elle n'en demeure pas moins "la meilleure manière d'attirer des partenaires extérieurs, qu'ils soient publics ou privés, et de s'assurer de l'impact positif et durable des efforts pour le développement propres à chaque pays".
L'Initiative spéciale, conclut M. Speth, "représente l'accomplissement des objectis et des visions de la première Décennie du développement établie par les Nations Unies dans les années 60. Elle unit nos efforts à tous les niveaux, de celui du village à celui de la coopération internationale. Et nous ne pouvons pas échouer, parce que nous ne pouvons pas nous permettre d'échouer".
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