
Les problèmes de santé de l'Afrique demeurent un obstacle majeur au développement du continent. Mais l'approche multi-sectorielle de l'Initiative spéciale donne un nouvel élan aux pays africains pour renforcer leurs systèmes sanitaires comme moyen de lutte contre les fléaux qui affligent la région. Elle a pour objectif d'étendre les services sanitaires de base, en portant l'accent sur la lutte contre les maladies les plus débilitantes : paludisme, maladies sexuellement transmissibles (y compris VIH/SIDA), tuberculose et les principales maladies infantiles.
Les agences de coordination pour la composante Santé de l'Initiative spéciale sont l'Organisation mondiale de la santé (OMS) et la Banque mondiale qui doivent aider les pays africains à mobiliser les ressources nécessaires pour la mise en place de leurs réformes du secteur sur les 10 ans couvrant l'Initiative. Le Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF) est également largement impliqué dans le renforcement des soins médicaux préventifs. Mais quelle que soit l'assistance que ces institutions internationales et autres donateurs pourraient fournir, souligne le Dr Tayo Lambo du Bureau régional africain de l'OMS, "nous ne mettons pas en place l'Initiative spéciale à New York, ni même à Brazzaville, où nous avions un bureau régional. La mise en oeuvre du programme et ses effets ne pourront que se constater au niveau du pays".

Photo : ONU / E. Debebe
Du fait de restrictions budgétaires publiques draconiennes en Afrique, les dépenses du secteur de la santé dépassent rarement une moyenne de 5 % du produit intérieur brut, soit 10 dollars par personne par an, et cette somme est plus probablement allouée aux salaires et aux soins traitants des hôpitaux urbains qu'aux soins préventifs et primaires. Dans de nombreux pays, plus de 50 % de la population n'a pas accès aux services sanitaires, un autre 51 % n'a pas accès à l'eau potable et 56 % ne vit pas dans des conditions d'hygiène minimale, ce qui pourraient éviter la propagation de certaines maladies.
Selon un rapport de situation de la Banque mondiale de 1997, 3,5 milliards de dollars sont mobilisés pour soutenir le développement du secteur de la santé dans 10 pays africains. Plus de la moitié de ce montant proviendra des pays mêmes, avec les donateurs fournissant les 1,5 milliard de dollars restants dont près de 500 millions seront apportés par la Banque. En présentant ce rapport au Comité régional africain de l'OMS qui a réuni les ministres de la Santé en septembre dernier, le Docteur A. Edward Elmendorf, spécialiste coordonateur de la santé pour l'Afrique de la Banque, a expliqué que le principal message du rapport est que "si les pays se présentent avec des programmes crédibles, préparés en consultation avec leurs partenaires externes, trouver des financements externes au secteur ne constitue pas un problème".
Ces 10 pays figurent parmi les 15 qui ont été considérés par la Banque comme étant "en mesure d'exécuter le type de programme de réformes définis dans l'Initiative". Les 15 -- Bénin, Ethiopie, Ghana, Guinée-Bissau, Lésotho, Mali, Mauritanie, Maurice, Mozambique, Niger, Ouganda, Sénégal, Tanzanie, Zambie et Zimbabwe -- ont tous en cours des programmes d'investissement sectoriel (PIS) parrainés par la Banque, ou sont engagés dans le processus de préparation d'un PIS. La Banque estime que la plupart des autres pays manque actuellement d'empressement à s'engager dans de tels programmes du fait de difficultés macro-économiques ou institutionnelles -- certains problèmes majeurs du secteur de la santé devant être réglés avant d'envisager la possibilité d'un PIS -- ou du fait de conflits civils.
Cependant, le Docteur Ebrahim Samba, Directeur du Bureau régional de l'OMS pour l'Afrique (voir entretien), pense que l'Initiative spéciale ne devrait pas limiter ses activités aux pays les plus à même de mener à bien ces programmes sectoriels. "Nous devrions, au contraire, sélectionner les pays les plus défavorisés, ceux qui n'ont pas été retenus pour les PIS", nous a-t-il déclaré.
Efforts
nationauxL'Ethiopie a été vivement félicitée par M. Alieu Sallah, Administrateur assistant adjoint du Bureau africain du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), pour son engagement vis-à-vis des objectifs de l'Initiative spéciale. Selon M. Sallah -- encore récemment Représentant résident du PNUD dans ce pays -- ce qui est exemplaire dans le cas de l'Ethiopie c'est l'importance conférée à la direction nationale du processus de réforme. Le gouvernement avait déjà préparé son programme pour le secteur de la santé et était prêt à se servir du cadre de la réunion du Groupe consultatif des donateurs présidé par la Banque mondiale pour obtenir des soutiens. Les donateurs ont été à un tel point impressionnés que fin 1996, ils se sont engagés à hauteur de 2,5 milliards de dollars en faveur des programmes de l'Ethiopie (y compris pour le secteur de la santé), alors que le gouvernement était en quête de seulement 2 milliards de dollars. M. Sallah a rapporté que la meilleure caractéristique de la réforme du secteur de la santé éthiopien réside dans l'effort du gouvernement à rendre accessibles les services sanitaires, à travers tout le pays, effort qui a été entrepris avant même la mise en oeuvre de l'Initiative. Il est prévu qu'avant juin, les infrastructures seront équipées et opérationnelles.
Au Mozambique, la stratégie nationale pour la santé a servi de cadre de travail pour les contributions de tous les donateurs et constitue la base sur laquelle s'est développé le programme sur cinq ans d'investissement continu. D'après le rapport de situation de la Banque mondiale, le coût estimé pour la période 1996-2000 est de 356 millions de dollars dont une participation du gouvernement qui devrait s'élever à 116,5 millions de dollars. Le programme est structuré de manière à ce que le pays puisse prendre en charge une part encore plus importante du financement bien qu'une aide externe s'avèrera très probablement nécessaire pour soutenir le secteur et autres services durant les quelques années suivantes.
Un dispositif de centralisation des donateurs a été mis en place au Mozambique pour l'assistance technique, les produits pharmaceutiques, l'approvisionnement en médicaments et les infrastructures, avec, en discussion, un mécanisme semblable pour la formation. Selon M. Emmanuel Dierckx de Casterle, Représentant résident du PNUD au Mozambique, le gouvernement a reconstruit ses infrastructures, pour moitié détruites durant la guerre civile qui s'est terminée en 1992. Cependant, il faudra la durée totale de l'Initiative -- 10 ans -- pour mettre en place des bâtiments, des systèmes et des moyens de production pharmaceutique nouveaux ainsi que pour former un personnel médical de meilleure qualité dans un pays où la population a doublé depuis son indépendance en 1975.
L'impact de la faiblesse des soins médicaux préventifs touche plus sévèrement les enfants d'Afrique, qui continuent de tomber malade ou de mourir le plus souvent du fait d'affections qui pourraient être évitées et/ou curables -- infections respiratoires aigües, diarrhée, paludisme, rougeole -- en plus de la malnutrition (carences énergétiques et protéiques et carences en micronutriments). Par conséquent, l'UNICEF est l'une des agences de coopération de la composante santé de l'Initiative spéciale.
Celui-ci a été l'un des premiers organes des Nations Unies à participer -- à concurrence de près de 500 000 dollars par an depuis 1996 -- à la constitution du "panier de capitaux" de la Zambie, qui sert à soutenir la mise en place d'un "ensemble minimum de services médicaux de base au niveau du district", a rapporté le Docteur Kasa A. Pangu, Conseiller hors classe pour la santé auprès de l'UNICEF. Au Ghana, l'UNICEF et autres agences sont impliquées dans un compte en commun d'assistance des donateurs pour s'assurer que leurs contributions bénéficient bien aux programmes prioritaires définis par le gouvernement en faveur des enfants et des femmes. Ceux-ci comprennent des campagnes de vaccination contre la rougeole, la polio et le pertussis (coqueluche), ainsi que des efforts pour réduire la mortalité infantile, de l'enfant de moins de cinq ans et de la mère. L'UNICEF a réservé 400 000 dollars pour ce programme qui débute cette année.

Photo : UNICEF / John Isaac
Selon le Dr Pangu, l'UNICEF se préoccupe du fait que l'Initiative spéciale semble accorder une faible priorité aux problèmes multi-sectoriels. Alors que les problèmes de la santé sont uniquement appréhendés au travers du ministère de la Santé, d'autres comme ceux de l'alimentation ne sont pas limités à un seul secteur et il n'y a pas une seule agence d'action transversale qui puisse les attaquer tout azimut. "Nous prêtons une grande attention au niveau de la communauté, qui est notre principal centre d'intérêt, aussi nous voulons nous assurer que les choses fonctionnent bien à ce niveau en termes de moyens et de savoir-faire", explique le Docteur Pangu.
Selon le Dr Lambo de l'OMS, une initiative connue comme la Gestion intégrée des maladies infantiles permet aux enfants d'être examinés dans une clinique pour un éventail complet de maladies et non uniquement pour la maladie dont ils souffrent. "Aujourd'hui, je pense qu'environ 10 ou 20 pays mettent vraiment cette initiative en place".
D'après le Dr Lambo, alors que le paludisme reste la cause principale
de la mortalité ou de l'incapacité en Afrique, son impact
négatif sur le développement est dépassé par
celui du VIH/SIDA. En tuant des hommes et des femmes âgés de
15 et 45 ans, leurs années les plus productives, la maladie cause
d'énormes dégats pour la structure familiale et l'économie
nationale. Cependant, au cours des cinq dernières années,
des progrès ont été faits grâce à l'introduction
de systèmes de surveillance de l'épidémie et au ralentissement
de la propagation du VIH dans certaines communautés grâçe
au succès des campagnes de prévention.
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