
Alors que l'inscription scolaire s'est considérablement accrue au cours de ces 40 dernières années dans la plupart des pays en développement, il n'en a pas été de même pour de nombreux pays africains. Incapables d'enrayer les fortes tendances à la baisse qui se sont révélées très clairement lors de la crise économique des années 80, ces pays tracent un portrait de l'éducation alarmant : la moitié des enfants seulement vont à l'école primaire, le taux d'alphabétisation des adultes n'atteint pas 40 %, et plus de 50 % des femmes sont illettrées. Une telle situation pourrait avoir des répercussions sérieuses sur le développement de l'Afrique. "C'est seulement à travers l'éducation", affirme le Président sénégalais Abdou Diouf, lors d'une réunion organisée en octobre 1997 par l'Association pour le développement de l'éducation en Afrique (ADEA), "que le continent, et ses fils et ses filles, seront en mesure de répondre aux exigences et aux défis du 21ème siècle".
Première étape vers une solution à long terme aux problèmes d'éducation du continent, l'Initiative spéciale des Nations Unies pour l'Afrique privilégie l'enseignement primaire pour tous les enfants africains sur une période de 10 ans. Elle a pris pour cibles 15 pays dont les taux d'inscription sont inférieurs à 50 % (Angola, Burkina Faso, Tchad, Djibouti, Erythrée, Ethiopie, Guinée, Guinée-Bissau, Libéria, Mali, Mozambique, Niger, Rwanda, Sénégal et Somalie). Dans ces pays, l'inscription des garçons varie de 23 à 49 %, celui des filles par contre, seulement de 13 à 31 %.

Photo : UNICEF / Cindy Andrew
Des plans d'action sont actuellement mis en oeuvre pour chaque pays, analysant les principaux obstacles à l'accès élargi à l'enseignement primaire. Les agences responsables de la composante Education dans l'Initiative -- la Banque mondiale et l'Organisation des Nations Unies pour l'éducation, la science et la culture (UNESCO) -- en collaboration avec le Fonds pour l'enfance (UNICEF) et le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), aideront ensuite les pays à préparer des programmes d'investissement sectoriel (PIS) dans le but ambitieux de parvenir à l'éducation primaire universelle. Ces pays seront également assistés dans leurs efforts de mobiliser des ressources pour la mise en oeuvre de ces programmes.
L'Initiative spéciale s'intéresse également au niveau sous-régional dans le but d'identifier les principaux obstacles à la réalisation de l'enseignement primaire pour tous. Des ateliers consacrés à l'examen de ces obstacles, comme le financement des salaires des instituteurs et les langues d'instruction, sont également organisés en vue d'élaborer des solutions durables.
Les objectifs de la composante Education dans l'Initiative s'inspirent directement des conclusions de la Conférence mondiale sur l'éducation pour tous, qui s'est déroulée à Jomtien (Thaïlande), en 1990. A cette occasion, les pays participants se sont engagés à prendre les mesures nécessaires pour assurer l'enseignement primaire à tous les enfants et pour réduire massivement l'analphabétisme chez les adultes. Alors que, depuis Jomtien, les résultats ont été inégaux dans les pays subsahariens, l'augmentation des inscriptions à l'école primaire dans cette région avait en fait progressé plus rapidement au cours des années 60 et 70 -- le nombre d'enfants scolarisés ayant triplé à ce niveau -- qu'en Asie et en Amérique latine.
Mais cette évolution s'est inversée dans les années 80 sous le poids de l'ajustement structurel. Les rapports des inscriptions nettes et brutes a chuté dans une telle proportion qu'en 1992, seulement la moitié environ de la population subsaharienne en âge d'aller à l'école primaire était scolarisée. D'après une étude préparée par le Professeur Christopher Colclough de l'Université de Sussex, dans le cadre de la réunion de l'ADEA à Dakar en octobre dernier, la majeure partie des pays africains subsahariens -- "cas unique au sein des pays en développement" -- comptent aujourd'hui une proportion d'enfants à l'école inférieure à celle de 1980.
"Si vous n'avez pas des gens instruits, vous ne pouvez pas vous développer", constate M. Henri Lopes, Directeur général adjoint des relations extérieures à l'UNESCO. "L'enseignement primaire est nécessaire, ne serait-ce que pour faire des progrès dans des domaines comme la santé et la population".
Parmi les multiples problèmes nuisant à l'éducation en Afrique figure la mauvaise qualité des conditions de scolarité dans une grande partie de la région, avec des classes surpeuplées et un nombre moyen d'écoliers par instituteur plus élevé qu'ailleurs dans le monde, excepté l'Asie du Sud-Est. "Les instituteurs sont souvent non qualifiés, le matériel pédagogique rare et la fourniture des manuels scolaires désespérément insuffisante", constate le Professeur Colclough. Il en résulte que le succès de l'apprentissage est modéré. De surcroît, les possibilités pour les enfants du secteur rural et ceux d'un milieu urbain défavorisé sont inégales, et le fossé se creuse encore davantage entre les sexes, avec des taux d'alphabétisation chez les filles inférieurs à 30 % dans 19 pays subsahariens.
Dans un entretien avec Afrique Relance, M. Mamadou Ndoye, Ministre adjoint du Sénégal pour l'enseignement primaire et les langues nationales, a également fait mention des contraintes financières. "Dans la conjoncture actuelle de l'ajustement structurel, l'insuffisance des ressources matérielles et financières" a eu un impact très sévère sur l'amélioration de l'enseignement primaire. Il a ajouté que le coût du modèle éducatif que le Sénégal a hérité des Français "n'a pas été adapté à nos ressources". Et, compte tenu du taux de croissance de la population, les écoles n'ont ni été adaptées aux exigences en matière d'éducation, ni aux besoins des sociétés en développement, a-t-il ajouté. Mais le problème de fond, selon M. Jean-Louis Sarbib, Vice-président pour l'Afrique à la Banque mondiale (voir entretien), c'est l'usage improductif des ressources existantes plutôt que l'insuffisance absolue de moyens financiers. Les partenaires extérieurs ne seront jamais en mesure de fournir plus de 10 ou 15 % du budget de l'éducation de ces pays, a -t-il précisé.
"Il est clair que les besoins dans le domaine de l'éducation en Afrique sont énormes, mais il est également clair qu'ils devraient être comblés par les pays eux-mêmes", a-t-il dit. "Cela fait très longtemps que les gouvernements africains font valoir que l'éducation est une priorité. Cependant leurs budgets étaient dans une telle confusion qu'ils n'ont pas été en mesure d'allouer les ressources nécessaires à l'éducation".
L'amélioration de la performance et de la gestion des économies africaines signifie que l'on peut consacrer davantage de ressources à l'éducation et à la santé, poursuit M. Sarbib. Les capacités d'absorption doivent s'améliorer, et si l'on entend obtenir une augmentation des allocations budgétaires en faveur de l'éducation, il faut que les ministères des finances et de l'éducation intensifient leur coopération. Il faut par ailleurs parvenir à une plus grande coordination des donateurs et à la prise en main par les pouvoirs publics africains de l'évolution de l'éducation, a estimé par aiileurs M. Richard Sack, Secrétaire exécutif de l'ADEA située à Paris. Créée en 1988 sous le nom de Donateurs à l'éducation africaine, l'ADEA est maintenant dirigée par un comité directeur composé de 10 ministres de l'Education africains et de 18 représentants d'organismes donateurs.

Photo : Sebastião Salgado
"La meilleure façon de travailler ensemble à l'amélioration de l'éducation est de le faire sous la surveillance et l'impulsion" des ministres de l'Education africains, selon M. Sack. L'ADEA s'est efforcée d'encourager un système qui donne plein pouvoir aux ministères de l'Education africains et renforce le dialogue de PRINCIPE avec les donateurs afin d'obtenir un accord sur la nécessité pour chaque pays d'assurer lui-même la coordination de l'aide de ces donateurs.
M. Sack a souligné qu'il y a eu une évolution dans l'attitude des gouvernements africains face à l'enseignement primaire. Dans le passé, a-t-il dit, "les politiciens n'étaient pas très motivés" pour favoriser l'enseignement primaire car "les élèves de l'école primaire ne se soulèvent pas si vous supprimez leurs bourses". Ces opinions ont toutefois changé dans la période post-Jomtien, en raison de la "professionnalisation" du corps ministériel et de la priorité donnée au primaire par les donateurs. Les dispositifs de l'ADEA, qui ont été utilisés pour "une coordination en direct" entre les donateurs, ont constitué un cadre utile pour l'Initiative spéciale afin de présenter la composante "Education" aux ministres africains et de mobiliser leur soutien.
En tant qu'agences responsables de la composante "Education" de l'Initiative, la Banque mondiale et l'UNESCO travaillent avec d'autres partenaires extérieurs pour permettre aux pays africains de parvenir à un consensus sur la nécessité d'adopter des réformes destinées à redresser les faibles taux d'inscription, en déterminant les principaux obstacles à l'enseignement primaire.
L'Initiative s'efforce également d'identifier les types de soutien que les donateurs peuvent apporter pour que les programmes d'investissement sectoriel (PIS) puissent se développer durablement au niveau national. Parallèlement à la création d'un fonds fiduciaire spécial de 7 millions de dollars par la Norvège pour soutenir la formulation des PIS, la Banque a également alloué des fonds à cette fin, pris sur son budget administratif; par ailleurs le PNUD apporte aussi son assistance.
Plusieurs pays se dirigent vers une formulation de PIS éducatif.
Les PIS pour l'éducation sont également en cours ou en préparation en Guinée, au Ghana, en Mauritanie et au Malawi.
Au soutien accordé à la volonté national nationale de diriger ces projets et à l'intervention coordonnée des donateurs, devrait s'ajouter la mise en oeuvre d'un partenariat plus étroit entre "tous les acteurs clés" -- parents, élèves, société civile et syndicats d'instituteurs -- afin de soutenir l'éducation, selon M. Armoogum Pasuramen, ancien ministre de l'Education en Maurice et actuellement spécialiste de la politique de l'enseignement et coordonnateur de ces aspects de l'Initiative auprès de la Banque mondiale.
Les représentants de ces groupes et des ministères de l'Education et des Finances ont participé à l'atelier organisé par la Banque en janvier, à Dakar (Sénégal), dans le cadre de l'Initiative spéciale sur le financement des salaires des instituteurs de l'école primaire, une question considérée comme l'une des gros obstacles à l'amélioration de l'enseignement primaire.
D'autres ateliers sous-régionaux ultérieurs se concentreront sur :
Commentant l'expérience
de son propre pays, le Ministre sénégalais Ndoye a déclaré,
"nous n'avons jamais partagé les vues de ceux qui contemplaient
l'Initiative avec pessimisme et scepticisme, et qui s'interrogeaient sur
la provenance des ressources. Nous nous sommes plutôt posés
la question sur la façon dont nous pourrions saisir cette occasion
donnée par les Nations Unies pour mobiliser les gens sur le caractère
prioritaire de l'enseignement primaire. C'est ce que nous nous sommes efforcés
de faire, prendre les idées à la base de l'Initiative -- une
forte mobilisation en faveur du développement de l'éducation
et une coordination des donateurs -- et voir comment elles pourraient servir
de soutien à nos politiques définies au niveau national.
"Les donateurs avaient l'habitude de définir les priorités à notre place, mais nous sommes parvenus au fil du temps à un meilleur partage des rôles et des responsabilités", a-t-il estimé.
C'est là que réside l'essentiel, estime M. Parsuramen. "Nous ne pouvons pas nous substituer à la volonté nationale, nous pouvons seulement travailler comme partenaires à part entière. Le défi pour les gouvernements en question est de prendre la direction des opérations et de les mener à bon port; l'Initiative spéciale peut être considérée comme une bonne opportunité à cette fin".
**Encadré 1**
L'Initiative spéciale des Nations Unies pour l'Afrique souligne la nécessité d'offrir plus de possibilités à ceux qui ont le moins de chance d'avoir accès à l'éducation, notamment les filles et les femmes. Dix-neuf pays subsahariens ont des taux d'alphabétisation, pour le sexe féminin, inférieurs à 30 % et l'on estime que moins de la moitié des petites filles entre 6 et 11 ans sont scolarisées. Ces tendances négatives persistent, en dépit de la preuve irréfutable que l'investissement dans l'éducation des femmes est hautement récompensé : meilleur salaire potentiel pour les familles, baisse de la fécondité et de la mortalité infantile, amélioration du niveau de la santé publique.
L'UNESCO, l'UNICEF et la Banque mondiale s'efforcent tous activement de favoriser un plus grand accès des filles à l'éducation. Une initiative intéressante concerne la collaboration avec le Forum des éducatrices africaines (FAWE), organisation pan-africaine non gouvernementale située à Nairobi (Kenya). Le Docteur Mamphele Ramphele, Vice-Chancelier de l'Université de Cape Town (Afrique du Sud), a dirigé une délégation du FAWE à une réunion avec la Banque mondiale, en janvier dernier. Elle a expliqué à cette occasion que le FAWE montre que "les Africaines sont résolues à ce que les femmes soient impliquées dans l'élaboration, la mise en oeuvre et l'évaluation des politiques aux niveaux national et international".
Elle a estimé que "l'Afrique n'est pas parvenue à se développer comme elle aurait dû, considérant les ressources consacrées à cet effet, car elle a ignoré un domaine important. Le FAWE s'attaque à un obstacle essentiel au développement ; sa mission est de s'assurer que les femmes et les filles font partie intégrale du fondement des ressources intellectuelles et techniques de l'Afrique".
Ce sont cinq ministres de l'Education africains, toutes les cinq des femmes, qui ont eu l'idée de créer le FAWE, après s'être rendu compte qu'elles partageaient les mêmes opinions concernant la mauvaise situation de l'éducation des filles en Afrique et la lenteur des progrès accomplis vers le but -- fixé à Jomtien (Thaïlande) -- de l'éducation pour tous. Pour elles, l'engagement politique est indispensable pour atteindre ce but. Mais il était tout aussi important d'identifier les obstacles à la participation des femmes et de proposer de nouvelles solutions. Après avoir obtenu le soutien de 19 autres législatrices de haut rang en matière d'éducation, le FAWE fut lancé en 1992.
Aujourd'hui, le FAWE s'efforce, par le biais de 31 chapîtres nationaux sur le continent, de promouvoir l'éducation des femmes, la dissémination d'informations, la planification des ressources stratégiques, et le renforcement de la place des femmes dans le troisième cycle. Il fournit également des prêt modestes à des projets pilotes novateurs concernant l'éducation des femmes.
Mme Eddah Gachukia (Kenya), directrice exécutive du FAWE, a affirmé que l'organisation constitue aujourd'hui "une force d'action solide pour favoriser les prises de décision en matière d'éducation et pour aller au-delà de la promotion de l'éducation, afin d'améliorer l'accès de tous à l'enseignement". Le Vice-Président de la Banque mondiale, Jean-Louis Sarbib, confirme : "Depuis 1992, le FAWE a fortement contribué, de l'intérieur même de l'Afrique, à sensibiliser les ministères de l'éducation, à prédominance masculins, à l'importance de l'éducation des filles et à mettre en oeuvre des partenariats pour que les ressources soient utilisées efficacement. Ce n'est pas une mince réussite".
**Encadré 2**
Le Mozambique, qui se relève à peine d'une guerre civile dévastatrice qui n'a pris fin qu'il y a six ans, élabore une stratégie dans le cadre de l'Initiative spéciale des Nations Unies pour l'Afrique afin de permettre l'accès universel à l'école primaire, avant 2006, alors que le taux de scolarisation actuel n'est que de 50 %. La Banque mondiale et l'UNESCO s'associent à des donateurs bilatéraux et autres agences des Nations Unies pour fournir un soutien technique et autres ressources à ce projet.
Avec 2,2 millions d'enfants en âge d'aller à l'école primaire, la stratégie du Mozambique est d'accroître l'effectif à 88 % en cinq ans et à 100 % au cours des 10 années de l'Initiative spéciale. Selon le Représentant résident du PNUD, Emmanuel Dierckx de Casterle, aujourd'hui, près de 66 % des garçons et 33 % des filles en âge d'aller à l'école s'y rendent effectivement dans un pays où la plupart des écoles -- jusqu'à 80 % dans certaines zones -- ont été détruites durant les 17 années de guerre civile.
A la fin de la guerre en 1992, le Mozambique a dû réinstaller plus de 4 millions de personnes déplacées avant de pouvoir se concentrer sur la reconstruction de son économie. Selon M. de Casterle, de nombreux Mozambicains avaient un accès limité à l'enseignement ou aux services médicaux de base. L'objectif même d'une éducation pour tous semblait sans espoir au vu des autres problèmes urgents tels que la remise en état de tous types d'infrastructures.
Quand M. de Casterle est arrivé à Maputo en 1996 -- année du lancement de l'Initiative spéciale -- il a entrepris d'établir un dialogue avec le gouvernement, les ambassadeurs africains et les pays donateurs. Il s'est rapidement aperçu que le Mozambique avait la possibilité de mettre à profit l'Initiative, en particulier dans les domaines de l'éducation et de la santé, secteurs critiques du relèvement du pays. Une série de discussions et de contacts s'ensuivirent avec les ministres concernés.
Selon M. de Casterle, les ministres ont pris l'Initiative "très au sérieux" mais étaient quelque peu réticents à augmenter la dépendance d'un Mozambique qui est déjà soutenu à 60-70 % par l'aide étrangère. Cependant, l'équipe des Nations Unies sur place a contribué à résoudre un certain nombre de problèmes et à définir une stratégie adaptée aux besoins spécifiques du pays. A une certaine réunion en particulier, le gouvernement, les représentants des Nations Unies et ceux des pays donateurs ont examiné la façon d'harmoniser au mieux leurs différents programmes.
Les efforts de mobilisation des ressources dans le pays ont conduit à l'organisation par l'UNESCO, d'une consultation sur l'éducation qui s'est tenue à Paris en juillet 1997. Celle-ci a favorisé un soutien bilatéral aux efforts du gouvernement pour ancrer solidement l'éducation primaire dans le plan de développement global. M. de Casterle, qui a accompagné les responsables mozambicains à Paris, a estimé que les résultats étaient excellents.
Le Mozambique travaille maintenant avec plusieurs agences des Nations Unies et de pays donateurs pour mettre au point des stratégies visant la révision des programmes scolaires, l'éducation des filles, l'enseignement à distance et autres réformes et innovations permettant à plus d'enfants -- en particulier aux filles -- d'aller à l'école. Le gouvernement a également augmenté de 27 % son enveloppe budgétaire consacrée à l'éducation.
L'expérience du Mozambique a fait des émules chez son voisin le Zimbabwe, dont les autorités ont demandé au Coordinateur résident de les mettre en liaison avec l'UNESCO pour organiser une consultation similaire sur leur stratégie relative à l'éducation.
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Des représentants de sept pays du Sahel -- Burkina Faso, Guinée, Guinée Bissau, Tchad, Mali, Niger et Sénégal -- se sont réunis à Dakar (Sénégal) du 18 au 21 janvier pour échanger des idées sur les différentes manières d'inverser les tendances à la baisse ou de stagnation des effectifs des écoles primaires en mettant l'accent sur le recrutement et la formation des professeurs ainsi que sur le financement de leurs salaires.
L'atelier de travail, parrainé par la Banque mondiale, a figuré parmi les premières de la série d'activités sous-régionales prévues au titre de la composante Education de l'Initiative spéciale des Nations Unies pour l'Afrique visant à faire face aux entraves à une éducation primaire pour tous.

Photo : PNUD
Selon M. Birger Fredriksen, Directeur technique régional des ressources humaines pour l'Afrique à la Banque mondiale, ces pays ont été ciblés du fait de l'absence d'évolution de leurs effectifs d'entrée à l'école durant les 15 années passées. M. Fredricksen a averti que cette situation était dangereuse car "aucun pays n'est capable de se développer avec une population en majorité analphabète".
M. Djinangar Dadnadji, Directeur général au ministère de l'Education nationale du Tchad, a dit que son pays est confronté à une tâche de plus en plus pénible tant qu'il n'a pas abandonné un système éducatif dans lequel l'Etat finance tout, des salaires des professeurs au logement en passant par le matériel scolaire.
M. Dadnaji attribue l'augmentation des taux de scolarisation au Tchad à l'apparition d'"écoles spontanées" créées volontairement par des fonctionnaires qui ont fui la guerre à Ndjamena pour les zones rurales. Les professeurs de ces écoles sont des "professeurs de la communauté" rémunérés par des contributions de parents.
Exprimant la frustration de la Banque mondiale face à l'absence d'augmentation des effectifs malgré l'aide considérable des donateurs, M. Fredriksen souligne : "Nous rencontrons des difficultés dans les pays à faible scolarisation comme le Mali qui stagnent aux alentours de 30-35 % depuis les années 70. Nous arrivons à un stade où nous ne pouvons plus leur prêter plus d'argent pour la simple raison qu'ils n'ont pas les moyens de recruter des professeurs pour leurs écoles". Ce n'est pas le rôle de la Banque que de financer l'embauche de professeurs d'écoles primaires, a-t-il dit.
Dans un entretien, la Directrice à l'UNESCO pour l'Enseignement de base, également ancien ministre en Guinée, a fait part de son optimisme en notant que la situation va changer avec l'Initiative spéciale des Nations Unies pour l'Afrique qui coïncide avec le lancement par les dirigeants africains de la Décennie de l'enseignement en Afrique. ''Dans le cadre de l'Initiative spéciale, ce sont les gouvernements eux-mêmes qui vont définir leurs besoins. Les donateurs vont uniquement leur apporter un soutien financier et technique. Ce qui n'allait pas par le passé, c'est qu'on leur disait "faites ceci, faites cela" a-t-elle dit.
Mme Diallo relève le signe positif que constituent les idées "maison" avancées par plusieurs pays du Sahel pour augmenter le nombre de professeurs du primaire : ponction du vivier croissant des diplômés au chômage, réaffectation des employés de la fonction publique au secteur de l'enseignement et transfert des professeurs du secondaire vers le primaire.
Selon M. Armoogum Parsuramen, spécialiste de la politique pour l'enseignement à la Banque mondiale, le succès de l'Initiative des Nations Unies dépendra de la prise de conscience, par l'ensemble des acteurs intéressés, que l'enseignement primaire est l'affaire de tous. "C'est pourquoi", a expliqué l'ancien ministre de l'Education mauricien, "nous essayons de convier plusieurs catégories de personnes à cette réunion -- syndicalistes, associations de parents et autres".
La participation à l'atelier de travail de Dakar de la Fédération Africaine des Parents d'Elèves et d'Etudiants (FAPE) en est une des illustrations. La FAPE, qui a des filiales dans 13 pays francophones, a suggéré la création d'un fonds pour le développement de l'enseignement et de la formation en soulignant que, puisqu'une population instruite bénéficie à la société dans son ensemble, les contributions devraient venir de tous les secteurs, y compris des parents, des gouvernements et du secteur privé.
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