L'Initiative : une occasion pour l'Afrique

L'efficacité du soutien extérieur s'améliore -- K.Y. Amoako

L'Initiative spéciale des Nations Unies pour l'Afrique est "une occasion à ne pas gâcher", déclare M. K.Y. Amoako, Secrétaire exécutif de la Commission économique pour l'Afrique (CEA) et co-président du Comité d'organisation de l'Initiative. Entre autres vertus, a-t-il déclaré lors d'un entretien avec Afrique Relance, l'Initiative apporte des moyens pratiques et coordonnés pour faire honorer des engagements pris à l'égard de l'Afrique dans les conférences internationales passées. Il est important, ajoute M. Amoako, de placer l'Initiative dans le contexte de l'amélioration des performances économiques en Afrique et de la revalorisation de l'environnement politique que l'on y constate, à l'instar de l'essor du pluralisme dans les systémes de gouvernement. L'Initiative n'est que l'un des nombreux moyens par lesquels la communauté des donateurs s'efforce de soutenir ces développements positifs.


Là où nous disposons de programmes bien développés et d'une volonté solide au niveau national, l'apport de ressources et de synergies supplémentaires sous l'égide de l'Initiative est évident.

-- K.Y. Amoako, Secrétaire exécutif de la CEA et co-président de l'Initiative spéciale

Photo: M. Iannacci / Banque mondiale


"Le consensus qui émerge est que l'Afrique a besoin de soutien extérieur pour étayer les tentatives de réformes en cours". M. Amoako note que ce consensus a été démontré, parmi d'autres conferences internationales récentes, au sommet du Groupe des Sept qui s'est tenu en 1997 à Denver. Ce sommet a reconnu l'évolution positive de l'Afrique, et les Sept ont pris à cette occasion l'engagement d'ouvrir leurs marchés aux exportations africaines et de soutenir les efforts entrepris pour favoriser la démocratie et la bonne gouvernance sur le continent. De la même manière, le processus de la Conférence internationale de Tokyo sur le développement de l'Afrique parrainée par le Japon a pour objectif d'appuyer les réformes dans les pays africains, d'approfondir la prise de conscience internationale des conditions en Afrique et de favoriser la coopération Sud-Sud. Le Comité d'aide au développement de l'Organisation de coopération et de développement économiques a récemment publié un document intitulé Vers le 21e siècle qui privilégie une aide au développement qui appuie les réformes économiques, sociales et politiques en Afrique.

Reconnaissant d'évidents problèmes qui se posent à l'Initiative depuis son lancement en 1996, M. Amoako met également l'accent sur les secteurs dans lesquels des progrès ont été accomplis. Ceux-ci comprennent l'éducation, qui est dès le départ la composante la plus importante de l'Initiative; la technologie de l'information, où la CEA procède au rassemblement de gouvernements africains, de donateurs et de sociétés privées, et la gouvernance. "Une génération plus jeune est en train de s'affirmer par l'attachement qui est le sien à la croissance et au progrès", dit M. Amoako, ajoutant que dans la "poussée générale vers la libéralisation politique, l'espace dont disposent les organisations de la société civile pour intervenir s'élargit et le rôle des médias est encouragé".

Mais il y a encore beaucoup à faire pour améliorer les perceptions et les pratiques, au sein de l'Afrique aussi bien que dans le système des Nations Unies. M. Amoako mentionne les murmures réprobateurs selon lesquels l'Initiative "était imposée à l'Afrique par les Nations Unies, sans qu'il y ait appartenance africaine véritable". Certains ont également avancé que ce n'était là "qu'une nouvelle initiative sur l'Afrique parmi tant d'autres qui ont échoué", et "la duplication d'initiatives existantes", à savoir le Nouvel ordre du jour des Nations Unies pour le développement de l'Afrique dans les années 90 (UN-NADAF).

Vu que de nombreux pays ont grand besoin de l'aide au développement, M. Amoako pense que le malentendu selon lequel l'Initiative serait un "véhicule pour transférer des ressources supplémentaires" pourrait persister. Selon lui, "là où nous disposons de programmes bien développés et d'une volonté solide au niveau national, l'apport de ressources et de synergies supplémentaires sous l'égide de l'Initiative est évident". Ceci a été le cas du secteur de l'éducation en Ethiopie. De la même manière, il existe sous l'Initiative un potentiel réel d'apport de ressources supplémentaires à la bonne gouvernance et aux technologies de l'information.

Le fer de lance de la coordination

Un des traits fondamentaux de l'Initiative est de maximaliser au moyen d'une bien meilleure coordination le soutien que le système des Nations Unies apporte à l'Afrique. Les agences de l'ONU sont vues comme les "fers de lance" d'une "perception plus holistique des efforts pour le développement en Afrique". Mais une "tendance au laisser faire" a rendu "l'internalisation" des objectifs et des programmes d'opérations de l'Initiative difficile pour certaines agences, indique M. Amoako, et "même là où les agences sont engagées", la collaboration dans certains secteurs n'a pas été facile et conduit à la lenteur des progrès accomplis dans l'application de mesures pratiques au niveau national.

En ce qui concerne les "guerres de fiefs" entre les agences, M. Amoako fait valoir que la meilleure façon de résoudre cette question, c'est en assurant des progrès en matière de coordination et de synergies. "Dans certains secteurs, comme par exemple la gouvernance ou l'éducation, nous commençons à constater une amélioration", avec dans le domaine de l'éducation une coordination considérée comme exemplaire entre la Banque mondiale et l'UNESCO. Dans chacun des secteurs de l'Initiative, les agences participantes ont assumé "à la suite d'un accord préalable" dès le début un rôle de direction pour définir le champ et les modalités de l'aide.

M. Amoako pense que le malentendu sur le lien entre l'Initiative et le Nouvel ordre du jour a été résolu. Avec une coordination "qui s'améliore constamment", les progrès déjà enregistrés dans certains pays ont montré que "le système des Nations Unies peut fonctionner de manière efficace sous l'égide de l'Initiative spéciale".

Son sentiment est que la direction africaine de l'Initiative se renforcera au fur et à mesure que des résultats concrets sont enregistrés. Soulignant le fait que l'Initiative est un programme de 10 ans et non une simple manifestation, il prédit que des preuves de progrès tangible "dans une douzaine de pays au moins pour l'année qui vient" entraîneront un soutien accru de l'Initiative.

Si, pour le grand public, l'Initiative reste un énigme, M. Amoako affirme que le remède en est une communication plus efficace. La CEA a mis au point une stratégie de contact et de promotion pour améliorer la coordination entre les unités de communication des agences des Nations Unies et pour faire connaître les activités de l'Initiative par différents médias (dont l'intensification des rapports avec des personnes influentes dans les capitales des pays donateurs), afin de favoriser "un dialogue intélligent sur les défis posés au développement de l'Afrique et les réussites du contient".

A titre d'exemple, il est prévu d'assurer une meilleure diffusion des principales publications sur l'Afrique et la mise au point d'une banque de données faisant autorité sur l'Afrique, à laquelle on pourra accéder par l'intermédiaire du site web de la CEA (http://www.un.org/Depts/eca/).

 

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