
La malnutrition constitue une "priorité silencieuse" au niveau mondial, car elle tue des millions de personnes chaque année et sape la vitalité économique à long terme des nations. Dans La situation des enfants dans le monde, 1998, le Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF) en appelle instamment aux gouvernements pour qu'ils fournissent des efforts intensifs pour combattre ce fléau, qu'il considère également comme une violation des droits des enfants.
Les statistiques sur la malnutrition sont sombres. Près de 12 millions d'enfants de moins de cinq ans (plus de 4 millions d'entre eux dans l'Afrique subsaharienne seule) meurent chaque année; la malnutrition est coupable de 55 % de ces morts. L'anémie par carence de fer est une des causes contribuant à plus de 20 % des morts maternelles post-natales en Afrique et en Asie.
Environ 43 millions de personnes dans le monde entier souffrent à des degrés divers de lésions cérébrales, occasionnés par une carence en iode. Quelque 226 millions d'enfants souffrent de retard de croissance par rapport à leur âge; on estime que près de 67 millions sont chétifs et pèsent moins qu'ils ne le devraient pour leur taille; et environ 183 millions pèsent moins qu'ils ne le devraient pour leur âge. Dans l'Afrique subsaharienne, un enfant sur trois est chétif, alors que deux enfants sur cinq ont un retard de croissance.

Photo : UNICEF / Christine Gibson
Selon ce rapport, la malnutrition est l'aboutissement de deux facteurs étroitement liés : une consommation nutritive insuffisante et la maladie. La cause fondamentale en est donc la pauvreté au niveau du foyer, de la communauté et de la nation, qui a pour résultat l'absence d'accès à des nécessités de base comme la nourriture, les services de santé, l'eau potable et l'hygiène. Une seconde cause en est une combinaison insidieuse de simple ignorance et de préjugé contre les femmes, qui les privent du repos et des soins requis pendant la grossesse et l'allaitement, ainsi que de l'accès à l'éducation et aux ressources économiques.
Le rapport fait observer que la malnutrition, elle-même causée par la pauvreté, perpétue également un cycle des générations paupérisateur, une fillette sous-alimentée -- quand elle grandit -- mettant généralement au monde des enfants chétifs et sous-alimentés; et les enfants sous-alimentés risquent d'être affaiblis intellectuellement et d'avoir une capacité productive et créatrice diminuée. De surcroît, la malnutrition peut profondément hypothéquer l'avenir économique des sociétés.
Les causes de la malnutrition sont connues depuis longtemps, et il en va de même pour ses solutions, indique le rapport. Les femmes enceintes et celles qui allaitent doivent travailler moins, se reposer et bien manger. Les bébés doivent être nourris au sein, à l'exclusion d'autres aliments jusqu'à l'âge de six mois, puis avec les suppléments appropriés jusqu'à l'âge de deux ans. Les familles doivent avoir accès aux services de santé qui conviennent, tant d'un point de vue préventif que curatif. Il leur faut également avoir accès à de l'eau salubre et des services d'hygiène afin de prévenir l'infection et la maladie.
Des suppléments alimentaires
comme la vitamine A et le fer peuvent aisément être fournis
à des coûts minimes. De surcroît, le simple fait d'ioder
le sel peut éviter des lésions cérébrales à
des millions de personnes. Et de nouvelles techniques ont été
développées pour la détection aisée de carences
en vitamines et en minéraux.
Des programmes économiquement rentables et d'une exécution facile, dotés de composantes en permettant un suivi éducatif et pratique, peuvent être mis en oeuvre au niveau populaire, permettant ainsi aux communautés de prendre en main la question de la nutrition, de surveiller la croissance de leurs enfants et de s'organiser pour se procurer ce dont ont besoin leurs enfants. Le rapport cite de nombreux programmes communautaires de ce type mis en oeuvre avec des résultats impressionnants et à des coûts financiers minimes. En Tanzanie, par exemple, de tels programmes ont amélioré la nutrition de la moitié des enfants .
Aborder ce problème demande l'engagement actif des familles et des communautés ainsi qu'une volonté politique aux niveaux national et international. Les gouvernements doivent provoquer une prise de conscience généralisée des causes profondes et des conséquences de la malnutrition ainsi que des moyens de la réduire; ils doivent dépenser davantage en cliniques, en approvisionnements d'eau salubre et en services d'hygiène.
Au niveau international, les pays donateurs et récipiendaires doivent affecter des fonds aux services sociaux essentiels. De surcroît, l'UNICEF demande une réduction plus importante de la dette. Le rapport signale que l'Afrique subsaharienne, par exemple (seule région du monde où les taux de malnutrition ont empiré ces deux dernières décennies), a dû affecter 13,6 milliards de dollars au service de sa dette en 1995, soit deux fois la somme qu'elle a consacrée à la santé publique.
L'UNICEF présente les choix de politiques possibles en termes crus. "Les gouvernements... peuvent très bien choisir de permettre que les enfants soient intellectuellement handicapés, physiquement chétifs et vulnérables à la maladie durant l'enfance et plus tard dans la vie," dit-elle, ou ils pourraient "prendre la résolution de consolider les leçons déjà apprises sur la réduction de la malnutrition... et monter des actions à grande échelle qui, clairement, peuvent être couronnées de succès."