
Après un lent départ il y a une dizaine d'années, le programme de privatisations est bien parti mais, selon la Banque mondiale et le FMI, il lui faut s'accélérer. A ce jour, l'Etat s'est désengagé totalement ou partiellement de plus de 180 firmes, parmi lesquelles les plus grosses banques, les sociétés minières, les usines de fabrication et les sociétés de services. Les recettes en provenant ont contribué à atténuer la pression croissante sur les comptes financiers, à ranimer la Bourse et à stimuler l'investissement étranger, les injections de capitaux privés permettant de renflouer certaines entreprises en difficulté. Les privatisations ont toutefois entraîné la mise à pied de plus de 45 000 personnes entre 1988 et 1995.
Lorsque ces opérations ont commencé en 1988, on comptait au Ghana 350 entreprises publiques, dont bon nombre déficitaires, à la survie desquelles l'Etat consacrait plus de 20 % des dépenses ordinaires, sous forme de prêts ou subventions. A l'origine, le gouvernement a envoyé des messages contradictoires aux acheteurs potentiels. Outre les considérations idéologiques, certains responsables redoutaient que l'expansion du secteur privé ne corresponde à la consolidation financière des parties d'opposition.
La première étape
du désengagement financier de l'Etat qui s'est opérée
de 1988 à 1993, n'a rapporté que 64 milliards de cedis; 55
entreprises publiques ont été totalement privatisées
ou sont passées sous gestion privée, alors que 31 sociétés
ont été liquidées à cette occasion. Le tournant
décisif s'est situé en 1994, lorsque le gouvernement a mis
sur le marché ses actions -- les plus convoitées -- dans l'Ashanti
Goldfields Corporation (AGC), dont il a offert 30 % des 55 % qu'il détenait
sur les Bourses de Ghana et de Londres. Cette opération, qui constitue
la plus importante privatisation à ce jour en Afrique, a permis d'attirer
l'attention des investisseurs étrangers et de transformer du jour
au lendemain la Bourse locale; c'est ainsi que le 1,8 milliard de dollars
réalisé de la vente partielle de l'AGC a représenté
90 % de sa capitalisation totale, en faisant la troisième place financière
du continent. Les six autres privatisations qui ont eu lieu en 1994 concernaient
les Brasseries d'Accra et la Standard Chartered Bank. Ces opérations
ont rapporté 447 milliards de cedis, dont 379 milliards réalisés
de la seule privatisation de l'AGC.
Les donateurs ont contribué à garder cette cadence, en fournissant une assistance professionnelle au Comité chargé de la mise en oeuvre des privatisations (DIC) et au Secrétariat du programme d'ajustement du secteur financier (FINSAP). Cet organisme a réalisé nombre d'opérations de ce type, dont la vente publique de 30 % des actions de la Ghana Commercial Bank en 1996, et de 30 % de celles de Ghana Télécom au groupe Télékom de Malaisie, la même année.
A la fin 1995, le DIC avait avalisé 195 opérations de ce type; 79 ventes avaient été menées à terme, 31 sociétés étaient passées sous contrôle privé et leur acquisition avait été partiellement réglée, alors que 85 attendaient toujours un acheteur. Par ailleurs, 24 petites et moyennes entreprises ont été mises sur le marché à la fin 1997, 20 autres devaient l'être en 1998 et 20 de plus en 1999. Sont également prévues pour 1998 les privatisations de la Ghana Insurance Corporation, de l'Electricity Corporation of Ghana et de Ghana Railways; la vente de la Ghana National Petroleum Corporation devrait intervenir d'ici à 2001.
Les privatisations ont attiré d'importants capitaux, bien qu'il soit difficile d'en mesurer l'ampleur avec précision. Selon la Country Assistance Strategy for Ghana de la Banque mondiale, 1997, l'investissement étranger direct est passé de 25 millions de dollars en 1993 à 35 millions en 1995, avant de retomber à 20 millions en 1996. En revanche, le Global Development Finance de 1997, également de la Banque mondiale, estime ces montants à 125 millions, 233 millions et 230 millions de dollars pour les années susmentionnées.
Bien que les privatisations aient permis d'atténuer les pressions budgétaires et de transformer le bilan des entreprises déficitaires, les investisseurs de qualité ne sont pas légion et le Ghana, qui est en compétition avec d'autres marchés naissants dans sa recherche de capitaux, doit parfois transiger dans ses choix. C'est ainsi que lorsque le FINSAP a mis sur le marché la Social Security Bank (SSB) et la Ghana Commercial Bank (GCB) en 1995 et 1996, son objectif était de trouver des banques internationales de renom -- "des investisseurs stratégiques" -- pour qu'ils apportent leurs capitaux et leur compétence technique.
Lorsqu'aucun candidat correspondant à ce profil ne s'est manifesté, l'Etat a offert 30 % des actions des deux banques au public en 1995, tout en poursuivant sa quête d'investisseur stratégique. En 1997, cependant, les pouvoirs publics devaient revoir leurs ambitions à la baisse, en cédant la majorité des actions à un consortium d'administrateurs de biens, parmi lesquels Morgan Stanley Asset Management et J.P. Morgan Asset Management; ce consortium a à son tour fait appel aux consultants de la Allied Irish Bank International pour revitaliser la gestion de la Social Security Bank. Même volonté de compromis dans le choix d'un investisseur dans la Ghana Commercial Bank (GCB), avec la sélection de la Denko Industrial Corporation (Malaisie) à la fin de 1996, société qui manque pourtant d'expérience dans la gestion bancaire internationale. Au point où les experts se demandent quels sont les avantages qu'en tirera la GCB.
Certes, il y a des facteurs indépendants de la volonté des autorités ghanéennes qui expliquent leur souplesse actuelle en matière de privatisation. Pourtant le gouvernement met tout en oeuvre pour attirer des investissements étrangers, y compris l'organisation de road-shows avec la participation du Président Rawlings lui-même. Certains experts affirment toutefois qu'un resserrement de la politique fiscale s'avérerait bien plus efficace pour la santé économique du pays. L'Etat, estiment-ils, devrait réduire ses dépenses en empruntant moins sur les marchés publics; les sommes ainsi dégagées serviraient à alimenter le secteur privé et faciliter la baisse des taux d'intérêt.