
Lors d'une conférence au niveau ministériel organisée les 27 et 28 octobre 1997 à Genève par l'Organisation mondiale du Commerce (OMC) et la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED), les pays les plus pauvres du monde ont reçu la promesse d'un meilleur accès aux marchés et d'une aide destinée à augmenter leur capacité d'exportation. Mais les ministres des Finances et du Commerce des pays les moins avancés (PMA) ont eu la déception de voir les concessions commerciales promises s'assortir de conditionnalités, tandis que l'élargissement promis de l'accès aux marchés de leurs textiles se vérifiait à peine.
Il est clair que des mesures énergiques s'imposent. Selon un rapport publié en 1997 par la CNUCED, les 48 PMA (dont 33 en Afrique) groupent environ 10 % de la population mondiale, mais seulement 0,37 % du volume mondial des exportations et 1,4 % de celles des pays en développement.
Le bilan s'est situé bien en-deçà de l'objectif formulé par les ministres des PMA, qui était d'obtenir la levée de tous les tarifs et quotas frappant leurs exportations. Mais il s'agissait manifestement d'un objectif à long terme. Le Directeur général de l'OMC, Renato Ruggiero, avait déjà proposé l'élimination des tarifs frappant les produits des PMA lors du sommet de 1996 du Groupe des Sept, et de nouveau lors de la première réunion ministérielle de l'OMC à Singapour. Mais le soutien nécessaire faisait défaut (Afrique Relance, janvier-avril 1997). Soucieux néanmoins d'aider les PMA à bénéficier du nouvel environnement mondial des échanges, les Etats membres représentés à Singapour ont demandé à l'OMC d'établir un cadre approprié de concert avec la CNUCED. La réunion de Genève en a été le résultat.
L'Union européenne (UE), qui accorde déjà la franchise des droits à de nombreux produits des pays d'Afrique, des Caraïbes et du Pacifique en vertu de la Convention de Lomé, a déclaré à Genève qu'elle appliquerait en 1998 les mêmes conditions aux PMA asiatiques. Les Etats-Unis ont fait valoir qu'ils avaient éliminé, quelques mois plus tôt, les droits frappant 1 700 produits des PMA, et qu'un projet de loi avait été déposé devant le Congrès aux termes duquel les pays africains menant des réformes politiques et économiques approuvées obtiendraient des avantages commerciaux.
Selon la CNUCED, les Etats-Unis
et l'UE absorbent ensemble à peu près la moitié des
exportations des PMA. Mais les pays en développement constituent
aussi un important marché, consommant à eux tous un tiers
des exportations des PMA. C'est pourquoi les mesures visant à améliorer
l'accès à leurs marchés annoncées par l'Egypte,
la République de Corée, la Malaisie, Maurice, le Maroc, Singapour,
la Thaïlande et la Turquie font figure de précédents
notables, selon M. Chandra Kant Patel, coordonnateur des questions concernant
les PMA à la CNUCED. D'autres partenaires importants, comme le Japon,
le Canada et l'Australie, ont rappelé à la réunion
les conditions libérales qu'ils offrent aux importations de produits
des PMA.
La deuxième phase du plan convenu à Genève admet qu'à moins de renforcer sensiblement leur capacité de production, les PMA ne pourront tirer pleinement parti de l'ouverture des marchés d'exportation. Un "cadre intégré" énonce les termes de la coopération de six organismes internationaux en matière d'assistance technique aux PMA : il s'agit de la CNUCED et du Centre du commerce international, qui lui est rattaché, de l'OMC, du Fonds monétaire international, de la Banque mondiale
et du Programme des Nations Unies pour le développement. L'objectif est d'élaborer au niveau national des plans de travail destinés à moderniser les régimes commerciaux, attirer l'investissement étranger et diversifier les produits de base. D'autres institutions, dont l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture, l'Organisation des Nations Unies pour le développement industriel et les banques régionales de développement, prêteront ultérieurement leur collaboration. Hong Kong a annoncé une contribution de 1,25 million de dollars au titre de l'assistance technique, par l'entremise du "cadre intégré."
Le plan d'action pour les PMA présenté par l'OMC fait valoir qu'on pourrait considérablement améliorer les systèmes actuels d'accès préférentiel aux marchés, notamment en appliquant l'Accord sur le textile et l'habillement conclu lors des Négociations d'Uruguay. Les textiles sont un secteur classique de départ pour créer une capacité industrielle et les pays en développement se plaignent depuis longtemps que les promesses d'Uruguay de faciliter l'accès de leurs produits textiles aux principaux marchés soient restées sans effet.
Les 1 700 nouvelles entrées auxquelles s'applique la franchise de droits ajoutées au Système généralisé de préférences des Etats-Unis n'aideront pas non plus à stimuler la production textile des PMA. M. Richard Rosenblum, qui dirigeait la délégation américaine à Genève, a dit à Afrique Relance qu'un quart des tarifs douaniers de son pays, dont ceux applicables aux textiles, sont exclus de l'élimination préférentielle des tarifs. "Mais nous pouvons faire plus pour l'Afrique," a-t-il dit, faisant allusion aux projets de loi déposés devant le Congrès qui visent à récompenser les pays africains engagés dans une réforme économique en leur accordant entre autres avantages l'accès en franchise de droits d'un vaste éventail de produits, dont les textiles.
Cependant, l'opposition à l'"Initiative pour l'Afrique" des Etats-Unis vise en grande partie la liberté d'accès des textiles africains. Quand ces projets de loi seront adoptés -- vraisemblablement vers le milieu de 1998 -- il se peut qu'on ait sacrifié cette liberté d'accès au cours des négociations.
Et si l'accès aux marchés n'est pas visiblement élargi, les dirigeants africains pourraient être déçus par une Initiative que le Congrès préconise souvent pour remplacer une aide étrangère peu rentable et pour encourager une plus grande démocratie en Afrique.
L'insistance du projet de loi américain à limiter le bénéfice des préférences aux pays appliquant des réformes approuvées n'est qu'un exemple des conditionnalités dont s'assortissent les accords commerciaux et qui ont suscité les plaintes, lors de la réunion de Genève, de MM. Munir Zahran, ambassadeur de l'Egypte, et Alec Erwin, ministre sud-africain du Commerce.
Selon M. Richard Eglin, principal organisateur de la réunion de Genève pour l'OMC, la proposition de M. Ruggiero de lever toutes les restrictions applicables aux exportations des PMA sera présentée de nouveau avec d'autres concessions unilatérales à la réunion ministérielle de l'OMC prévue pour mai 1998. "La porte reste ouverte et n'importe qui peut la franchir," a-t-il déclaré.