
Malgré le redressement des taux de croissance économique dans plusieurs pays africains, la situation générale de l'emploi demeure critique, l'offre de main-d'oeuvre progressant beaucoup plus vite que la création d'emplois productifs. L'Afrique doit donc aller au-delà des programmes de stabilisation et d'ajustement structurel et lancer des stratégies de croissance fondées sur l'investissement, propres à créer des emplois et à réduire la pauvreté. Telle est l'une des conclusions d'un rapport publié à la fin de l'an dernier par l'Organisation internationale du Travail (OIT) et le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD).
Selon ce rapport, Des emplois pour l'Afrique: Cadre général d'une stratégie de croissance à forte intensité de main-d'oeuvre, quelque 7,4 millions de nouveaux chercheurs d'emploi entreront cette année sur le marché du travail en Afrique subsaharienne, ce chiffre passant à environ 10,4 millions en 2008. Le taux de croissance annuelle de la main-d'oeuvre prévu, supérieur à 2,9 % durant la période 1997-2010, fait de l'Afrique subsaharienne la région en développement où celle-ci augmente le plus rapidement. Les taux de croissance de la main-d'oeuvre en Asie du Sud-Est et en Amérique latine sont, respectivement, de 1,9 et 1,8 %.

Photo : Camerapix
Selon le rapport, la productivité de la main-d'oeuvre est aujourd'hui plus faible dans la plupart des pays d'Afrique subsaharienne qu'en 1980 et, dans beaucoup, plus faible même qu'en 1965. Tandis que le Botswana, Maurice, le Tchad et les Seychelles enregistrent les gains les plus nets sur le plan de la productivité de la main-d'oeuvre, le recul a été marqué dans la plupart des pays, qui groupent 75 % de la main-d'oeuvre de l'Afrique subsaharienne. Parallèlement, les travailleurs du secteur structuré ont vu s'effondrer la valeur réelle de leurs salaires, tandis que le nombre d'emplois n'augmentait que très peu dans le secteur structuré.
Notant que peu de pays africains ont des stratégies cohérentes de développement national, le rapport affirme que la récente reprise de la croissance et les efforts renouvelés d'accélération du développement favorisent un essor économique à condition d'introduire et d'appliquer durablement les politiques voulues. La principale difficulté est de concevoir une stratégie cohérente qui ait l'objectif explicite d'accélérer autant que possible la croissance de l'emploi et d'assurer l'accès des pauvres à des emplois productifs. Le rapport demande l'adoption d'une stratégie de croissance à forte intensité de main-d'oeuvre, ayant pour objectif une croissance soutenue et la création de nouveaux emplois. C'est là selon lui le moyen le plus efficace de réduire la pauvreté. Le rapport souligne aussi que l'ajustement structurel orthodoxe a entraîné une contraction des possibilités d'emploi et des revenus réels. Selon l'OIT et le PNUD, les pays africains doivent mobiliser toutes leurs ressources intérieures et améliorer la qualité de la main-d'oeuvre, le secteur public donnant ici l'exemple grâce à une productivité accrue de ses dépenses. Un objectif particulièrement important est d'accroître la productivité et les revenus du secteur agricole, notamment en donnant aux femmes les moyens de diversifier leur activité dans le sens des cultures de rapport.
A l'adresse du système des Nations Unies, le rapport demande l'adoption d'un programme d'action coordonnée qui favorise les stratégies de croissance fondées sur l'investissement. Ce programme devrait viser notamment à mettre en place aux niveaux national et régional une capacité de conception et d'application de politiques propres à réduire la pauvreté et à créer des emplois.