L'enclave de l'or en plein essor

La production augmente mais les préoccupations écologiques aussi

Par Kwabena Mate

L'or est redevenu la principale exportation du Ghana en termes nominaux, surpassant le cacao. Sa résurrection souligne pourtant la faible évolution de la structure économique du pays depuis le début du siècle lorsque ces matières premières constituaient déjà ses principales sources d'exportation. Ce nouvel essor fait suite à la mise en place d'un dispositif institutionnel et régulateur en 1984. Les autorités ont créé la Minerals Commission, et promulgué une nouvelle loi relative aux minéraux et aux industries extractives (Minerals and Mining Law) qui offrait d'importantes indemnités et incitations fiscales. L'industrie extractive a donc attiré plus de nouveaux investissements (1,6 milliard de dollars entre 1983 et 1994) que tout autre secteur économique, la part du lion allant à l'exploitation de l'or.

La production de l'or a ainsi décollé, passant de 285 291 onces en 1983 (provenant de quatre mines) -- soit la production la plus faible en 23 ans -- à 1,7 million d'onces en 1995 (provenant de 10 mines et de petites exploitations), faisant du Ghana le deuxième producteur du continent après l'Afrique du Sud. La première place revient à l'Ashanti Goldfields Corporation Ltd (AGC), dont la production est passée de 243 194 onces en 1983 à plus d'un million d'onces en 1996. Cette société est cotée en plusieurs bourses, et s'avère très active dans les opérations d'acquisition et d'exploration en dehors du Ghana. D'autres exploitations nouvelles contribuent à l'accroissement de la production. C'est aussi le cas d'artisans dont les activités étaient illégales jusqu'en 1989. Les ventes par ces artisans et les agents d'achat agréés à la Société de commercialisation des minéraux précieux ont connu une hausse spectaculaire, passant de 9 272 onces en 1989 à 127 064 onces en 1995; cette production serait par ailleurs deux fois supérieure aux chiffres des ventes.


La mine d'or de Bonte dans la région d'Ashanti : la chute des cours de l'or réduit les recettes d'exportation.

Photo : Ghana Daily Graphic


L'or représente officiellement la principale exportation du Ghana depuis 1992, fournissant plus de 45 % des recettes en devises à la fin de 1995, bien que ce pourcentage soit tombé à 39 % en 1996. En termes nets, en revanche, le cacao reste encore le premier produit d'exportation, compte tenu du fait que les sociétés minières sont autorisées à garder entre 25 et 80 % de leurs gains sur des comptes extérieurs pour financer le service de la dette et autres frais encourus à l'étranger, en vertu d'une disposition capitale de la Minerals and Mining Law.

Depuis l'accession à l'indépendance en 1957, ce secteur a contribué entre 1,5 et 1,8 % au produit intérieur brut (PIB), ce qui atteste le manque d'interdépendance entre cette industrie et le reste de l'économie. Le secteur n'est pas non plus un grand créateur d'emplois car la plupart des mines sont des opérations à ciel ouvert et à forte intensité de capital. Même l'Ashanti Goldfields, dont les activités se déroulent essentiellement sous terre, est de plus en plus mécanisée.

Cependant l'essor du secteur devient de plus en plus troublant, car les principales régions d'extraction de l'or coïncident avec les zones forestières et agricoles les plus importantes. C'est ainsi que les fermiers dont les terres sont reprises reçoivent souvent des compensations en espèce pour la perte de leurs moyens d'existence, plutôt que d'autres terres et les moyens de cultiver ailleurs. En 1996, cette politique a provoqué des protestations dans la région minière de Tarkwa.

Les sociétés d'exploitation sont tenues à respecter les critères écologiques définis par la Minerals Commission, l'Agence de la protection de l'environnement, ainsi que par la loi régissant les activités minières. Un problème qui persiste toutefois est la pollution des cours d'eaux, dont bon nombre fournissent l'eau potable aux habitants installés en aval. Par ailleurs, là où les sociétés ont creusé des puits et fourni des pompes pour l'eau potable comme prévu par la loi, c'est la question de la responsabilité du coût d'entretien des installations qui pose problème. Outre la vieille querelle sur l'appartenance des sources d'eaux près de la mine à ciel ouvert de Sansu, qui oppose les villageois à l'Ashanti Goldfields, et les affrontements sporadiques entre artisans et agents de sécurité semi-privés recrutés par les grandes mines, les rumeurs de 1996 sur le déversement de cyanure dans les cours d'eaux de la région de Tarkwa ont attiré l'attention sur la réglementation insuffisante.

Conscient du problème, le gouvernement a créé le Mineral Development Fund en 1993. Alimenté annuellement par 20 % des redevances des sociétés minières, le budget de cet organisme finance pour moitié les départements de prospection minière et géologique et la Minerals Commission. Le reste du budget est consacré au financement de projets visant à atténuer les effets des activités d'extraction dans les zones minières. Cette somme est distribuée à hauteur de 50 % aux assemblées locales, 30 % aux fermiers et 20 % aux chefs locaux.

La loi réserve l'exploitation des minéraux industriels aux seuls Ghanéens, mais aucune mesure concrète en ce sens n'accompagne cette disposition. En attendant, ceux-ci se contentent d'extraire l'or d'une manière artisanale. Mais même cette façon de faire, à condition d'être ordonnée, pourrait apporter un début de solution à certains problèmes créés par les grandes opérations minières. C'est ainsi que l'exploitation artisanale de l'or peut employer jusqu'à 40 000 personnes, notamment en saison sèche où il y a peu d'agriculture. Les revenus qui en découlent ont non seulement toutes les chances d'être investis dans les régions rurales, mais, en outre, l'expansion des activités devrait entraîner la création d'un nombre de petites et moyennes entreprises de matériel d'exploitation. La Banque mondiale finance d'ailleurs un projet destiné à améliorer les rendements d'extraction artisanale de l'or grâce à une meilleure diffusion de l'information géologique, au renforcement du rôle des organismes de supervision, à la mise en place d'un mécanisme de fourniture de matériel, à la formulation de normes écologiques, et à la définition d'un cadre de financement, de marketing et de réglementation de ces activités.

L'extraction de l'or continuera vraisemblablement à s'exercer en vase clos. Pour qu'il en soit autrement, il faudrait pouvoir attirer des investissements en fonction d'une vision d'ensemble des besoins économiques du pays, qui nécessiteraient une exploitation plus systématique des autres minéraux industriels du Ghana (le manganèse et la bauxite), une augmentation du pourcentage des bénéfices à investir sur place, et l'expansion des relations économiques verticales et horizontales dans le cadre du développement durable.

*******