
45 % environ des Ghanéens vivaient au-dessous du seuil de pauvreté en 1992, estime la Banque mondiale, tout en admettant que le programme économique appliqué par le Ghana sous sa tutelle financière pouvait avoir des "effets néfastes." Compte tenu de l'importance attachée au développement humain comme facteur de progrès national, les tendances actuelles observées dans les secteurs-clés de la santé et de l'éducation ne manquent pas de préoccuper.
Le Ghana a certes réalisé d'importants gains dans des domaines comme l'espérance de vie, qui se situe aujourd'hui à 57 ans, et l'alphabétisation des adultes, qui est de 65 %. Cependant les dépenses publiques consacrées à la santé et l'éducation ont diminué, le mode de répartition de ces fonds privilégie les classes aisées, et la fréquence des maladies et des décès aux causes évitables demeure élevée. La moitié des décès enregistrés ces dernières années concerne les enfants de moins de cinq ans, qui ne représentent pourtant qu'un cinquième de la population, affirme le Rapport sur le développement humain du Ghana, 1997.
De 1989 à 1992, la part du budget de santé consacrée au cinquième des Ghanéens les plus démunis est tombée de 12 à 11 %, alors que celle réservée au cinquième de la population la plus aisée est passée de 31 à 34 %. Les dépenses publiques de santé consacrées aux couches les plus pauvres de la population sont les plus faibles des huit pays en développement revus par la Banque (dont le Kenya).
Le montant des dépenses de santé (dont les citadins sont les principaux bénéficiaires) s'élevait à 14 dollars par habitant en 1990, alors que la moyenne était de 24 dollars en Afrique subsaharienne. Qui plus est, depuis cette année-là, la part de la santé dans l'ensemble des dépenses ordinaires du Ghana a reculé de 9,7 à 5 %. L'importance attachée à l'imposition d'une contribution des usagers aux frais de santé (y compris pour l'acquisition des médicaments, selon une pratique appelée localement "cash-and-carry") -- impose aux couches les plus démunies le fardeau le plus lourd. C'est ainsi que les ménages les plus pauvres consacrent 31 % de leurs revenus aux soins de santé, contre 17 % seulement pour les ménages les plus aisés.
En matière d'éducation, le gouvernement a lancé des "réformes" majeures en septembre 1986, financées par un prêt de 232 millions de dollars consenti par la Banque mondiale. L'objectif de ces réformes était d'élargir l'accès à l'éducation de qualité à tous les niveaux et de réduire les dépenses publiques.
Le système scolaire ghanéen comporte à l'heure actuelle six années d'études élémentaires, trois années d'études intermédiaires (JSS) et trois années d'études secondaires (SSS). Mais le taux d'inscription au niveau élémentaire n'a pas suivi la croissance démographique. La Banque estime que la gestion des écoles et la participation aux coûts locales ont entraîné une augmentation des droits d'inscription qui "pénalise davantage les pauvres que les riches."
Mais, ce qui "déçoit et préoccupe le plus," selon la Banque, sont les résultats obtenus sur le plan qualitatif. C'est ainsi qu'à l'occasion d'une série de tests organisés deux années de suite au début des années 90 pour des élèves de sixième, seuls 2 % ont su répondre correctement à plus de 60 % des questions "relativement simples de mathématique et d'anglais." La Banque a convenu que les mesures de "réforme" qu'elle avait préconisées avaient été mises en place trop hâtivement, sans que les intéressés aient eu le temps d'en discuter, ni qu'on ait pu former les cadres compétents et élaborer des programmes scolaires appropriés.
Selon une étude sur le renforcement de capacités sur le plan national, commanditée par la Banque mondiale et publiée en août 1996 par une équipe de Ghanéens, le rythme de formation des enseignants est non seulement insuffisant pour permettre le remplacement des cadres non qualifiés, mais, à plus forte raison, pour assurer le succès du programme pour une éducation de base gratuite et universelle.
Par ailleurs, 30 % à peine des élèves du JSS accèdent au niveau supérieur. Les autres entrent dans les rares établissements techniques et professionnels ou sur un marché du travail restreint. Seuls 10 % des diplômés du SSS passent au troisième cycle alors que les autres n'ont pas la formation convenable pour le marché du travail. Cette situation débouche sur "un grave gaspillage des ressources humaines et une carence effarante du nouveau système pédagogique."
Dans les années 90, la part du budget de l'éducation réservée aux établissements d'enseignement supérieur a baissé de 15 à 12 %, tendance qui ne fera que s'accentuer, si, comme il est prévu, la priorité budgétaire est accordée à l'éducation de base. A présent, 80 % du budget du 3e cycle est réservé aux cinq universités, ce qui laisse très peu de moyens aux six Instituts universitaires de technologie et aux autres institutions du tertiaire. En même temps, les salaires engloutissent environ 85 % des budgets, alors que les installations sont saturées par un nombre croissant d'étudiants. En outre, la qualité des étudiants est en baisse du fait de la détérioration de l'enseignement offert aux niveaux inférieurs. Selon un professeur d'université, "pour des raisons indépendantes de leur volonté, de nombreux étudiants ne savent même pas se servir d'une bibliothèque."
Enfin, le rapport relève l'absence d'engagement national pour la recherche qui se reflète dans les fonds dérisoires qui lui sont alloués. C'est ainsi que les subventions accordées à l'Institut de recherches statistiques, sociales et économiques de Legon ont chuté de 52 % en 1990 à 29 % en 1996 par rapport aux besoins inscrits au budget. Si le financement fait défaut, les instituts de recherche seront amenés à produire des études commanditées par des donateurs étrangers "dont la pertinence ou le contenu pédagogique ne sont pas toujours évidents." Par ailleurs, bon nombre de professeurs font la chasse aux contrats de consultation bien rémunérés, aux dépens des étudiants.
Bien qu'un nombre croissant de jeunes reçoivent aujourd'hui un enseignement, sa qualité laisse de plus en plus à désirer : "Le niveau actuel est inférieur aux exigences qu'impose la gestion de la croissance économique au 21e siècle," affirme le rapport.