Une aide pour le nouveau Congo

La République démocratique présente un plan de relance d'urgence pour 1998

Par Carole J.L. Collins

Une réunion des "Amis du Congo" convoquée par la Banque mondiale à Bruxelles le 4 décembre a discuté des besoins de reconstruction et de développement les plus urgents de la République démocratique du Congo (RDC, ex-Zaïre). La plupart des représentants de 17 pays donateurs et neuf agences bilatérales et multilatérales ont répondu avec prudence à la présentation du ministre des Finances congolais d'alors, Mawampanga Mwana Nanga (maintenant ministre de l'Agriculture), proposant l'octroi urgent en 1998 de 1,68 milliard de dollars au titre du "Programme de stabilisation et de redressement économiques." Nombre de donateurs restent préoccupés (voir encadré) par ce qu'ils perçoivent comme une tentative d'obstruction dirigée contre une équipe de l'ONU enquêtant sur des allégations de massacres de réfugiés rwandais perpétrés l'année dernière, lors de leur avance, par les troupes de l'Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo (AFDL) du Président Laurent Désiré Kabila.

Le rassemblement de Bruxelles faisait suite à une réunion à Paris le 5 septembre 1997 au cours de laquelle la Banque mondiale avait pour la première fois offert une aide technique à la RDC pour l'élaboration d'un plan de reconstruction à long terme, proposition qu'elle a réitérée le 4 décembre. Bien que cette réunion n'eût pas été conçue comme une conférence d'annonce de contributions, des initiatives importantes y ont été lancées :

Quelques donateurs ont immédiatement proposé de commencer à dégeler l'aide bilatérale qui avait été bloquée en très grande partie après 1991, alors que M. Mobutu continuait à saper tout effort de démocratisation. L'Union européenne (UE) a annoncé qu'elle débourserait quelque 87 millions de dollars (sur une somme bloquée depuis 1992 estimée à 265 millions) destinés au secteur de la santé et à la reconstruction de deux routes reliant Kinshasa à Kikwit et au port de Matadi. Les deux routes sont essentielles au ravitaillement des 4 millions d'habitants de Kinshasa. L'UE a également dit qu'elle consacrerait 33 millions de dollars à un recensement des électeurs pour des élections nationales qui doivent se tenir en 1999.

La Belgique a suivi l'exemple de l'UE, et promis 20 millions de dollars pour la santé, l'éducation et la sécurité alimentaire. Elle a toutefois condamné l'obstruction rapportée de l'enquête des Nations Unies sur les droits de l'homme et la détention d'un ressortissant belge dirigeant la compagnie belgo-sud-africaine Sizarail nationalisée par l'AFDL lors de son avance militaire.

Le 9 décembre, le Secrétaire d'Etat américain Madeleine Albright, lors d'un discours prononcé à Addis-Abeba devant l'Organisation de l'unité africaine, a promis 10 millions de dollars au Fonds d'affectation. Lors de sa visite du 12 décembre à Kinshasa, elle s'est également engagée à demander de 35 à 40 millions de dollars d'aide supplémentaire au Congrès américain pour l'exercice 1998. Les Etats-Unis avaient déjà débloqué environ 8 millions de dollars entre juin et décembre 1997 pour aider au financement d'une campagne de vaccinations organisée par l'UNICEF et de plusieurs petits projets dirigés par des organisations non gouvernementales (ONG), alors que l'USAID établissait des postes avancés à Kananga, Lubumbashi et Bukavu.

Le Vice-Président de la Banque mondiale pour l'Afrique orientale et australe M. Callisto Madavo, qui avait convoqué la réunion, a loué la présentation de la RDC, qui brossait "un tableau sommaire" des besoins les plus urgents. Mais la RDC n'a reçu que peu de réponses sur la manière dont elle comblera le vide financier de 1,12 milliard de dollars du plan d'urgence et beaucoup doutent de sa capacité à mobiliser les 564,5 millions sur le plan intérieur pour financer le plan.

Le plan prévoit une somme de 440,5 millions de dollars pour "la stabilisation politique et macroéconomique" (dont salaires, informatisation et démobilisation ou recyclage de militaires et de fonctionnaires), 945,5 millions pour la relance économique (dont 494 millions pour remettre en état les transports et les routes, 101,5 millions pour l'agriculture et 350 millions pour l'énergie), et 296,3 millions de dollars pour "renverser la détérioration du capital humain" qui couvrent la santé, l'éducation et le renforcement des capacités du pays.

Alors que la politique de la RDC en matière de privatisation est encore en évolution, le plan souscrit fortement à la "libéralisation du secteur [minier] et à la promotion de l'investissement privé," aussi bien qu'à la suppression de réglementations limitant l'investissement, à l'encouragement d'une plus grande compétition, à des mesures pour réduire la contrebande et pour transformer les grandes compagnies minières parapubliques en sociétés de holding d'Etat.

Mais les donateurs évalueront, ainsi que l'indique la Banque mondiale, "les progrès accomplis dans les secteurs de la gouvernance [et] de la démocratisation" aussi bien que "la mise en oeuvre des mesures de reconstruction et de relance, et la préparation et l'exécution d'un programme économique plus large" lors d'une réunion de suivi prévue pour la mi-1998.

Le Congo doit faire face à un héritage affligeant après les trente ans de mauvaise administration de M. Mobutu. Lorsque l'AFDL a saisi le pouvoir en mai 1997, elle a trouvé vides les coffres et les comptes en banque du gouvernement. Beaucoup de nouveaux ministres de la RDC chargés de questions économiques manquent aussi d'expérience, et la coordination interministérielle sur les politiques économiques s'est avérée difficile.

Progrès et régressions

Le gouvernement a en grande partie réussi à freiner l'inflation, réduire la corruption dans une certaine mesure, et attirer l'intérêt sur le secteur minier (bien que de nombreux investisseurs potentiels se soient depuis lors préoccupés des manoeuvres du gouvernement en janvier pour renégocier des contrats signés). Alors que la production économique pourrait augmenter de près d'1 % en 1997, la misère du peuple ne permet pas de collecter des revenus fiscaux suffisants pour payer les salaires publics, favorisant ainsi une réapparition des appels aux pots-de-vin et autres formes de corruption auxquelles M. Kabila a activement cherché à mettre un terme.

Un grand nombre des groupes dynamiques de la société civile sont frustrés par leur exclusion du travail initial accompli par le gouvernement sur les plans de reconstruction. Beaucoup ont participé avec enthousiasme aux conférences que le gouvernement a organisées au niveau provincial aux mois de décembre et janvier, mais une conférence nationale concluant le processus, prévue pour la fin de janvier, a été reportée sans explication.

Le Congo a également progressé dans sa rédaction d'une nouvelle constitution s'inspirant à la fois de la constitution de 1964 et de celle proposée par la Conférence nationale souveraine, organisme de base comptant 2 000 membres qui a inauguré les efforts de démocratisation du pays au début des années 90. Ce projet, qui devait être prêt au début de 1998, devait ensuite être soumis à un débat public au niveau régional, avant d'être entériné par un vote.

La réunion de Bruxelles s'est tenue alors que redoublaient les efforts pour retrouver la fortune volée de M. Mobutu. Le 8 décembre, une équipe policière et juridique belge est arrivée à Kinshasa pour enquêter sur des allégations portant sur le blanchiment d'argent par Mobutu en Belgique et évaluer les preuves qui justifieraient la poursuite du gel des avoirs liés à Mobutu. A la fin de 1997, le Gouvernement suisse a lui aussi ordonné aux banques d'intensifier leurs efforts pour identifier les comptes bancaires appartenant à M. Mobutu, sa famille et ses proches associés.

La RDC s'active à chercher des solutions régionales à ses problèmes économiques. En juillet, le ministre des Affaires étrangères Bizima Kahara a parlé à Washington d'un projet de construction d'une grille de transports reliant pour la première fois l'Est et l'Ouest de l'Afrique. En septembre, le Président Kabila a signé un accord avec le Rwanda pour construire un chemin de fer entre Gisenyi et Kisangani, opération intégrée à un effort plus large déployé par la RDC, l'Ouganda et le Rwanda pour améliorer les liaisons terrestres entre les trois pays. En octobre, la RDC est devenue le dernier membre en date de la Communauté pour le développement de l'Afrique australe (SADC), dont beaucoup de membres convoitent les immenses réserves d'eau de la RDC, de même que ses vastes ressources minérales et agricoles. La RDC compte également adhérer au Marché commun de l'Afrique orientale et australe.

 

**Encadré**

Une aide subordonnée à une enquête sur les droits de l'homme

Par Carole J.L. Collins

Un différend avec l'ONU sur les droits de l'homme et des questions sur l'attachement du gouvernement de la RDC à la démocratie ont incité de nombreux donateurs à adopter une attitude d'attente face à la reprise éventuelle de l'aide.

De la mi-août jusqu'à la fin novembre, une équipe de l'ONU d'experts légistes nommée par le Secrétaire général Kofi Annan (la formule antérieure d'une enquête de la Commission des droits de l'homme des Nations Unies ayant été rejetée par le Président Kabila) a tenté en vain de voyager hors de Kinshasa pour se rendre sur les lieux de massacres et autres abus rapportés contre des réfugiés rwandais et des civils congolais lors de l'avance des troupes de l'AFDL (Ces abus avaient été signalés par des organisations internationales des droits de l'homme, dont Human Rights Watch, Amnesty International et Médecins sans frontières ainsi que des groupes congolais). La réunion de donateurs du 4 décembre elle-même est restée incertaine jusqu'après la conclusion d'un accord à la fin octobre entre l'Ambassadeur américain aux Nations Unies Bill Richardson et le Président Kabila autorisant la mission d'enquête de l'ONU à accéder à toutes les régions du Congo. Début février, les enquêteurs, retardés par des divergences avec le gouvernement sur des questions de sécurité (et par des inondations) n'avaient toujours pas commencé leurs recherches à Mbandaka.

Bien que la plupart des donateurs soient disposés à soutenir les projets des ONG congolaises, beaucoup d'entre eux croient que les engagements d'aide financière au gouvernement devraient dépendre des progrès ou du résultat de l'enquête de l'ONU, dont le Secrétaire général a fixé la conclusion à la fin mai. Mais beaucoup de dirigeants africains, dont le Président ougandais Yoweri Museveni et le Président sud-africain Nelson Mandela, considèrent cette position injuste, les pays occidentaux ayant rarement tenté de modérer les infractions aux droits de l'homme perpétrées par M. Mobutu. Ils font également valoir que la suspension de l'aide porte atteinte aux efforts déployés par le Président Kabila pour renforcer la capacité du gouvernement et subordonne les besoins de développement du peuple congolais aux préoccupations occidentales en matière de droits de l'homme. En octobre, Oxfam International a instamment prié les donateurs d'accorder un niveau conséquent d'aide nouvelle et d'allégement de la dette à la RDC tout en oeuvrant au soutien croissant du respect des droits de l'homme par tous les gouvernements de la région centrafricaine.

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