L'instauration de la paix :

histoire d'un soldat

par Djibril Diallo


 

Il est une chose dont Domingues Manuel Sampaio est certain. Il ne veut plus entendre parler de guerre. "Rien ne me fera reprendre le combat, " a-t-il déclaré à un groupe de journalistes internationaux récemment en visite en Angola. "Ni l'argent, ni la contrainte," a-t-il déclaré par le truchement d'un interprète.

Comme M. Sampaio, de plus en plus d'Angolais sont favorables au Traité de paix de Lusaka de 1994 qui continue d'être la base pour mettre fin à la guerre civile qui dure depuis plusieurs décennies et qui a embrasé les existences de la population à travers tout l'Angola.

A 23 ans, M. Sampaio est devenu un ancien combattant. Déformé par près de dix années vécues dans la brousse, il attribue sa survie à un accident qui lui a coûté un bras. Il avait tout juste 14 ans lorsqu'il a été appelé à servir dans l'armée angolaise. Comme des milliers d'autres enfants soldats des deux côtés durant la guerre civile, il a perdu son enfance dans la brousse dans une guerre qui a opposé l'ancien gouvernement marxiste au mouvement rebelle de l'UNITA. Pour M. Sampaio et ses collègues, dont beaucoup étaient également des enfants soldats, l'UNITA était l'ennemi sur lequel il fallait tirer à vue.


Pour réduire le nombre de décès et de blessures dûs aux mines terrestres, il est essentiel de mener des campagnes de sensibilisation.

Photo : Sebastiao Salgado


Son odyssée militaire a pris fin il y a deux ans. Alors que son unité avait fait une pause au cours d'une patrouille ordinaire, un projectile de mortier est tombé tout près et a déclenché une mine terrestre enfouie. Quand tout s'est terminé, il n'avait plus de bras droit; l'explosion le lui avait sectionné. Mais il a eu de la chance. Plusieurs soldats de son unité ne s'en sont pas aussi bien tirés. L'explosion a été si forte qu'elle a transformé leur véhicule de patrouille en un brasier et les autres soldats, étourdis par la soudaineté de l'impact, n'ont pu s'écarter à temps. Ils sont presque tous morts brûlés. M. Sampaio a eu la vie sauve uniquement parce qu'il s'était légèrement éloigné du véhicule.

Après plusieurs mois passés à l'hôpital, sa blessure s'est suffisamment cicatrisée pour lui permettre d'être transféré dans un centre de formation destiné aux mutilés de guerre dans la banlieue de Luanda, capitale de l'Angola. Ce centre, dirigé par le gouvernement avec l'appui du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), de l'Organisation internationale du Travail et de plusieurs autres organismes, offre une formation professionnelle aux soldats handicapés et leur donne de nouvelles qualifications qui leur permettent d'obtenir un emploi rémunéré.

Dans ce centre, M. Sampaio s'est joint à plus de 100 autres anciens soldats handicapés qui recevaient déjà une formation professionnelle. Tout jeune, il avait décidé de devenir garagiste-mécanicien et d'avoir son propre atelier à Luanda, mais il a dû se contenter d'apprendre le métier de tailleur au centre. Il est tout de même content et il espère en un meilleur avenir.

Il est persuadé qu'avec la mise en oeuvre du traité de paix, le climat en Angola sera exactement ce qu'il faudra pour la nouvelle vie qu'il a décidé de commencer. "Quand je quitterai le centre, je veux ouvrir un petit commerce, un micro-commerce," a-t-il dit aux journalistes. "Je veux acheter quelques machines en plus et monter un petit atelier où j'aurai des employés, et j'espère qu'avec ça, j'auurai de meilleures chances d'avenir."

Comme M. Sampaio, de nombreux Angolais, jeunes et vieux, mettent absolument tous leurs espoirs dans la réussite du processus de paix. Pour eux la fin des combats et le retour à la paix constituent le seul moyen d'échapper aux années de souffrance, de mort et de privations que la guerre civile a imposées à des millions d'individus. La paix créera également les conditions propices à une offensive contre l'un des problèmes les plus graves de l'Angola: les millions de mines terrestres qui sont disséminées à travers le pays.


Désamorçage d'une mine en Angola : l'ONU apporte son soutien au renforcement des capacités nationales en matière de déminage.

Photo : Hervé Petetin


Les programmes qu'anime le centre de formation destiné aux anciens soldats handicapés entrent dans le cadre d'un effort concerté dont le but est de s'attaquer à certains des effets les plus insidieux des mines terrestres. On compte au nombre des autres efforts en cours un Programme national de déminage ayant pour but de consolider la capacité de déminage de l'Angola. Ce programme doté de 25 millions de dollars, qui bénéficie également de l'appui du PNUD, concentre ses efforts sur le renforcement des compétences au sein de l'Institut angolais de suppression des obstacles et dépôts d'explosifs.

Avec le rétablissement de la paix en Angola, ces programmes pourront se poursuivre et pourront être étendus aux régions du pays qui ont été sous le contrôle de l'UNITA; ainsi un plus grand nombre de personnes dans le besoin pourront en bénéficier. C'est ce qui fait que des gens comme M. Sampaio sont si décidés à ce que le processus de paix réussisse.

 

*Le baobab africain est l'un des arbres du monde les plus résistants, florissant même dans l'environnement le plus aride. C'est également l'arbre sous lequel se réunissent par tradition des Africains pour débattre des questions d'intérêt commun.

 

 

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