Débuts d'un plan pharmaceutique en Ouganda et en Côte d'Ivoire

Par Peter Mwaura

Le Programme conjoint des Nations Unies sur le VIH/Sida (ONUSIDA) a lancé un plan pour permettre aux pauvres des pays en développement atteints du VIH/Sida d'être traités avec les nouvelles drogues puissantes qui permettent de prolonger la vie dans les pays industrialisés. Ces produits sont efficaces pour contrôler l'infection du VIH et traiter et prévenir les maladies liées au Sida.

La phase pilote de l'initiative commence cette année en Ouganda, en Côte d'Ivoire, au Vietnam et au Chili, avec un plan d'adaptation des infrastructures sanitaires de ces pays pour une distribution efficace de ces produits. Mais le niveau des subventions variera d'un pays à l'autre en fonction du contexte économique et épidémiologique.

L'initiative ONUSIDA d'accès aux drogues cherche à surmonter certains des obstacles auxquels sont confrontés les individus atteints du VIH/Sida, comme par exemple l'insuffisance des services de santé, la complexité accrue des soins et le coût élevé du traitement. Le Directeur exécutif d'ONUSIDA Peter Piot précise : "Notre but est de fournir aux pays en développement des stratégies prouvées pour améliorer les soins ainsi que l'accès aux drogues les plus récentes et les plus efficaces. Toutefois, si nous voulons évaluer et perfectionner les approches que nous tentons, il nous faut commencer par des programmes pilotes à petite échelle qui nous obligent à décider des limites de notre participation. Mais l'alternative est de ne rien faire."

Dans chaque pays pilote, deux nouvelles entités seront créées et leurs activités contrôlées par ONUSIDA. Un Comité consultatif national relatif aux drogues du VIH/Sida sera mis sur pied sous l'autorité du Ministre de la santé et se composera de représentants des communautés touchées par le VIH/Sida ainsi que des cadres du secteur médical et de la santé publique. Ce comité aura pour tâche d'élaborer une politique nationale coordonnée pour se procurer et distribuer les produits anti-VIH, et d'établir les critères relatifs à la sélection des patients et à la participation des centres de santé à cette initiative. Il mettra également au point les lignes directrices du traitement à l'usage des médecins.

La seconde entité sera une société à but non lucratif, qui servira de centre de distribution pour l'émission de commandes et l'arrivage des produits dans le pays. Elle recevra également les subventions pharmaceutiques et les distribuera. La compagnie, qui sera financée par les compagnies pharmaceutiques qui utiliseront ses services, traitera également de questions logistiques et d'autres y afférent.

Les compagnies pharmaceutiques assureront la disponibilité de tout un éventail de produits anti-VIH, dont des drogues antirétrovirales pour combattre l'infection VIH, antimicrobiennes pour prévenir et traiter les infections opportunistes communes chez les individus atteints du VIH/Sida, et antibiotiques pour le traitement des maladies sexuellement transmissibles (MST). De plus, des sociétés de dépistage fourniront des services virologiques et des tests pour la surveillance des patients. Les décisions sur le choix des drogues varieront d'un pays à l'autre et seront prises par le Comité consultatif après une évaluation des besoins du pays concerné. Alors que les compagnies pharmaceutiques fourniront des drogues à des prix subventionnés, les ministres de la santé locaux trouveront de nouvelles sources de financement tout en consolidant les programmes existants. ONUSIDA fournira 1 million de dollars pour la surveillance des comités consultatifs et des sociétés à but non lucratif, l'évaluation de la phase pilote et la propagation de recommandations pour la mise en oeuvre de cette initiative dans d'autres situations comparables.

ONUSIDA espère que ce programme déterminera si les drogues anti-VIH/Sida peuvent être obtenues et distribuées de manière efficace dans les pays en développement. "Munis de cette information, les pays seront alors en mesure de mobiliser les ressources nécessaires au traitement des individus contaminés et de contribuer au contrôle de l'épidémie au niveau mondial," indique le Dr Joseph Saba, coordinateur de l'initiative.

Le plan ONUSIDA a reçu le soutien du Président français Jacques Chirac, qui a lancé, lors d'une conférence sur le Sida à Abidjan en décembre dernier, un appel aux nations riches pour qu'elles créent un fonds de soutien thérapeutique anti-Sida pour l'Afrique.

M. Chirac a dénoncé le fossé thérapeutique qui condamne le continent africain à se débattre avec les deux tiers des victimes enregistrées dans le monde en ne bénéficiant que très peu, ou même pas du tout, des nouvelles drogues disponibles dans les pays riches.

Pourtant, certains experts disent que le plan détournera les ressources nationales pour les affecter à une maladie aux dépens d'autres comme le paludisme. D'autres disent qu'on ferait mieux d'utiliser ces grosses sommes d'argent pour rechercher un vaccin. "Seuls 6 % des malades du Sida dans le monde sont traités avec des médicaments, ce qui laisse un vaccin comme seule option pour les 94% qui restent," déclare M. Gordon Nary, directeur de l'Association internationale des médecins traitants du Sida.

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