Initiative spéciale du système des Nations Unies
Approvisionner
l’Afrique en eau
L’Initiative spéciale cherche à
rendre l’eau plus accessible aux agriculteurs

Par Margaret A. Novicki

En Afrique, les pauvres consacrent une trop grande partie de leurs revenus, de leur énergie et de leur temps à se procurer de l’eau.

Photo : ONU John Isaac

Dans le cadre de l’Initiative spéciale pour l’Afrique, quatre pays -- Mali, Ethiopie, Ouganda et Mozambique -- et le bassin du Zambèze ont été choisis comme base d’un programme destiné à rendre l’eau plus accessible et à mieux gérer les ressources du continent. L’accès à l’eau est un problème critique du développement de l’Afrique, notamment parce que l’un des aspects essentiels de toute stratégie de réduction de la pauvreté consiste à fournir aux ménages de l’eau en quantité et en qualité, et à alimenter en eau l’agriculture pluviale et irriguée.

Plus de 250 millions de personnes en Afrique subsaharienne n’ont pas accès à l’eau potable, et près de 300 millions sont dépourvus de réseaux d’assainissement adéquats. Si la situation actuelle ne s’améliore pas, environ 500 millions d’Africains seront probablement privés d’eau potable en 2020, compte tenu du taux de croissance démographique. La baisse des ressources en eau, toujours plus coûteuse, aura également pour effet de limiter la production vivrière et d’aggraver la dégradation de l’environnement, et pourrait provoquer des conflits entre usagers, tant à l’intérieur des pays qu’à travers les frontières.

Pour ces raisons, le volet “eau” de l’Initiative spéciale a pour but d’assurer aux pauvres un accès raisonnable à l’eau, et de leur en attribuer une juste part à des prix abordables. Cette approche requiert un usage équilibré de l’eau entre les différents secteurs et besoins, tant dans les plans nationaux de développement économique qu’entre les pays utilisant des ressources en eau communes.

Afrique : situation de l’approvisionnement en
eau jusqu’en l’an 2000
(si les tendances de la
période 1990-1994
demeurent inchangées)

Source : UNICEF, OMS

L’Initiative spéciale, lancée par l’ONU en 1996, est un programme d’actions concrètes, destiné à accélérer le développement de l’Afrique durant la prochaine décennie en élargissant l’accès à l’éducation de base, aux services de santé et à l’eau, en améliorant la gouvernance et en renforçant la sécurité alimentaire. Elle vise à instaurer une coopération accrue entre les organes et organisations de la famille des Nations Unies, y compris les institutions de Bretton Woods.

Les problèmes de l’approvisionnement en eau
Selon une récente étude de la Banque mondiale, African Water Resources: Challenges and Opportunities for Sustainable Development, les deux tiers de la population rurale et un quart des citadins d’Afrique subsaharienne n’ont pas accès à l’eau potable. Des millions d’Africains meurent chaque année de maladies d’origine hydrique.

“En Afrique, l’eau est inégalement répartie par la nature et inégalement distribuée par les humains”, déclare Dr. Jorge Illueca, Directeur exécutif adjoint du Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE). “Les pauvres qui consacrent une trop grande partie de leurs revenus limités, de leur energie et de leur temps à se procurer des quantités d’eau insuffisantes, sont plus exposés au risque de la pénurie d’eau”.

Selon la Banque mondiale, l’Afrique subsaharienne, dont une grande partie est semi-aride, a “trop peu d’eau ou trop d’eau, aux mauvais endroits ou aux mauvais moments, et souvent une eau de qualité médiocre”. Les précipitations sont extrêmement variables et imprévisibles dans une grande partie de l’Afrique subsaharienne et le ruissellement est exceptionnellement faible. La sécheresse est endémique et dure souvent d’un à cinq ans. L’agriculture absorbe déjà plus de 80 % de l’eau consommée en Afrique subsaharienne. Mais moins d’un tiers du potentiel d’irrigation est exploité.

Avec une croissance démographique proche de 3 %, les rendements agricoles doivent augmenter sensiblement pour que les pays africains se rapprochent de l’autosuffisance alimentaire. En d’autres termes, il faut développer la production grâce à une meilleure gestion de l’eau, à la conservation de l’eau et du sol, à l’amélioration de la technologie et des méthodes de culture, et à l’extension des surfaces irriguées. Mais 4 % seulement des quelques 4 milliards de mètres cubes de ressources en eau renouvelables disponibles, sont actuellement utilisés, en raison du manque d’infrastructures appropriées, et de moyens techniques et financiers.

Non seulement une gestion efficace de l’eau comporte des avantages pour le développement, mais aussi elle devient une préoccupation écologique de plus en plus urgente dans un continent où l’urbanisation, l’industrialisation et la population progressent rapidement.

Absence de stratégies nationales de l’eau
En novembre 1995, le Groupe de travail sur l’approvisionnement en eau et le développement de l’assainissement en Afrique a commencé un examen critique du secteur de l’eau. Au nombre des problèmes identifiés dans un rapport qui sera bientôt publié, figure l’absence de stratégies nationales adéquates dans de nombreux pays, à un moment où la compétition pour l’utilisation de l’eau s’est intensifiée.

En Afrique, ce problème est aggravé par la faiblesse des dépenses budgétaires consacrées à l’approvisionnement en eau et à l’assainissement -- habituellement moins de 1 % du budget national -- ainsi que par la médiocrité du fonctionnement et de l’entretien de l’infrastructure. La crise dépasse les frontières nationales. Tous les pays d’Afrique subsaharienne partagent un ou plusieurs bassins fluviaux, et au moins 54 fleuves ou masses d’eau forment des frontières internationales ou les traversent. Mais peu d’entre eux font l’objet d’une gestion conjointe efficace.

Une meilleure coopération et des investissements plus importants s’imposent dans les bassins partagés par plusieurs pays, mais il faut aussi procéder à une réforme de la politique de l’eau au niveau national. La première étape du processus, selon les experts, consiste à reconnaître que l’eau est une ressource rare et qu’elle joue un rôle essentiel dans la réduction de la pauvreté, la croissance économique, la sécurité alimentaire et la protection de l’environnement.

Avant tout, instituer une collaboration
L’Initiative spéciale pour l’Afrique cherche à mettre en place une collaboration au niveau du système des Nations Unies en vue d’assurer un accès équitable et une utilisation durable des ressources en eau du continent. Un Groupe de travail informel interinstitutions sur l’eau a été formé en avril 1996, sous la présidence conjointe du PNUE et de la Banque mondiale, afin de décider des mesures pratiques qui permettraient d’atteindre les quatre objectifs du volet “eau” de l’Initiative spéciale.

Le Groupe de travail a désigné dans un premier temps quatre pays cibles, à savoir le Mali, l’Ethiopie, le Mozambique et l’Ouganda, ainsi que le bassin du Zambèze, en fonction de leur représentativité géographique et de l’intérêt manifesté par les gouvernements respectifs de ces pays à intégrer la gestion des ressources en eau. Le Groupe de travail a également décidé que les objectifs généraux de la coopération entre les pays cibles comprendraient le renforcement des capacités, l’amélioration de la capacité d’information, l’identification des besoins d’investissement et la stimulation de l’investissement sectoriel.

Dans les limites de l’objectif général du volet “eau”, les activités menées au titre de l’Initiative spéciale portent en priorité sur les points suivants :

  • évaluations des politiques nationales et régionales de l’eau, plans et programmes dans le contexte de leur viabilité économique et écologique, et de leurs effets sur la répartition équitable de l’eau;
  • assistance à l’élaboration et à l’application de directives visant à assurer un accès équitable aux ressources en eau et à leur utilisation durable;
  • élaboration et application de projets et programmes de gestion intégrée de l’eau.


Eau potable et assainissement
Un autre objectif essentiel de l’Initiative consiste à améliorer la situation des ménages, surtout au niveau de l’approvisionnement en eau potable et de l’assainissement. Les activités menées à cette fin comprendront des programmes de renforcement des capacités, ainsi qu’un appui aux gouvernements désireux d’améliorer leurs services d’approvisionnement en eau et d’assainissement, et d’élargir l’accès à l’eau au niveau communautaire. On s’efforcera également d’améliorer la protection des ressources en eau dans les bassins de drainage.

Le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF) et la Banque mondiale sont convenus, en octobre, d’oeuvrer de concert pour aider les pays africains à élaborer et appliquer dans les villages, les petites villes et les quartiers pauvres des villes, des programmes d’assainissement et d’éducation en matière d’hygiène, ainsi qu’à fournir des services aux pauvres.

Un troisième objectif du volet “eau” est de généraliser les évaluations des ressources en eau du continent, afin d’améliorer la base de données nécessaire à la prise de décisions éclairées sur les ressources en eau. L’Organisation météorologique mondiale (OMM) y participe dans le cadre de son Système mondial d’observation des cycles hydrologiques (WHYCOS) et des Systèmes d’observation des cycles hydrologiques régionaux et sous-régionaux (HYCOS).

L’OMM a commencé ses travaux dans le bassin du Zambèze et entrepris une évaluation de la capacité de l’Ethiopie à mesurer le volume de ses ressources en eau et de fournir des services tels que les prévisions de crues. Certaines des recommandations de l’OMM, dont celles concernant la remise en état des réseaux d’observation et de télécommunication, ont été approuvées par le Gouvernement éthiopien.

Lors d’une réunion, à Djibouti, en avril, les directeurs des services météorologiques et hydrologiques des pays de la Corne de l’Afrique et de l’Afrique de l’Est, membres de l’Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD) ont envisagé la création d’un HYCOS pour la région de l’IGAD. Il a été demandé à l’OMM d’établir le profil du projet. Des efforts sont en cours pour obtenir un financement de l’Union européenne. L’Ouganda, autre pays cible, participera à l’HYCOS en tant que pays membres de l’IGAD.

Au Mali, l’OMM exécute un projet financé par le PNUD sur la météorologie et l’hydrologie, qui
doit servir au développement de la production agropastorale et à la protection de l’environnement. L’OMM a également établi un descriptif de projet, financé par la France, afin de mettre en service un HYCOS pour les pays de l’Afrique de l’Ouest et de l’Afrique centrale. Par ailleurs, le Mozambique participe à un projet HYCOS de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC), qui a commencé cette année.

Les agences de l’ONU participant au Groupe de travail sur l’eau, de concert avec des institutions bilatérales, des organisations régionales, la Banque africaine de développement et d’autres institutions financières, utiliseront les fora régionaux pour mobiliser les ressources nécessaires au volet “eau” de l’Initiative. Ils encourageront les gouvernements des pays africains et des pays donateurs à faciliter la préparation de programmes d’investissement pertinents. Les organisations non gouvernementales, le secteur privé et les universités participeront eux aussi aux activités du Groupe de travail dans la formulation, l’exécution et le suivi des programmes.

Le renforcement de la gestion du bassin du Zambèze
Le bassin du Zambèze, partagé entre huit Etats, constitue une grande partie de la région de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC), où plus de 70 millions de personnes n’ont pas accès à l’eau potable. Si les taux actuels de croissance démographique se maintiennent, la région connaîtra une pénurie d’eau chronique d’ici deux générations.

Source de vie pour 26 millions de personnes environ, le bassin du Zambèze a été choisi par le Groupe de travail informel sur l’eau de l’Initiative spéciale afin d’illustrer la coordination des efforts de l’ONU et la coopération interinstitutions. Le Zambèze doit être géré efficacement afin d’atténuer les effets négatifs de la croissance démographique, du développement des industries, et du recours accru à l’irrigation dans la production vivrière.

Dans le cadre de l’Initiative spéciale, les organismes de l’ONU actifs dans le secteur de l’eau vont collecter des informations sur tous les projets en cours ou prévus dans le bassin du Zambèze, afin de les intégrer à une base de données du Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE).

Le PNUE et la SADC ont établi un projet assurant une utilisation équitable et durable des ressources en eau communes, qui sera reproduit dans d’autres bassins fluviaux de la région de la SADC. Le projet devrait déboucher sur un accord liant les pays de la SADC et sur des arrangements permettant d’éviter et de résoudre les différends.

L’Organisation météorologique mondiale (OMM) et l’Organisation des Nations Unies pour le développement industriel (ONUDI) travaillent sur un projet destiné à remettre en état et améliorer la qualité de l’eau dans le bassin du Zambèze. L’OMM envisage aussi d’utiliser un système d’observation par satellite pour collecter des données hydrométriques en divers emplacements de la partie supérieure du bassin.

L’OMM s’est engagée dans des projets d’évaluation des ressources en eau dans les bassins fluviaux communs à plusieurs pays, dans le but d’établir des systèmes d’information cohérents et fiables sur les données relatives à l’eau, cela dans l’intérêt du développement durable.

La FAO promeut la sécurité alimentaire de l’Afrique
L’Initiative spéciale pour l’Afrique a choisi pour priorité, dans le cadre de son volet “sécurité alimentaire”, la lutte contre la dégradation du sol et la désertification, l’amélioration de la qualité du sol et la sécurité alimentaire, l’accent portant tout particulièrement sur les femmes. L’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) a été désignée comme chef de file dans ces domaines et coopère également au volet “eau” de l’Initiative.

La FAO soutient la modernisation de l’infrastructure existante et la mise au point de mesures rentables pour assurer la production durable des aliments et du fourrage en encourageant l’utilisation des eaux souterraines en Gambie, au Sénégal et en Sierra Leone et en protégeant les masses d’eau intérieures de la salinisation de l’eau de mer. Des activités sont en cours afin de promouvoir une amélioration rentable de la production de vivres et de fourrage par une irrigation à petite échelle dans plusieurs pays. Il est prévu de dresser l’inventaire des zones humides et d’évaluer leur potentiel de développement dans tous les pays de la sous-région de l’Afrique de l’Ouest et dans certains pays d’Afrique centrale et d’Afrique australe. Les données rassemblées aideront à planifier une meilleure productivité des exploitations agricoles des zones humides, ainsi qu’à identifier des solutions en matière de protection de l’environnement.

Avec le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), la FAO a élaboré un projet de sécurité alimentaire des ménages en Gambie. Une attention particulière sera portée au rôle des femmes, qui représentent 60 % de la main-d’oeuvre agricole (et auxquelles on doit peut-être jusqu’à 80 % de la production alimentaire en Afrique subsaharienne).

La FAO vient de concevoir un programme de formation, “Analyse socioéconomique dans la perspective de l’égalité des sexes”, qui vise à renforcer les capacités nationales de planification afin d’élaborer des programmes agricoles ouverts au problème de l’égalité des sexes. Des activités pilotes ont débuté au Burkina Faso et en Côte d’Ivoire. La FAO a également commencé à collaborer avec des agences nationales de statistique afin de rendre plus accessibles les données statistiques relatives à l’agriculture ventilées par sexe.

Des études préliminaires sont en cours pour faire connaître les efforts tendant à élargir l’accès des femmes à la terre. En collaboration avec les fermiers, la FAO met actuellement au point du matériel de formation pour les exploitants, ainsi que des outils pédagogiques pour adultes, portant sur l’acquisition des bases en arithmétique et en comptabilité.