Chute brutale des flux nets de capitaux
Les prêts concessionnels
à l’Afrique sont aussi en baisse
Par Christina Katsouris
Washington
Les flux nets de capitaux vers l’Afrique, y compris l’aide concessionnelle, ont brutalement chuté l’an dernier, bien que le continent ait enregistré son taux de croissance le plus élevé en une décennie. Et, avec de nombreux pays africains lourdement endettés, l’exécution du programme complexe d’allégement de la dette, connu sous le nom d’Initiative pour les pays pauvres très endettés (PPTE) s’en est trouvée ralentie. En avril, l’Ouganda a été le premier pays à bénéficier de cet arrangement qui, pour lui, prendra effet l’année prochaine. Quant au Burkina Faso, à la Côte d’Ivoire et au Mozambique, ils pourraient parvenir à un accord d’ici à la fin de l’année.

Flux des capitaux vers l’Afrique1
(en milliards de dollars)

*  Moyennes annuelles
1  Comprend les investissements directs nets, les placements à court terme et autres investissements nets à court et à long terme, y compris les emprunts publics et privés
2  D’autres investissements nets peuvent inclure des ressources officielles
3  Inclus toutes les ressources officelles bilatérales et multilatérales, moins les remboursements

Source : ONU/Afrique Relance à partir des données des Perspectives économiques mondiales (FMI), octobre 1997

Alors que beaucoup de pays africains sont tributaires de l’aide au développement, les flux nets officiels ont chuté de 48 % en 1996 pour atteindre 3,2 milliards de dollars, le niveau le plus bas de cette décennie, souligne le FMI dans son dernier rapport, Perspectives économiques mondiales. Ces flux sont constitués de prêts bilatéraux et multilatéraux, déduction faite des remboursements.
Alors que le déclin de 17 % des flux de capitaux nets vers l’Afrique qui se sont élevés à 13,9 milliards de dollars en 1996, a été relativement moins dramatique, c’était néanmoins la seconde baisse annuelle consécutive. Les flux nets privés, qui ont augmenté de 0,1 milliard de dollars en 1996 pour atteindre 10,7 milliards, n’ont pas suffi à combler l’écart. Point positif : les investissements directs nets ont fait un bond de plus de 78 % pour atteindre 5 milliards de dollars, niveau le plus élevé depuis au moins une décennie; ils ont plus que compensé une chute de 68 % des placements à court terme, passés de 1,9 à 0,6 milliard de dollars. Comme le rapport du FMI ne fournit pas de décomposition détaillée de ces données, il est difficile d’établir si des changements sont intervenus durant la période 1985-1995, au cours de laquelle les neuf pays africains exportateurs de pétrole ont bénéficié de 73 % des investissements étrangers directs (IED).

Effondrement des prêts multilatéraux
Les prêts approuvés par le FMI dans le cadre de la FASR ont enregistré une baisse de 43 %, passant de 1,19 milliard à 672 millions de dollars en 1995/1996. Quand au total des prêts FASR, il a chuté de 1,47 milliard à 911 millions de dollars.
Les nouveaux engagements financiers de la Banque mondiale en Afrique subsaharienne pour l’année fiscale 1997 ont également baissé de 36 % pour atteindre 1,73 milliard de dollars (le niveau le plus bas depuis une décennie, bien loin de la moyenne annuelle de 3,2 milliards des années 1987 à 1991), alors que les déboursements ont chuté de 17 % pour atteindre 2,47 milliards. L’effondrement de 38 % (de 2,74 à 1,68 milliards de dollars) des prêts de l’IDA (la plus grande source de prêts de la Banque en Afrique), reflète la diminution brutale (33 %) des crédits accordés par l’IDA, qui s’élèvent à 4,6 milliards de dollars. Cela s’explique en partie par la restructuration du personnel au sein de la Banque et la mise en place d’un fonds intérimaire pour la 11e reconstitution de l’IDA, pour les opérations de prêt pour 1996-1999, sous réserve du recouvrement des arriérés américains au titre de la 10e reconstitution.

La Banque attribue également cette baisse à une sélectivité accrue et à la priorité donnée aux pays démontrant un “engagement ferme” dans la voie d’une meilleure gestion économique, mettant fortement l’accent sur les questions liées à la pauvreté, et capables d’utiliser efficacement leurs ressources. En revanche, le montant des prêts accordés à l’Afrique à travers la Société financière internationale (SFI), filiale de la Banque mondiale, est passé de 191 millions de dollars pour un total de 71 projets d’investissements en 1996 à 385 millions de dollars pour 73 projets en 1997.

La liste d’attente des PPTE
Le Burkina Faso devrait être le prochain pays sur la liste à bénéficier de l’Initiative sur la dette d’ici la fin 1997, suivi de la Côte d’Ivoire et du Mozambique. La Banque mondiale et le FMI ont déjà donné leur accord de principe pour le Burkina Faso, et sont actuellement en train
d’aplanir des divergences mineures quant au montant conseillé du ratio dette/exportations et au seuil qui devrait se situer, le plus bas possible, dans la fourchette des 200-250 %. Certains disent que 205 % seraient de nature à apporter l’aide nécessaire au pays pour qu’il atteigne un niveau d’endettement “soutenable”, défini comme le niveau auquel le pays pourra assurer le service d’une dette préalablement réduite, tout en continuant à investir dans son propre développement.

Le travail technique et l’analyse de la dette de la Côte d’Ivoire en sont à leur phase finale. Le dernier obstacle à franchir est l’approbation par le FMI d’un prêt FASR. Un accord pourrait alors intervenir prochainement. Les parties prenantes indiquent que la Côte d’Ivoire pourrait arriver à un niveau d’endettement soutenable avec un ratio dette/exportations de 145 %. Cela reflète les nouveaux critères adoptés en avril pour traiter le cas de pays tels que la Côte d’Ivoire, qui ont une économie “ouverte”, basée sur les exportations et sont confrontés à de sérieux problèmes budgétaires, dus aux lourdes contraintes financières, liées à un très fort endettement.

Les créditeurs visent également l’adoption
en décembre, d’une décision sur le Mozambique, pays dont la structure d’endettement et le profil des créanciers sont particulièrement complexes. Fin 1996, sa dette nominale était de 7,5 milliards de dollars (5,6 milliards en valeur actuelle nette), soit un rapport vertigineux de 1 358 % de ses revenus d’exportation. Et, à la différence de la plupart des autres PPTE, la part de la dette bilatérale du Mozambique est relativement élevée (73 %), alors que sa dette multilatérale se situe à un niveau très bas (14 %).

La présentation du document préliminaire sur le Mozambique aux Conseils d’administration du FMI et de la Banque mondiale a été retardée jusqu’en avril 1997, en raison de problèmes relatifs à la dette que ce pays avait contractée bilatéralement avec la Russie : quelque 2,3 milliards de dollars en valeur nominale, encourus pendant l’ère soviétique à des taux de change artificiellement gonflés. L’entrée officielle de la Russie dans le Club de Paris en septembre signifie qu’il y a désormais un accord de principe sur l’application des termes de Naples à la dette du Mozambique. Ce qui reste à faire est d’harmoniser les chiffres réels pour tous les créanciers, y compris la Russie. Une équipe du FMI était au Mozambique à la fin octobre pour aider à la préparation des données préliminaires afférentes. Une source du FMI à Washington ne prévoit aucun problème majeur dans l’octroi au Mozambique des conditions de l’arrangement pour les PTTE.

Le document préliminaire pour le Mozambique recommande l’exécution d’un accord prenant effet à la fin de l’année. Du fait de l’extrême vulnérabilité du Mozambique aux chocs externes, ce document recommande également un ratio dette/exportations fixé au plus bas de la fourchette des 200-220 %, et un ratio service de la dette/exportations en-dessous de 20 %. L’allégement accordé grâce à un seuil fixé au plus bas de la tranche dette/exportations nécessiterait que, dans la perspective d’une échéance en 1999, les donateurs fournissent 1,48 milliard de dollars, répartis entre les créanciers bilatéraux (946 millions) et les multilatéraux (533 millions).

Mais les chiffres relatifs à la dette bilatérale, calculés sur la base des sommes dues à chaque créancier, pourraient bien excéder le plafond fixé par le Club de Paris, à savoir l’annulation de 80 % du stock de la dette éligible. Les créanciers multilatéraux sont partisans d’un partage proportionnel du fardeau, mais le Club de Paris souhaite qu’ils règlent les montants excédant le plafond de 80 %. Le Mozambique attend la résolution de ces divergences.