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Le développement durable de l’agriculture exigera d’importants moyens financiers, alors que l’aide au développement tend à diminuer. Toutefois, à travers son programme d’ajustement soutenu par la Banque mondiale et d’autres institutions financières, le gouvernement a su mobiliser les fonds nécessaires à l’agriculture, auxquels s’ajoute l’aide des organisations non gouvernementales (ONG) et d’autres partenaires.
Ces efforts, liés aux conditions climatiques favorables, ont permis une récolte céréalière de 2,4 millions de tonnes, en 1996/97, soit une augmentation de 7,5 % par rapport à la campagne précédente. Quant à la production de coton, principale culture d’exportation, elle a atteint un chiffre record de 206 000 tonnes. Néanmoins, en raison de l’irrégularité des précipitations en juillet et août derniers, de nombreux exploitants s’inquiétent pour la prochaine campagne.
La fertilité des sols La baisse générale de la fertilité des sols au Burkina résulte d’une mise en culture excessive, surtout dans les zones céréalières, mais aussi du surpâturage. Ce qui a conduit à un raccourcissement des périodes de mise en jachère faisant obstacle à la reconstitution naturelle des sols. Au niveau national, 15 % seulement des exploitants ont adopté des techniques de lutte contre l’érosion, alors que seulement 9 % utilisent des engrais organiques et 8 % pratiquent l’agroforesterie.
L’Unité de gestion de la fertilité des sols (UGFS), créée en 1995 par le gouvernement avec le soutien financier des Pays-Bas, recommande vivement la mise en oeuvre d’une stratégie nationale intégrant la gestion de la fertilité des sols et la création de marchés d’intrants agricoles. Notant que seulement 2 400 tonnes environ d’engrais à base de phosphate sont utilisées chaque année (sur les quelques 100 millions de tonnes de réserves nationales), un expert de l’UGFS, Jean-Claude Dabiré, insiste sur la nécessité d’épandre ces engrais en bien plus grande quantité, en conjonction avec des engrais organiques. “Si nous ne pouvons remédier à l’insuffisance de nos sols en phosphate”, dit-il, “il ne sera pas possible de développer une agriculture durable”.
Mais la situation est incertaine depuis que le gouvernement a cessé de commercialiser les intrants agricoles, notamment les engrais minéraux, laissant cette activité au secteur privé. Or, celui-ci n’a malheureusement pas manifesté beaucoup d’enthousiasme.
Selon M. Ninda Taoko, président de l’association villageoise de Roumtenga, il était facile autrefois de se procurer des engrais minéraux. Son association en faisait des achats massifs qu’elle revendait à crédit aux exploitants. “Mais aujourd’hui, chacun doit se débrouiller seul pour les trouver. Et quand on les trouve, leur prix dépasse nos moyens”. M. Henk Nugteren, un économiste qui collabore à l’UGFS, précise que si le coût des engrais minéraux est élevé pour les producteurs de céréales, les exploitants spécialisés dans les cultures de rapport comme le coton, peuvent en revanche les acheter. Résultat : bien des producteurs de céréales ont cessé d’employer des engrais et se bornent à prier pour que les pluies soient suffisantes. Mais l’eau seule ne suffit pas à nourrir le sol.
L’UGFS encourage les entrepreneurs à investir dans le secteur des engrais, à les importer et les écouler dans tout le pays. M. Henk Nugteren pense que le gouvernement devrait mettre en place une centrale d’achats afin de réaliser des économies d’échelle et de réduire les coûts. Autre conséquence de la libéralisation : la propagation des pratiques frauduleuses. Des produits de mauvaise qualité sont vendus aux exploitants à bas prix, contribuant ainsi à la baisse de la production.
M. Georges Henry Ouéda, directeur de programmes pour Naturama, une ONG burkinabè, souligne que les exploitants ont non seulement besoin de l’accès aux engrais, mais aussi d’être mieux formés et informés sur la manière de les utiliser. “A notre avis, si l’on fait comprendre aux exploitants l’impact de la dégradation de l’environnement sur l’agriculture, ils n’en seront que plus disposés à soutenir les programmes créés dans leur intérêt”, déclare-t-il.
Activités de vulgarisation De nombreux exploitants ne savent pas encore qu’il est possible d’améliorer la fertilité des sols. D’où la nécessité de diffuser plus largement les techniques de régénération. La Direction de la vulgarisation agricole (DVA) collabore depuis plusieurs années avec diverses ONG pour faciliter la formation et l’organisation des exploitants; elle atteint maintenant 7 300 villages sur les 8 000 et davantage que compte le Burkina.
La DVA a adopté une approche participative, insistant sur la nécessité d’identifier les besoins et les préoccupations des producteurs eux-mêmes afin de mieux leur venir en aide. “Les thèmes de l’intervention et de la formation sont arrêtés d’après leurs préoccupations”, explique M. Robert Bonkoungou de la DVA. “Les thèmes diffusés établissent le plus souvent un ‘lien réciproque’ entre agriculture et environnement”.
Les exploitants sont avertis des dangers que comporte l’emploi exclusif d’engrais minéraux et invités à les épandre avec du compost pour améliorer la rétention de l’eau dans les sols et augmenter les rendements. On les encourage à cultiver des plantes fourragères pour le bétail, afin de réduire le surpâturage qui détruit la couverture végétale. Dans le nord, on leur a appris à construire des digues avec des pierres, de la terre et des végétaux pour ralentir le ruissellement et prévenir l’érosion de la couche arable.
Il importe aussi de disposer de semences de meilleur rendement. La station de recherche de Kamboincin a mis au point des variétés de riz et d’autres céréales de meilleure qualité qui sont distribuées aux exploitants. La DVA les forme à multiplier les stocks de ces semences pour les utiliser sur leurs propres champs ou les vendre à d’autres exploitants.
Lutte contre la déforestation La déforestation est un autre sujet d’inquiétude. Chaque année, le pays perd 32 000 hectares de forêt sous l’effet du défrichage, pour mettre de nouvelles terres en culture, et de la coupe d’arbres, pour obtenir du bois de chauffe. Au Burkina, 90 % des besoins en énergie des ménages sont couverts par le bois de chauffe. Inquiet du dommage que la déforestation cause à l’environnement, le gouvernement organise des campagnes de plantation d’arbres, cherche à réglementer leur abattage et encourage l’utilisation de poêles domestiques plus efficients.
Le Centre national des graines forestières, spécialisé dans la production de variétés de graines pour le reboisement, a produit l’an dernier 3 millions de jeunes pousses. Récemment, il s’est intéressé à certaines variétés qui non seulement aident à protéger l’environnement, mais aussi fournissent des produits commercialisables susceptibles d’augmenter les revenus des populations rurales.
De nombreuses ONG encouragent les exploitants à limiter au minimum le défrichage et à combiner les cultures avec la plantation d’arbres et l’entretien de la couverture végétale naturelle. L’Association Vive le Paysan (AVLP) promeut une “régénération naturelle assistée”, dans le cadre de laquelle on montre aux exploitants comment procéder à une coupe sélective de leur bois de chauffe tout en préservant la végétation d’où le sol tire ses nutriments. L’Association de développement de Delwende, une autre ONG, aide les villageois à créer des pépinières et forme des exploitants à enseigner à d’autres les techniques de l’agroforesterie.
Il y a plusieurs années, M. Jean Dipama, exploitant à Saaba, a fait d’importants investissements dans l’agroforesterie. En vain. “J’ai planté plus de 2 000 arbres sur un terrain que je cultivais depuis des dizaines d’années, mais la plupart des jeunes pousses ont été détruites par des troupeaux laissés en liberté”.
Cet incident met en exergue un autre problème courant au Burkina : l’apparente compétition entre l’agriculture et l’élevage, deux secteurs qui devraient être complémentaires. Il est essentiel de les intégrer pour le développement d’une agriculture respectueuse de l’environnement. A cette fin, la DVA forme les exploitants à couper et stocker du fourrage, de manière à pouvoir nourrir leur bétail en des lieux choisis d’avance et ne pas les laisser paître sur des terres cultivées.
Irrigation à petite échelle Etant donné l’irrégularité des pluies, de plus grands efforts sont entrepris pour mieux gérer les maigres ressources en eau du pays. Le gouvernement cherche à développer une riziculture irriguée, notamment aux environs du barrage de Bagré, et lance d’autres projets d’irrigation financés sur des fonds publics, tant pour accroître le volume des ressources vivrières que pour réduire les importations coûteuses de riz, actuellement d’environ 100 000 tonnes par an. Cependant, les investissements nécessaires à de tels projets d’irrigation (dont le coût s’élève entre 4 000 et 6 000 dollars l’hectare) les mettent hors de portée de la plupart des exploitants. C’est pourquoi les services de vulgarisation agricole donnent priorité à une riziculture non irriguée sur les terres basses. Selon M. Bonkoungou, la DVA met actuellement au point des variétés de riz appropriées aux terres basses et les offre aux exploitants à des prix “accessibles”.
Néanmoins, le gouvernement envisage sérieusement de développer de petits projets privés d’irrigation. Depuis plusieurs mois déjà, il mène une campagne pour encourager le secteur privé à investir dans l’irrigation. La promulgation en janvier 1997 d’une nouvelle loi relative au régime foncier, autorisant la propriété privée devrait rendre ces investissements plus attractifs.
Le nombre de travaux d’irrigation privés a déjà augmenté. L’an dernier, les exploitants pratiquant la riziculture irriguée ont produit près de 33 800 tonnes de riz sur 7 660 hectares. Cela représente une importante contribution à la production nationale, qui a atteint 112 000 tonnes en 1996, multipliant par deux celle de 1994. Si l’agriculture reste une occupation difficile au Burkina, M. Lagwaré persiste. Avec un peu d’aide, il est convaincu de pouvoir “réaliser de grandes choses” en s’organisant avec d’autres exploitants. |
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