‘L’Afrique doit tirer parti de ses atouts’
Interview de Thelma Awori, nouvelle directrice
du Bureau Afrique du PNUD

L’objectif du développement durable “ne sera jamais atteint” tant que la question de l’égalité des sexes ne sera pas réglée.

Thelma Awori

Nous devons apprendre à utiliser les immenses capacités de l’Afrique, à reconnaître ce que font les gens et à voir comment nous pouvons y apporter le meilleur soutien, plutôt que d’arriver avec notre propre agenda et nos propres idées sur ce qu’ils devraient faire”, déclare Mme Thelma Awori lors d’un entretien avec Afrique Relance. Elle vient d’être nommée Administratrice adjointe du Programme des Nations Unies pour le développement et Directrice du Bureau régional pour l’Afrique.

Ougandaise d’origine libérienne, cette universitaire est depuis longtemps une activiste du mouvement de la femme. Avant de rejoindre le PNUD, elle travaille sur la mobilisation communautaire et le développement des ressources humaines. De 1988 à 1992, elle est chef de la section Afrique, puis Directrice adjointe du Fonds de développement des Nations Unies pour les femmes (UNIFEM). Elle sert ensuite comme Coordinatrice résidente des Nations Unies et Représentante résidente du PNUD au Zimbabwe, avant de retourner à New York en 1996, en qualité de Directrice adjointe du Bureau des politiques et de l’appui aux programmes du PNUD.

Avec une vision qui s’étend des activités des communautés villageoises aux questions internationales, Mme Awori défend sans réserve les efforts du PNUD pour aider les pays africains à pratiquer l’“éxécution nationale” des programmes de développement. Face au déclin préoccupant de l’aide au développement, les pays africains doivent faire appel à toutes les ressources disponibles de la manière la plus efficace et la plus durable, dit-elle. Cela passe par le renforcement des capacités locales de coordination, de gestion, de contrôle et d’évaluation de l’aide extérieure ainsi que l’optimisation des compétences locales. “Le travail de développement”, ajoute-t-elle, “devrait dépasser la relation donateur/bénéficiaire pour devenir un véritable partenariat”.

Mme Awori entend encourager les ministres-clés des pays africains à assister aux réunions du Comité directeur du PNUD, de manière à ce qu’ils soient en mesure de “piloter le processus” et qu’ils “fassent entendre leur voix lors de l’élaboration des politiques”. “Après tout”, poursuit-elle, “c’est bien à eux d’avoir la vedette”. Cette année, le budget global du PNUD s’élève à 500 millions de dollars pour ses programmes fondamentaux, dont 255 millions de dollars pour l’Afrique. A cela s’ajoutent les 200 millions de dollars alloués spécifiquement à la reconstruction après les conflits, à la réhabilitation, à la démobilisation et au déminage ainsi qu’au retour des réfugiés et des déplacés en Afrique.

Le PNUD figurant au nombre des grands donateurs de l’aide au développement, Mme Awori voit le besoin d’une plus grande cohérence. Elle attend du système des Coordinateurs résidents et du Groupe de développement des Nations Unies, proposé dans le cadre des réformes du Secrétaire général de l’ONU, qu’ils renforcent les partenariats avec d’autres donateurs et fassent que les relations entre la communauté des bailleurs de fonds dans son ensemble et les gouvernements récipiendaires “soient plus ouvertes et plus souples”.

Mais en tout état de cause, le continent ne peut pas supporter “le coût moral, économique, social et politique insupportablement élevé”, lié à l’exclusion du processus de développement “d’une immense partie de notre société”. “L’exclusion”, ajoute-t-elle, “est la principale cause de la pauvreté et des conflits en Afrique. Ce qui fait de l’inclusion, le défi du développement aujourd’hui”. Mme Awori appuie sans réserve le concept de bonne gouvernance, une priorité pour le PNUD, qui y consacre cette année la moitié de son budget pour l’Afrique. Les pays dotés de systèmes politiques ouverts et transparents qui promeuvent la participation, et sont gouvernés par des visionnaires, “voilà ceux qui avancent”.

Outre l’amélioration de la gestion économique, Mme Awori continuera à apporter son soutien aux réformes politiques, législatives, électorales et juridiques. Le PNUD a été très impliqué dans la transition démocratique au Mozambique, en Angola et en Afrique du Sud, et aide à la reconstruction des systèmes judiciaire et législatif au Rwanda. Il a également aidé 12 pays à préparer des programmes nationaux, présentés au premier Forum africain sur la gouvernance, qui s’est tenu au siège de la Commission économique  pour l’Afrique (CEA) à Addis-Abeba, en juillet dernier dans le cadre de l’Initiative spéciale du système des Nations Unies pour l’Afrique.

La lutte contre la corruption, phénomène que Mme Awori décrit comme un “cancer”, est au coeur même de l’idée de la bonne gouvernance. Le PNUD y contribue par l’intermédiaire de réformes destinées à promouvoir la transparence. Elle ajoute que la corruption est un problème global qui requiert des actions complémentaires de la part de tous les pays et toutes les institutions internationales.

De plus, elle ne doute pas que l’objectif global du développement durable “ne sera jamais atteint”, tant que la question de l’égalité des sexes ne sera pas réglée. Le PNUD soutient des projets destinés à aider les institutions africaines à faire de la question de la sexospécificité un des facteurs des politiques de développement, de la formation et de la recherche. Et, afin de venir à bout de “certains des obstacles à l’égalité des sexes”, le Bureau régional pour l’Afrique vient d’allouer 5,35 millions de dollars pour la promotion du rôle des femmes dans l’économie, à un réseau de femmes défendant cette cause et à celles impliquées dans la politique, la construction de la paix et la résolution des conflits.

Mme Awori est présidente du projet Femmes africaines en crise (AFWIC), lancé en 1993 par l’UNIFEM. Le projet a aidé des femmes réfugiées et déplacées à préparer leur retour en leur fournissant des services de santé, une assistance socio-psychologique ainsi que de la formation. Mais, comme le souligne Mme Awori, “ce sont les femmes qui ont pris leur sort en main, déclarant qu’elles ne seraient désormais plus des victimes dans des situations de conflit. Il a fallu nous organiser pour soutenir tous ces différents groupes de femmes, engagées dans la résolution des conflits, un mouvement qui s’est répandu comme une traînée de poudre”.

Mme Awori rit lorsqu’on lui demande comment elle a pu mener en parallèle sa vie professionnelle et personnelle. Elle est mariée à un diplomate ougandais et a élevé cinq enfants. “Toutes les femmes que je connais en Afrique mènent de front leurs responsabilités professionnelles et celles qu’elles exercent dans leur famille et leur communauté, parce que ce sont des femmes. C’est la même chose pour toutes les femmes, nous devons tout assumer”.