
La réduction des déficits budgétaires, l'amélioration des infrastructures, le renforcement des politiques de privatisation et l'offre d'incitations plus généreuses aux investisseurs étrangers ont été au nombre des grandes mesures préconisées aux Etats d'Afrique australe lors du Forum économique mondial qui s'est tenu du 21 au 23 mai à Harare. Cette conférence économique internationale sur l'intégration régionale des 12 pays de la Communauté de développement de l'Afrique australe a réuni 800 participants, y compris des chefs d'Etat, des ministres, des économistes et des entrepreneurs et industriels.
Les représentants des pays d'Afrique australe ont profité de la présence d'un grand nombre de dirigeants d'entreprises venus d'Europe, d'Amérique du Nord et d'Asie pour promouvoir les attraits des pays membres de la Communauté -- l'Afrique du Sud, l'Angola, le Botswana, le Lesotho, le Malawi, Maurice, le Mozambique, la Namibie, le Swaziland, la Tanzanie, la Zambie et le Zimbabwe.
"Nous avons des gouvernements démocratiques, nous promouvons la paix et, tout comme l'Union européenne, nous envisageons la création d'une union démocratique", a indiqué le ministre zimbabwéen de l'Industrie et du Commerce, Nathan Shamuyarira. "Nos économies sont complémentaires. Nous nous efforçons de favoriser le libre-échange dans la région et nos dirigeants ont la volonté politique de parvenir à cet objectif".
En 1996, grâce au rétablissement de la paix dans l'ensemble de la région et à des pluies généreuses, tous les Etats membres de la Communauté ont pour la première fois depuis de nombreuses années enregistré une croissance positive; dans huit d'entre eux, cette croissance a dépassé 5 %.
"Des politiques monétaires saines sont l'oxygène permettant à une économie de respirer", a noté Pieter Van Huysaten, le président-directeur de Price Waterhouse, Afrique du Sud. M. Van Huysaten a animé l'un des débats les plus intéressants, sur les politiques monétaires régionales. Les participants sont tous arrivés à la conclusion que la baisse des taux d'intérêt passait obligatoirement par des déficits budgétaires peu élevés.
De nombreux experts ont souligné la nécessité du libre-échange dans la région. "Nous représentons, individuellement, de petits marchés et la seule façon de nous développer est régionale", a noté M. Antonio Matos du groupe-conseil mozambicain Austral. "Nous ne produisons par exemple que 50 % des produits que nous consommons; il y a donc là un défi à relever tant pour nous que pour nos investisseurs. Des pays comme le Mozambique ont besoin d'une croissance rapide et très forte. Le Mozambique n'a qu'un faible pouvoir d'achat et il nous faut nous tourner vers l'extérieur. Nous devons aussi créer des emplois; 60 % des emplois de la Communauté se concentrent en Afrique du Sud, où ne vit que 30 % de sa population".
La prépondérance économique de l'Afrique du Sud dans la région est indéniable et a fait l'objet de nombreuses discussions lors de la conférence. L'Afrique australe a 135 millions d'habitants mais l'économie sud-africaine à elle seule représente les quatre cinquièmes du produit intérieur brut de la région. M. Jacob Mwanza, gouverneur de la Banque de Zambie, a critiqué l'Afrique du Sud pour les politiques commerciales qu'elle menait actuellement; elle punit, a-t-il dit, les pays voisins en inondant la région de produits subventionnés tout en imposant des tarifs douaniers exorbitants visant à empêcher les produits de ces pays de pénétrer sur son territoire.
Bien que les mesures protectionnistes prises par l'Afrique du Sud soient considérées comme les obstacles les plus graves au libre-échange dans la région, le ministre sud-africain du Commerce et de l'Industrie, Alec Erwin, a répété qu'il convenait d'établir une zone de libre-échange en Afrique australe dans les huit années à venir, ainsi qu'en étaient convenus les dirigeants de la Communauté l'an dernier.
L'un des autres points sur lesquels les dirigeants politiques régionaux et les hommes d'affaires étrangers sont tombés d'accord a été la nécessité de privatiser davantage d'industries d'Etat. La Zambie, le Mozambique, le Malawi et le Zimbabwe s'efforcent tous de privatiser.
"Tant qu'elles font rentrer de l'argent dans les caisses de l'Etat, nous nous moquons de savoir qui achète nos mines", a indiqué le Président de la Zambie, Frederick Chiluba. La franchise désarmante de M. Chiluba illustrait la politique de privatisation de son gouvernement, qui a vendu 145 entreprises d'Etat. La plus grosse société du pays, la Zambia Consolidated Copper Mines, n'a toutefois pas encore été vendue.
L'un des exposés les plus intéressants a été celui de David Robins, vice-président exécutif de l'Union de banques suisses. "Certaines régions de l'Afrique australe étaient récemment des zones de conflit. Ce dont la région a besoin, c'est d'un Plan Marshall; le problème, c'est qu'elle n'en aura pas", a dit M. Robins.
Il a fait observer que les pays d'Afrique australe devaient à la place attirer les investissements étrangers. En 1995, a-t-il dit, les flux d'investissements vers les différents pays de la Communauté se sont élevés en moyenne à 90 millions de dollars par pays, contre 2 milliards pour le Pérou, 4,5 milliards pour la Hongrie et 7 milliards pour Singapour. "Ces chiffres montrent qu'il existe un grave obstacle", a indiqué M. Robins. "L'Afrique est-elle considérée comme instable? Les cadres juridiques et financiers sont-ils trop restrictifs"? Il a recommandé de déréglementer les marchés, de libéraliser les contrôles des changes et de mettre en place un système fiscal plus favorable.