
Les besoins particulièrement pressants de l'Afrique et le niveau généralement peu satisfaisant de la coopération pour le développement ont été soulignés lors des grandes conférences internationales tenues fin juin et début juillet à New York, Denver et Genève. Il s'est avéré clair que même si les efforts de l'Afrique pour réformer ses politiques étaient bien réels, de nombreuses questions demeuraient quant à la volonté politique des pays développés de traduire leurs paroles d'encouragement en actes tangibles et en une véritable coopération.
A un moment où l'aide concessionnelle accordée à l'ensemble des pays en développement atteint son niveau le plus bas en 30 ans (voir graphe), le Groupe des sept plus grands pays industrialisés (G-7) et la Russie reconnaissent "les problèmes particulièrement graves" auxquels sont confrontés de nombreux pays africains. Lors de leur sommet de Denver du 20 au 22 juin, les Huit ont noté que cette aide resterait "essentielle" au renforcement des capacités de développement durable des pays de l'Afrique subsaharienne.

L'insuffisance de l'appui international aux efforts déployés par l'Afrique a également constitué un thème prioritaire lors de la session extraordinaire de l'Assemblée générale des Nations Unies qui a eu lieu du 23 au 27 juin et a permis d'examiner la mise en oeuvre du programme Action 21 adopté lors du Sommet "Planète Terre" en 1992. Les participants à la session extraordinaire -- y compris plus de 50 chefs d'Etat -- se sont déclarés "profondément préoccupés de constater que les tendances générales en matière de développement durable sont moins prometteuses aujourd'hui" qu'en 1992.
Des vues similaires ont été exprimées lors de la réunion de haut niveau du Conseil économique et social qui a eu lieu à Genève du 2 au 4 juillet. Il est "regrettable", a indiqué le Secrétaire général Kofi Annan lors du débat, de constater que nombreux sont ceux, en particulier dans les pays en développement, "qui ont été exclus des bénéfices de la mondialisation". De nombreux pays africains et pays les moins avancés (PMA) risquent de se voir encore davantage marginaliser malgré des efforts "déterminés" de réforme qui méritent un plus grand soutien international, a-t-il dit.
M. Annan a demandé l'octroi de flux d'aide plus importants et une "solution globale" au problème que constitutue l'endettement des pays en développement. Il a noté qu'avant tout, l'Afrique devait avoir librement accès aux marchés mondiaux pour ses exportations afin de ne plus dépendre des produits primaires et de l'aide. Il a estimé que le libre accès aux marchés était l'un des éléments essentiels de l'environnement facilitateur dont l'Afrique avait besoin et qui ne résulterait que d'une amélioration de la coopération internationale.
C'est aux pays en développement qu'il incombe avant tout de mettre en place les conditions du développement durable. M. Annan a toutefois remarqué que les pays développés avaient de "lourdes" responsabilités dans le domaine du "renforcement de la coordination de leurs politiques macro-économiques et de la cohérence des décisions qu'ils prenaient concernant le commerce, l'aide et l'économie en général".
"La démocratisation des relations internationales"
est également importante, a dit M. Annan, qui s'est déclaré
favorable à une plus grande participation des pays en développement
aux mécanismes régissant l'économie mondiale, point
de vue partagé par M. Razali Ismail, le Président de l'Assemblée
générale.
Bien que la plupart des intervenants aient déploré la baisse continue de l'aide publique au développement (APD), l'Ambassadeur des Etats-Unis, Victor Marrero, a indiqué que son pays ne voyait pas la logique de fixer des objectifs en matière d'APD et s'est élevé avec vigueur contre toute idée de taxation internationale destinée à accroître le financement du développement.
A l'inverse, le ministre norvégien de la Coopération pour le développement, Kari Nordheim-Larsen, a indiqué que la baisse de l'APD était "inacceptable" car les pays les plus pauvres en avaient besoin pour financer leurs services et infrastructures sociaux de base, ainsi que "le renforcement de leurs capacités et compétences". Les pays les plus riches ne peuvent prétendre "imposer des conditions" aux pays en développement sans leur donner les moyens financiers dont ils ont besoin, a-t-elle déclaré.
Les divergences entre le Nord et le Sud concernant le financement du développement durable étant très nettes, l'examen d'une semaine du Sommet "Planète Terre" par l'Assemblée générale des Nations Unies s'est terminé par la prise de peu d'engagements et sur une note de grande déception. Divers orateurs ont avancé des raisons similaires pour expliquer l'insuffisance de la coopération internationale. Tandis que le ministre sénégalais de l'Environnement, Abdoulaye Bathily, mentionnait "lés égoïsmes nationaux", l'Ambassadeur de Maurice, T. W. Wan Chat Kwong, blâmait le refus des pays de s'écarter de la routine. Une autre raison commune de s'inquiéter est que "les riches détruisent l'environnement parce qu'ils s'enrichissent et les pauvres le détruisent parce qu'ils s'appauvrissent", a fait observer le Vice-Ministre malgache des Affaires étrangères, Herizo Razafimahaleo.
Le rythme du développement ne peut toutefois pas s'accélérer "si les pays en développement sont paralysés par l'endettement extérieur, si les capitaux de développement restent inadéquats, si les obstacles limitent l'accès aux marchés, si les cours des produits de base et les termes de l'échange restent déprimés", a fait observer le Premier Ministre gabonais, Paulin Obame-Nguema, citant les enseignements de Rio.
Soulignant le "cycle toujours plus infernal de la pauvreté" auquel doivent faire face les pays africains, le Président en exercice de l'Organisation de l'unité africaine et Président du Zimbabwe, Robert Mugabe, a indiqué qu'avec des ressources financières adéquates, l'Afrique ne tuerait pas la faune sauvage pour se nourrir, ne couperait pas les arbres pour disposer de sources d'énergie et ne polluerait pas les ressources en eau, faute de technologies appropriées.
Les "modes de vie et de consommation non viables des pays riches du Nord restent les mêmes" et "les pays développés ont une 'dette écologique' à payer", a indiqué M. Mugabe, qui leur a instamment demandé de s'acquitter des engagements pris à Rio et ailleurs de consacrer 0,7 % de leur produit national brut aux pays en développement (et 0,15 % aux PMA). Il ne s'agit là que de l'un des objectifs convenus et spécifiques au sujet duquel les pays en développement ont demandé aux pays donateurs de prendre des mesures pratiques.
Parlant au nom du Groupe des 77 et de la Chine, le Président de la Tanzanie, Benjamin Mkapa, a noté "la disparition progressive de l'esprit de partenariat mondial" bien qu'on ait admis à Rio que les problèmes écologiques ne connaîtraient pas d'ajustements ni de solutions qui ne soient pas pénibles".
Les progrès réalisés, en particulier par les pays en développement, sont encore modestes par rapport aux normes envisagées en 1992, a dit M. Mkapa. Aucun problème ne mérite une attention plus urgente que celui de la dette extérieure. La dernière initiative du FMI et de la Banque mondiale devrait comprendre l'annulation d'une partie plus importante de l'encours de la dette, a-t-il dit, ajoutant que des conditions trop difficiles à remplir et une aide éloignée signifiaient que "les médicaments risquent d'arriver lorsqu'il n'y aura plus d'espoir pour le malade".
M. Mkapa a remercié le Danemark, la Norvège, les Pays-Bas et la Suède -- seuls pays à avoir atteint ou dépassé l'objectif consistant à consacrer 0,7 % de leur PNB à l'APD -- et espéré qu'ils "en inspireraient d'autres". L'APD fournie par les 16 autres nations industrialisées est en fait passée de 0,34 % du PNB en 1992 à 0,25 % en 1996. Le Sommet "Planète Terre" a réaffirmé l'objectif en matière d'aide, les pays en développement ayant besoin de flux nets d'APD plus élevés pour mettre en oeuvre Action 21. La "diminution catastrophique" des flux d'APD s'est soldée par une poursuite de la dégradation de l'environnement que "de simples mesures de réduction de la pauvreté financées par l'APD auraient aisément pu prévenir", a fait remarquer le Président Mkapa.
"La vaste majorité d'entre nous prend en outre d'importants risques politiques en adoptant à l'échelon national des mesures favorables aux investissements locaux et étrangers directs visant à rendre l'APD superflue à long terme", a-t-il poursuivi.
L'APD est absolument nécessaire à l'amélioration du cadre réglementaire, au renforcement des capacités humaines et financières et à la mise en place des infrastructures susceptibles d'attirer l'investissement étranger direct. M. Mkapa a noté que dans tous les cas, ces investissements concernaient souvent "des projets à rentabilité rapide et pas nécessairement ceux qui étaient compatibles avec les objectifs de développement durable de Rio".
Demandant instamment aux pays donateurs de "redoubler d'efforts" pour aider ceux qui n'avaient ni les capacités ni les ressources nécessaires, le Président du Botswana, Sir Ketumile Masire, a conclu que "ce qu'il nous reste à faire à présent est de passer des paroles aux actes".
La coopération pour le développement est dans "une grave impasse" et l'ONU ne devrait pas se retrouver politiquement et financièrement en marge des questions économiques essentielles aux pays en développement, a indiqué le Président de l'Assemblée générale, Razali Ismail (Malaisie). En clôturant la session de l'Assemblée consacrée à l'examen du Sommet "Planète Terre", il a indiqué que les résultats obtenus étaient "dégrisants" car ils montraient "combien il est difficile de lutter contre les intérêts à court terme des pays et les groupes d'intérêts" afin d'obtenir de la communauté internationale qu'elle s'engage "concrètement à atteindre des objectifs spécifiques et à mener des programmes mondiaux". Il a indiqué que les enseignements tirés avaient permis de "rétablir l'équilibre entre nos immenses espoirs et la réalité de l'absence de volonté politique".
A l'occasion d'une conférence de presse, il a indiqué que "l'esprit de clocher" s'était répandu dans une grande partie du monde développé depuis 1992 et influait sur sa disposition à fournir des fonds à des conditions de faveur et d'autres ressources, comme les transferts de technologie. Même les ressources consacrées au développement durable, "sujet favori des pays développés", sont insuffisantes. Notant la "grande ambiguïté" concernant le renversement de la tendance à la baisse des flux d'aide qui avait caractérisé la session extraordinaire, M. Razali a noté que "la volonté de trouver des modes de financement novateurs" pour mobiliser de nouvelles ressources et des ressources supplémentaires se heurtait à une sorte de "veto politique".
Les pays développés, a-t-il dit, sont de moins en moins enclins à débattre des "grandes questions économiques" à l'ONU, préférant définir le système économique international au sein des institutions de Bretton Woods et à l'Organisation mondiale du commerce, "puis mettre les pays en développement devant des faits accomplis en leur imposant des conditions financières coercitives". Tous ces pays ne sont pas prêts à s'intégrer dans un système mondialisé mais "sont forcés de le faire prématurément". M. Razali a donc instamment demandé à l'ONU de "résister au 'Consensus de Washington', l'Organisation n'ayant après tout pas été créée pour approuver sans discussion les décisions des institutions de Bretton Woods ou de l'Organisation mondiale du commerce".
La session extraordinaire avait, malgré tout, permis de réaffirmer l'importance capitale de l'élimination de la pauvreté et la nécessité de mettre un terme à la diminution des flux d'APD et de s'acquitter des engagements pris en matière de transfert de technologies écologiquement viables aux pays en développement, a-t-il dit.
Pour M. Razali, le message aux diverses capitales, aux ONG et à toutes les parties prenantes était le suivant : le développement durable "oblige à intégrer les facteurs écologiques, environnementaux et sociaux dans la prise de décisions et les programmes, et passe par la résurgence d'un véritable partenariat mondial fondé sur des responsabilités communes mais différenciées".