
Le Gouvernement américain a formulé les propositions contenues dans une nouvelle initiative, le "Partenariat pour la croissance économique de l'Afrique", qui vise à résoudre la crise du développement en Afrique subsaharienne. Reconnaissant les possibilités offertes par les programmes de réforme économique et sociale dans de nombreux pays, l'initiative, qui bénéficie au Congrès du soutien des deux partis, vise à offrir aux gouvernements qui cherchent à accélérer la croissance économique de leur pays des incitations sur le triple plan du commerce, de l'aide et de l'allégement de la dette. Au Sommet de Denver du G-7, le gouvernement du Président Bill Clinton a recherché un appui international en faveur de l'initiative, et s'efforcera dans un proche avenir de grossir l'impact du plan auprès de la communauté des donateurs.
Il faut se féliciter vivement que les Etats-Unis reconnaissent la nécessité d'aborder les problèmes de l'aide, du commerce et de la dette dans le cadre d'une stratégie d'ensemble. Il faut aussi accueillir avec satisfaction la proposition d'utiliser les garanties d'investissement pour mobiliser l'investissement étranger privé au bénéfice de l'Afrique, qui reçoit actuellement moins de 1 % du volume mondial des flux de capitaux privés. De manière plus générale, l'initiative américaine procède de la reconnaissance du fait que les risques inhérents à la marginalisation de l'Afrique sont exceptionnellement graves, l'approfondissement de la pauvreté et le déclin économique intensifiant les rivalités nationales et ethniques, contribuant aux problèmes écologiques et détruisant la capacité des gouvernements de fournir les services sociaux de base.
Mais, pour encourageante que soit l'initiative américaine, elle est viciée sur plusieurs points essentiels. Elle prêtera appui à un petit groupe de pays que les Etats-Unis jugent avoir fait leurs preuves, ce qui menace de ruiner les initiatives visant l'ensemble de la région -- comme l'Initiative spéciale des Nations Unies pour l'Afrique -- qui offrent une meilleure chance de succès. De plus, les engagements pris par les Etats-Unis d'appuyer un allégement plus efficace de la dette se concilient assez mal avec les efforts du Gouvernement américain pour retarder l'application de l'initiative en faveur des pays pauvres lourdement endettés prise par le Fonds monétaire international et la Banque mondiale.
Les propositions américaines offrent des concessions relativement mineures sur le commerce. Les incitations commerciales envisagées consistent essentiellement à améliorer le système généralisé de préférences des Etats-Unis, avec l'engagement de réduire les tarifs douaniers et d'étendre ce système à un plus grand nombre de produits. En tant qu'élément d'une stratégie intégrée de commerce et de développement, le renforcement du système de préférences pourrait comporter d'importants avantages. Cependant, l'application de l'accord d'Uruguay aura pour effet d'éroder les avantages déjà limités des préférences, tandis que la proposition américaine néglige aussi d'aborder les problèmes structurels plus profonds liés au fait que l'Afrique est tributaire des produits primaires.
Plus généralement, la nouvelle initiative ne corrige pas le manque de cohérence entre les politiques américaines en matière d'aide, de commerce et de dette. Par exemple, les subventions à l'agriculture américaine et le dumping des exportations américaines continuent de ruiner les possibilités d'accès des producteurs africains au marché, et les petits exploitants africains voient leur revenu familial baisser du fait de ces importations bon marché. De même, les efforts tendant à promouvoir l'investissement privé ont peu de chance de succès à moins que ne soit résolue à brève échéance la crise de la dette africaine, tandis que les possibilités d'investissement en Afrique continuent d'être érodées par la poursuite d'un recours aux obstacles tarifaires et non tarifaires pour limiter l'accès aux marchés dans des secteurs tels que les textiles, le cuir et l'agriculture.
Les modalités d'aide au développement prévues par les propositions américaines sont décevantes. Au cours des trois dernières années, le budget américain de l'aide a été sévèrement amputé, les dépenses de développement tombant de 0,15 à 0,10 % du produit national brut. Pourtant, l'initiative de ce pays n'offre aucune aide nouvelle, même dans des secteurs comme la santé et l'éducation, qui sont reconnus prioritaires.
Les propositions américaines prévoient que pour obtenir un appui, les pays devront mettre en oeuvre des mesures de réforme économique jugées acceptables par les Etats-Unis. Les réformes expressément citées sont les suivantes : rapide libéralisation des échanges, suppression des obstacles tarifaires qui protègent l'agriculture nationale, incitations à l'investissement. En pratique, cela correspond aux réformes économiques encouragées dans le cadre des programmes d'ajustement structurel. Le problème est qu'une stricte application de ces programmes a pour corollaires la lenteur de la croissance, un investissement de faible rapport et, en de nombreux cas, l'impossibilité de protéger l'investissement social.
Ce dont l'Afrique a besoin, c'est d'un plan d'action mieux intégré, soutenu par les pays du G-7 collectivement et appuyé par d'importantes nouvelles ressources financières, afin de donner de solides assises à la croissance et à la réduction de la pauvreté. Un tel plan doit offrir une stratégie cohérente pour améliorer les perspectives commerciales de la région, résoudre la crise de la dette, financer la reconstruction des pays qui sortent d'un conflit, et améliorer l'accès à la santé et à l'éducation. Autre point important, ce plan d'action doit énoncer des objectifs tangibles de réduction de la pauvreté et des repères permettant de mesurer la performance des donateurs et des gouvernements par rapport aux engagements souscrits.
A parler franchement, l'initiative américaine ne répond pas à l'attente. Le danger est que l'Afrique n'y voie un autre exemple de vagues engagements et l'annonce d'une autre série de promesses non tenues.