Hausse de la croissance en Afrique

La clémence du temps et des prix plus élevés à l'exportation favorisent la reprise, dit la CEA

L'an dernier, le taux de croissance des économies africaines a été de 3,9 % en moyenne, de loin le plus élevé de la décennie. D'après la Commission économique pour l'Afrique (CEA), le produit intérieur brut (PIB) du continent devrait augmenter encore davantage cette année (4,2 %) si les conditions climatiques et les marchés internationaux s'y prêtent. Le taux de croissance pour 1996 constitue un progrès par rapport à celui de 1995 (2,7 %) et est largement supérieur au taux moyen annuel de 0,9 % enregistré au cours de la période 1990-1994. Onze pays d'Afrique ont vu leur PIB augmenter de 6 % ou plus en 1996. Seuls deux pays ont enregistré des taux de croissance négatifs, contre six en 1995 et 16 en moyenne annuelle entre 1990 et 1994.

Notant que le reste de l'économie mondiale avait connu une croissance plus forte et plus soutenue, la CEA souligne toutefois dans son Rapport sur la situation économique et sociale en Afrique, 1997 que les relativement bons résultats de l'Afrique en 1995 et 1996 "doivent plutôt être considérés comme des signes avant-coureurs du redressement économique de l'Afrique et d'un renforcement de ses capacités que comme la preuve d'une croissance soutenue et accélérée". En outre, malgré la forte reprise économique, la "détérioration de la qualité de vie de l'Africain moyen s'est poursuivie", et les deux tiers pratiquement de la population du continent subsistent au niveau ou en-dessous du seuil de pauvreté.


Malgré une croissance plus forte, 'la détérioration de la qualité de vie de l'Africain moyen s'est poursuivie', note la CEA.

La CEA attribue en partie l'amélioration relative des résultats économiques enregistrés en 1996 à la poursuite de la mise en oeuvre des programmes de réforme économique et des politiques de marché. Elle mentionne aussi toutefois le rôle joué par des marchés extérieurs plus robustes, l'amélioration des termes de l'échange et des conditions climatiques généralement propices ­ tous facteurs qui ne dépendent directement en rien de l'Afrique et sont susceptibles de changer subitement.

De manière générale, les recettes d'exportation du continent ont augmenté de 8,7 % en 1996, grâce à un accroissement du volume de la production de 4% et à un relèvement de 4,7 % du prix de ses marchandises sur les marchés mondiaux. L'augmentation du prix des marchandises s'est également traduite par une amélioration des termes de l'échange de l'Afrique de 4,6 %.

Ces moyennes cachent toutefois une opposition marquée entre les pays africains exportateurs de pétrole et les autres. "L'augmentation des recettes d'exportation en 1996 a presque uniquement bénéficié aux pays exportateurs de pétrole", note la CEA. Leurs recettes d'exportation ont augmenté de 23,3 % et leurs termes de l'échange se sont améliorés de 18,9 %. Les pays non exportateurs de pétrole ont, quant à eux, vu leurs recettes d'exportation décliner de 5 %.

La vulnérabilité de la plupart des économies africaines à l'instabilité des prix internationaux est exacerbée par leur extrême dépendance vis-à-vis de l'exportation d'un ou deux produits de base, une "surconcentration qui les tient à la merci de l'extérieur", ainsi que le remarque la CEA. "Les prix des produits primaires diminuant et la situation générale évoluant dans le contexte des accords issus des négociations d'Uruguay, les pays d'Afrique doivent", selon la CEA, "accorder toute leur attention à la diversification des produits et des marchés, tant à l'extérieur qu'à l'intérieur. Ce n'est qu'ainsi que l'Afrique s'assurera une part plus importante du commerce international". Cette part dans le commerce mondial, qui était de 5 % en 1980, est actuellement inférieure à 2 %.

Selon la CEA, la valeur ajoutée dans le secteur agricole a augmenté de 5,2 % en 1996. Cette augmentation n'a pas seulement été la plus importante depuis le début de la décennie, mais également un élément essentiel du remarquable redressement économique de l'Afrique. D'après l'indice de production agricole de l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), la production s'est accrue de 1,9 % par habitant.

La production alimentaire en particulier a augmenté de manière spectaculaire, en grande partie grâce aux conditions climatiques propices sur presque tout le continent, notamment au Maghreb et en Afrique australe, qui avaient été touchés par de graves sécheresses au cours de la première moitié de la décennie. On estime provisoirement le déficit alimentaire global de l'Afrique à 10,5 millions de tonnes, une amélioration notable par rapport aux 20 millions de tonnes de 1995. Ce niveau est toutefois encore inquiétant compte tenu de la menace potentielle que constituerait une forte augmentation des prix des denrées alimentaires pour la balance commerciale de l'Afrique.

Dans le secteur manufacturier, par contre, le taux de croissance de la valeur ajoutée est passé de 4,6 % en 1995 à 2,5 % en 1996 du fait de la baisse de la demande intérieure, de la concurrence toujours plus importante des produits d'importation bon marché et de l'accroissement des coûts des biens d'importation nécessaires à la production. La valeur ajoutée des produits manufacturés a toutefois augmenté bien plus rapidement en Afrique orientale et du Nord que sur l'ensemble du continent, (5,3 % et 4,2 % respectivement) grâce à une forte demande intérieure et à l'afflux d'investissements étrangers.

Dans le secteur minier, la valeur ajoutée a augmenté de façon spectaculaire, passant de -0,2 % en 1995 à 6,6 % en 1996. La principale raison en a été l'augmentation sur les marchés mondiaux des prix du minerai de fer, des phosphates et du pétrole brut, bien que la production de pétrole ait aussi augmenté de façon non négligeable (de 353 millions de tonnes en 1995 à 369 en 1996) du fait de la mise en valeur de nouveaux gisements pétrolifères en Algérie, en Angola, en République du Congo et au Nigéria.

En conclusion de son passage en revue des résultats économiques de l'Afrique l'an dernier, la CEA a noté que pour le continent dans son ensemble, le taux d'investissement par rapport au PIB était estimé à 21,3 % et le taux d'épargne intérieure à 19,6 %, même si pour les pays de l'Afrique subsaharienne, ces taux n'avaient été que de 16 % et 13,3 % respectivement. "De manière générale, le volume de l'épargne et des investissements est bien inférieur aux niveaux requis pour atteindre et maintenir un taux de croissance susceptible d'avoir de véritables répercussions sur les économies de la région", a conclu la CEA. Compte tenu des problèmes de financement extérieur auxquels est actuellement confrontée l'Afrique, la CEA estime que les gouvernements africains doivent non seulement prendre des mesures décisives pour mobiliser des ressources financières intérieures et porter leur épargne à un niveau aussi élevé que possible, mais également encourager le secteur privé à réinvestir son épargne sur le continent.

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