
La guerre civile qui a déchiré le pays pendant sept mois ayant pris fin, les dirigeants de la République démocratique du Congo (ex-Zaïre) ont commencé à faire porter leurs efforts sur les énormes problèmes de reconstruction et de développement. Pendant ce temps, la communauté internationale, en même temps qu'elle se demande comment contribuer à ces efforts, met l'accent sur le sort des réfugiés rwandais (voir encadré).
"Une ère nouvelle a commencé", a déclaré M. Laurent-Désiré Kabila devant une foule de plusieurs dizaines de milliers de personnes à Kinshasa le 29 mai, en prenant ses fonctions de Président. Il s'est engagé à organiser un référendum sur une nouvelle constitution d'ici à décembre 1998 et des élections législatives et présidentielles avant avril 1999. Dans l'intervalle, le nouveau gouvernement a interdit aux partis politiques de mener quelque activité que ce soit, décision qui a donné lieu à des protestations populaires.
Après avoir chaleureusement accueilli le Président Kabila au sommet de l'Organisation de l'unité africaine (OUA) à Harare, le Secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, a noté que les chefs d'Etat réunis à cette occasion éprouvaient une "grande solidarité" pour ceux qui allaient devoir "reconstruire une nation, remettre en état ses infrastructures et organiser des élections lorsque le moment serait venu". La Banque mondiale estime que la remise en état des infrastructures à elle seule coûtera quelque 3 milliards de dollars chaque année.
Certains pays donateurs ont dans un premier temps demandé l'organisation, dans les meilleurs délais, d'élections nationales mais les responsables congolais ont indiqué qu'ils devaient avant tout faire face à la débâcle administrative et économique que leur avait laissée en héritage le Président évincé, Mobutu Sese Seko.
La plupart des fonctionnaires ne sont pas payés depuis plusieurs années et nombreux sont les écoles et dispensaires qui ont dû fermer leurs portes. Bien que le pays dispose de certains des gisements de cobalt, diamants, cuivre et autres minerais parmi les plus riches du monde, les entreprises minières d'Etat ont souvent été pillées sous le régime de Mobutu. Le produit intérieur brut a diminué de 8,9 % par an en moyenne au cours de la période 1990-1994 et l'inflation a atteint 750 % l'an dernier. Pendant ce temps, la dette extérieure a atteint 14 milliards de dollars sans que beaucoup de résultats tangibles aient pu être enregistrés du fait d'années de corruption généralisée.
Pendant le discours inaugural qu'il a prononcé à Kinshasa,
M. Kabila a fait part de sa décision de remplacer l'ancienne monnaie,
le zaïre, par de nouveaux francs congolais. Il a été
annoncé lors de la première réunion du Cabinet à
la fin mai qu'un plan de reconstruction serait élaboré afin
de rénover les routes, revoir de fond en comble le système
de santé, coordonner l'offre et la demande de main-d'oeuvre et entreprendre
d'autres tâches essentielles au relèvement économique
et social.
Les perspectives qu'offre l'exploitation des vastes richesses minières du pays ont suscité un grand intérêt de la part des sociétés minières étrangères et de nombreuses délégations sont arrivées au Congo pour négocier ou signer des contrats de prospection et d'exploitation. "Nous souhaitons établir une économie de marché", a indiqué le ministre des Finances, Mwana Mawampanga. "Nous voulons toutefois demander aux sociétés qui viennent investir dans notre pays de se comporter de manière responsable". Il a notamment indiqué que le gouvernement s'efforcerait d'éviter le type de monopole minier dont la De Beers Consolidated Mines d'Afrique du Sud avait joui au niveau de la commercialisation des diamants.
Quels que soient les investissements étrangers susceptibles d'être faits au Congo, le pays a un besoin immédiat de ressources financières pour relever une économie et une administration en ruine. Le gouvernement espère recouvrer une partie des vastes sommes détournées par Mobutu et sa clique -- qui, d'après plusieurs estimations, vont de 4 à 8 milliards de dollars. Ce processus, même s'il est partiellement mené à bien, prendra vraisemblablement du temps. A plus court terme, le Programme des Nations Unies pour le développement et d'autres organismes de l'ONU préparent des programmes d'aide afin de répondre à certains des besoins les plus pressants. Le Vice-Président de la Banque mondiale pour l'Afrique, Callisto Madavo, a conduit une délégation à Kinshasa le 23 juin et est convenu de créer deux commissions avec le gouvernement, l'une sur l'économie nationale et l'autre sur la dette extérieure.
Malgré des réticences de la part du nouveau gouvernement de la République démocratique du Congo, l'ONU s'efforce de vérifier les allégations de massacres de réfugiés rwandais par des soldats de l'Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo (AFDL) du Président Kabila. "Ce qui compte ici est d'obtenir des faits", a fait observer le Secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, le 8 juillet, peu après avoir informé le Conseil de sécurité que l'ONU prévoyait d'envoyer une équipe pour enquêter dans le pays.
Le Président Kabila avait indiqué lors du sommet de l'OUA à Harare qu'une équipe de l'ONU serait autorisée à enquêter sur d'éventuels massacres. Les autorités congolaises ont toutefois par la suite objecté à la composition et au mandat de l'équipe. Ils ont rejeté la participation de
M. Roberto Garreton, le Rapporteur pour les droits de l'homme au Congo, et suggéré que l'équipe enquête également sur les atrocités commises auparavant par les miliciens hutus. Préoccupé par la possibilité de perdre davantage de temps à débattre de ce type de questions, M. Annan a indiqué que l'ONU devait faire preuve de souplesse si elle voulait envoyer une équipe sur le terrain "dès que possible" et qu'il nommerait une autre équipe.
Le caractère urgent de l'enquête a encore été souligné le 2 juillet à l'occasion de la publication par la Commission des droits de l'homme de l'ONU d'un rapport faisant état de massacres de réfugiés et autres civils dans la partie orientale du pays entre septembre 1996 et la chute du régime Mobutu à la mi-mai. "Ces crimes semblent suffisamment massifs et systématiques pour être qualifiés de crimes contre l'humanité", a conclu le rapport. Bien que la plupart des belligérants, notamment les miliciens hutus dispersés parmi les réfugiés rwandais, semblent avoir commis des violations, selon le rapport, près des deux tiers des incidents auraient été commis par l'AFDL et ses alliés.