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Afrique Relance, Nations Unies, Actualités, février
2003 Nigéria : une controverse remet en cause la campagne mondiale contre la polio Par Michael Fleshman Des doutes exprimés au Nigéria, alimentés
par la guerre contre le terrorisme et la contestation de l'innocuité
des vaccins fournis par l'ONU, ont enrayé une très
importante campagne de vaccination dans le nord de ce pays d'Afrique
de l'Ouest. La controverse menace même ce que l'Organisation
mondiale de la santé (OMS) a qualifié de «
meilleure et peut-être dernière chance » d'éliminer
complètement la polio. En effet, depuis la suspension
de la campagne de vaccination en octobre, des souches de polio
propres à la région se sont propagées dans
le sud du Nigéria et dans sept autres pays d'Afrique occidentale
-- le Ghana, le Togo, le Bénin, le Burkina Faso, le Tchad,
la République centrafricaine et le Cameroun. Cette flambée
épidémique, qui a obligé les autorités
locales à lancer des campagnes de vaccination onéreuses
dans des régions auparavant débarrassées
de ce fléau, remet en cause les efforts -- et les trois
milliards de dollars -- consentis par la communauté internationale
depuis 15 ans pour éliminer complètement cette
maladie débilitante. Une affiche de l'Organisation mondiale de la santé en faveur de la vaccination contre la polio. La campagne pour l'élimination de cette maladie risque toutefois d'être remise en question. Photo : ©OMS / Sven Torfinn La controverse s'est déclenchée en juillet dernier, lorsque Datti Ahmed, chef du Conseil suprême de la charia de l'Etat de Kano, qui veille à l'application de la loi islamique, a affirmé que les vaccins contre la polio fournis par le Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF) contenaient des produits chimiques stérilisants et le virus VIH à l'origine du sida. M. Ahmed, dirigeant influent de cette région à large majorité islamique, a accusé les autorités américaines d'avoir délibérément contaminé les vaccins pour réduire la taille de la population musulmane dans le cadre de leur lutte contre le terrorisme. Ces accusations ont conduit les dirigeants de Kano et de deux autres Etats appliquant la charia, le Kaduna et le Zamfara, à suspendre leurs activités de vaccination tant que l'innocuité du vaccin n'aurait pas été établie. Des tests en laboratoire effectués par les autorités nigérianes et des analyses indépendantes menées à l'étranger n'ont révélé aucune contamination des vaccins. Pourtant, d'autres tests entrepris par les responsables de l'Etat de Kano auraient confirmé la présence d'oestrogènes et d'autres substances étrangères. Une déclaration du 15 janvier du Ministre nigérian de la santé, Eyitayo Lambo, qui annonçait la reprise de la campagne de vaccination, a été immédiatement démentie par les responsables de la santé de l'Etat en question, qui ont affirmé qu'il n'y aurait pas de vaccination tant que l'innocuité du vaccin n'aura pas été prouvée. La polio « n'est pas maîtrisée » au Kano Cette controverse, a affirmé à Afrique Relance le directeur de la campagne anti-polio de l'OMS, le docteur David Heymann, a pour enjeu la santé des quelque 15 millions d'enfants de l'Afrique de l'Ouest et le succès de la campagne mondiale d'éradication de la polio. A présent, a-t-il fait valoir lors d'un entretien accordé à la mi-janvier, la polio «n'est pas maîtrisée dans le nord du Nigéria, en raison de la qualité insuffisante des services de vaccination et de promotion. De ce fait, les autorités n'ont pas été capables de dresser 'un mur de l'immunité' qui empêcherait la propagation de la polio». La région de Kano constitue l'un des six « foyers
» de polio encore actifs après le lancement de la
campagne mondiale d'éradication en 1988 (voir tableau ci-dessous), qui a permis d'en
finir pratiquement avec cette maladie. L'OMS a par ailleurs l'intention
d'administrer des vaccinations multiples à plus de 250
millions d'enfants des zones concernées d'ici la fin de
l'année 2004, éliminant ainsi tout risque de réapparition
du virus. La politique et l'histoire alimentent les doutes Le docteur Heymann estime que si les craintes relatives à
l'innocuité du vaccin anti-polio n'ont certes aucun fondement,
la méfiance de l'opinion publique s'explique en partie
par les événements internationaux et par le décès
très médiatisé de 11 enfants nigérians
en 1996 à la suite de tests d'un médicament expérimental
contre la méningite administrés par la société
pharmaceutique américaine Pfizer. Paradoxalement, l'inquiétude
provoquée par cette controverse dans le monde ne fait
qu'intensifier le scepticisme des populations. « Ce qui
me fait douter encore plus de cette histoire de vaccination,
c'est l'acharnement dont font preuve à ce sujet les pays
dits développés », a déclaré
un habitant de Kano au journal nigérian Thisday.
« Ces gens-là, qui sont justement à l'origine
de nos malheurs, prétendent aujourd'hui vouloir aider
nos enfants à survivre. Cela me paraît louche ».
Par le passé, la polio a fait de nombreuses petites victimes en Afrique. Photo : ©OMS / Jean-Marc Giboux Pour changer ces mentalités, dit le docteur Heymann, l'OMS a mobilisé le soutien de l'Organisation de la Conférence islamique (OCI), de l'Union africaine et de la Ligue arabe pour exhorter la reprise de la campagne de vaccination au Nigéria. C'est ainsi que l'OCI a adopté une résolution en novembre invitant les pays islamiques ayant des cas de polio à redoubler d'efforts en vue d'éliminer ce fléau. Les pays où la polio est endémique doivent s'associer à ces campagnes pour le bien de leurs propres citoyens et des pays voisins, affirme-t-il. « Ce vaccin est disponible partout dans le monde, gratuitement. Les pays qui ne s'en servent pas privent leurs populations de leur capital-santé. En plus, ils se conduisent en voisins irresponsables, car les maladies infectieuses ne connaissent pas de frontières. Ce virus peut sauter dans un avion pour se rendre où bon lui semble », ajoute l'expert de l'OMS. C'est pourquoi il est indispensable à son avis de trouver une solution rapide au problème qui se pose dans le nord du Nigéria. « Nous devons absolument réussir. Et nous devons trouver un moyen de faire appel à la fois à l'engagement de l'UNICEF sur le terrain, aux responsables islamiques qui sont persuadés que le vaccin ne présente aucun danger et aux différentes couches de la population travaillant ensemble. Ce n'est pas évident, mais c'est ce qu'il nous faut faire », a conclu le docteur Heymann. [ Retour au tableau de référence de l'article ]
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