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Stephen Lewis au Zimbabwe : Le manque de ressources allouées à la lutte contre le VIH/sida équivaut à un « massacre par indifférence » Photo : © PAM / Brenda Barton
Les ravages de la famine et du sida en Afrique australe Il faut agir pour éviter la catastrophe, avertit Stephen Lewis Par John Nyamu Déjà accablée par les taux de séropositivité les plus élevés du monde, l'Afrique australe est maintenant en proie à une sécheresse de grande envergure qui risque de plonger dans la famine des pays entiers. De retour à New York après une tournée de deux semaines en Afrique australe effectuée fin janvier, M. Stephen Lewis, envoyé spécial du Secrétaire général de l'ONU pour la question du VIH/sida en Afrique, est porteur d'un message alarmant : l'effet conjugué du VIH/sida et de la faim paralyse non seulement l'agriculture, mais également tous les secteurs. « Certains fonctionnaires du gouvernement disent avoir l'impression d'assister à l'effondrement de la société dans son ensemble et devoir lutter pour leur survie », a-t-il dit au terme de la tournée effectuée avec M. James Morris, Directeur général du Programme alimentaire mondial des Nations Unies. Les deux hauts fonctionnaires ont rappelé que malgré l'arrivée rapide d'aide alimentaire qui a aidé à atténuer la crise humanitaire en Afrique australe, une nouvelle catastrophe se profile à l'horizon, « l'existence même de pays entiers » étant menacée par le VIH/sida. La pandémie modifie les caractéristiques de la famine en Afrique, en réduisant la productivité agricole, en fragilisant la population et en affaiblissant la capacité de la population à se remettre de catastrophes naturelles et causées par l'homme, ont-ils expliqué dans une déclaration. « Nous savons que le monde a aujourd'hui les yeux tournés vers une autre région, mais il est essentiel que les Nations Unies et la communauté internationale poursuivent leurs efforts afin de réinscrire à l'ordre du jour la crise qui a lieu en Afrique australe et dans l'ensemble du continent et d'y faire face. » Exprimant ce même message au début du mois de décembre, le Secrétaire général Kofi Annan a souligné le lien direct qui existe entre la famine et le sida ainsi que leurs effets cumulatifs. Alors que 16 millions de personnes sont menacées par la famine en Angola, au Lesotho, au Malawi, au Mozambique, au Swaziland, en Zambie et au Zimbabwe, le sida s'est traduit par une perte de compétences agricoles, un recul des efforts de développement agricole, la disparition de modes de subsistance ruraux et la réduction des capacités de production agricole et des revenus des ménages, ainsi qu'une croissance exponentielle des coûts liés aux soins à prodiguer aux malades. Le Secrétaire général a rappelé que la maladie se propageait à un rythme alarmant et de façon disproportionnée parmi les femmes. D'après les estimations pour 2002, les femmes représentent désormais 50 % environ des personnes séropositives à l'échelle mondiale et 58 % à l'échelle de l'Afrique subsaharienne. Le monde entier a l'habitude de voir des images de la famine dans la corne de l'Afrique, souvent touchée par la sécheresse. Mais il s'agit aujourd'hui d'un nouveau type de crise en Afrique australe -- une région normalement fertile, bien arrosée et autonome sur le plan alimentaire. Ces atouts pèsent pourtant peu face à une maladie mortelle qui emporte les habitants les plus productifs de la région. M. Lewis, qui s'est rendu au Lesotho, au Malawi, en Zambie et au Zimbabwe, compare le sida à « un lent effondrement de la société » et indique que la désintégration du secteur agricole de l'Afrique pourrait préfigurer de pires choses à venir. L'éducation est en danger. Les enfants, en particulier les filles, arrêtent leur scolarité pour s'occuper de parents malades et mourants, tandis que les orphelins ne peuvent s'acquitter des frais de scolarité. Les enseignants sont durement frappés par la maladie. En Zambie, quelque 2 000 enseignants par an sont morts du sida au cours des deux dernières années. Le royaume montagneux du Lesotho a l'un des taux de séropositivité les plus élevés du continent. M. Lewis se souvient de la conversation qu'il a eue avec le Premier Ministre Pakalitha B. Mosisili. « Les donateurs nous répètent sans cesse que nous n'avons pas des capacités suffisantes. Je sais que nous n'en avons pas ; aidez-nous et nous renforcerons nos capacités », a déclaré M. Mosisili à l'envoyé du Secrétaire général. Bien que plus peuplé que la Namibie et le Botswana, le Lesotho ne dispose pas des revenus de ces deux pays producteurs de diamants. M. Lewis a expliqué que le précédent président du Lesotho, M. Frederick Chiluba, avait passé son temps à nier la réalité du sida et à faire obstacle à ceux qui cherchaient à lutter contre la maladie. Depuis l'élection l'an dernier du Président Levy Mwanawasa, a-t-il ajouté, tout le monde s'accorde à reconnaître que les dirigeants politiques ont adopté une toute nouvelle attitude sur la question. Satisfait de la nouvelle volonté des dirigeants africains d'affronter le sida, M. Lewis a toutefois noté que, malgré l'émergence de cette volonté politique, un élément crucial faisait cruellement défaut : l'argent. Qualifiant de « massacre par indifférence » le manque de ressources allouées à la lutte contre l'épidémie, il a déclaré que ceux qui y assistaient passivement « avec une impassibilité pathologique » devaient être tenus responsables. « Un jour viendra peut-être, a-t-il dit, où nous aurons des tribunaux de temps de paix chargés de statuer sur cette forme particulière de crime contre l'humanité. » [ Accueil ] [ Actualités ] [ Magazine ] [ Index / Recherche ] [ A propos d'Afrique Relance ] [ Accueil - ONU ] [ Nouvelles - ONU ] [ Grand rapports de l'ONU ] [ Liens de l'ONU pour l'Afrique ] Afrique Relance Site Web : www.africarecovery.org |