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Les dirigeants africains s'expriment sans détour sur le sida

L'Afrique et les dirigeants africains ont dominé les débats de la session extraordinaire de l'Assemblée générale des Nations Unies consacrée au VIH/sida qui a duré trois jours et s'est achevée le 27 juin à New York. Deux mois seulement après s'être réunis à Abuja pour prendre des mesures d'urgence visant à lutter contre la pandémie (voir le numéro de juin 2001 d'Afrique Relance), 17 chefs d'Etat et de gouvernement africains ont assisté à la session extraordinaire, afin d'affirmer leur volonté de renforcer la lutte contre le sida dans leur pays et de demander à la communauté internationale de les aider davantage à cette fin.

A l'heure où l'Afrique compte 70 % des cas de séropositivité et près de 80 % de tous les décès dus au sida dans le monde, les dirigeants ont souligné le lien qui existe entre la pauvreté et le sida, et ont rappelé qu'il était important d'allier des programmes d'éducation, de prévention et de traitement, afin de mener une offensive concertée contre cette maladie mortelle. De nombreux intervenants ont lancé un appel en faveur du Fonds mondial pour la santé et la lutte contre le sida du Secrétaire général, Kofi Annan, qui espère réunir de 7 à 10 milliards de dollars par an pour lutter contre le VIH/sida et d'autres maladies infectieuses en Afrique et dans d'autres régions en développement. D'autres ont présenté les efforts déployés à l'échelle nationale et régionale en matière de lutte contre le sida et ont rappelé que pour assurer une prévention efficace, il fallait avant tout accroître le pouvoir d'action des femmes et mettre fin à l'ostracisme dont sont victimes les personnes porteuses du virus. Aux yeux de nombreux observateurs, dont M. Annan, la présence d'un aussi grand nombre de dirigeants africains à la session extraordinaire témoigne d'une nouvelle volonté de lutter contre les facteurs sociaux, politiques et économiques qui contribuent à la propagation de l'épidémie. On trouvera ci-après certaines des déclarations faites lors de la session extraordinaire  :

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Le Président de la Tanzanie, Benjamin Mkapa
Le fait que la plupart des chefs d'Etat présents à cette session extraordinaire viennent de pays en développement témoigne d'une évidence : ce sont nous, les pays les plus durement touchés [par l'épidémie], qui devons montrer l'exemple, [et] qui avons le plus besoin de l'appui de la communauté internationale. Ce sont nous qui osons espérer que cette session extraordinaire donnera lieu non seulement à une déclaration mais également à des engagements concrets débouchant sur une aide urgente.

C'est une chose pour l'Afrique de prendre la direction de cette stratégie globale et intégrée et d'en être maître, c'en est une autre de la rendre opérationnelle. La mise en oeuvre de ces stratégies entraîne des coûts extrêmement élevés... d'autant que nous avons une autre guerre à mener, contre la pauvreté. Nous sommes réunis ici pour demander à bénéficier de partenariats de plus grande envergure et d'une aide plus importante, avec de nouvelles ressources, et non des programmes d'aide existants remaniés... Certains accusent le Secrétaire général, M. Kofi Annan, de faire naître des attentes irréalistes. A nos yeux, le problème n'est pas là. Le véritable problème tient au manque de volonté politique des entreprises et des pays riches. S'ils ont les moyens de consacrer 300 milliards de dollars à des subventions du secteur agricole, qui représente moins de 10 % de leur PIB ... ils peuvent assurément verser 10 milliards de dollars au Fonds mondial [pour la santé et la lutte contre le sida].

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Le Président du Gabon, El Hadj Omar Bongo
L'Afrique -- la preuve en a été récemment apportée au Sommet d'Abuja -- est prête à assumer sa part de partenariat en matière de lutte contre le sida ... Sur le plan de l'accès au traitement, les pays en développement ne sont pas toujours en mesure d'accéder aux nouveaux traitements. Or l'esprit d'équité, de justice et d'humanité impose que les médicaments soient accessibles à tous. Les pays riches ont envers le genre humain un devoir d'humanité et de solidarité. La variole a disparu, la polio disparaît, le sida doit aussi disparaître.

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Le Premier Ministre du Mozambique, Pascoal Mocumbi
Le VIH se propage en grande partie à cause de la pauvreté et de l'inégalité des femmes ... Au Mozambique, le taux de séropositivité des filles et des jeunes femmes, qui est d'après les estimations de 15 %, est deux fois plus élevé que celui des garçons du même âge ; pas parce que les filles ont davantage de partenaires sexuels, mais parce que près de 3 sur 5 d'entre elles se marient avant l'âge de 18 ans -- dans 40 % des cas à des hommes nettement plus âgés et ayant beaucoup plus d'expérience sexuelle, qui risquent de transmettre le virus du VIH/sida à leur femme. Pour ces femmes enfants, l'abstinence n'est pas possible.

La prévention est la principale composante de notre politique nationale de lutte contre le VIH/sida. Ce n'est que lorsque la population sera bien informée que nous pourrons réussir. Nous devons donc accorder une attention particulière aux groupes vulnérables comme les femmes et les jeunes, notamment les filles. Nous nous efforçons de leur transmettre les informations et les techniques qui leur permettront de se protéger. Si l'on ne s'intéresse pas avant tout aux femmes et à leurs droits, la lutte contre le VIH/sida sera un échec. De même, nous sommes très préoccupés par la façon dont sont traitées les personnes vivant avec le VIH/sida. Notre parlement examinera prochainement un projet de loi visant à protéger les droits des personnes vivant avec le VIH/sida.

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Le Président du Nigéria, Olusegun Obasanjo
Je souhaite plaider en faveur des millions de personnes qui sont déjà porteuses du virus VIH. Nous devons leur accorder ... toute notre attention. Je pense notamment aux millions d'enfants orphelins dont les parents sont morts de cette maladie. La session extraordinaire doit examiner et adopter une stratégie globale qui vise en priorité à traiter les malades et à améliorer leurs conditions de vie ... ainsi qu'à assurer le bien-être et la prise en charge des orphelins du sida.

Etant donné les circonstances et la situation créée par le VIH/sida, il est encore plus important d'annuler dans son intégralité la dette africaine, en faveur des investissements à réaliser dans le secteur social. Si nous voulons être de véritables partenaires en matière de développement, la question de la dette doit être envisagée de façon globale, afin de dégager des ressources qui nous permettront de lutter contre ce fléau ... et de nous acquitter des autres obligations d'ordre social qui nous incombent vis à vis de nos populations.

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Le Président du Sénégal, Abdoulaye Wade
Agir contre le SIDA, c'est d'abord en parler et rompre définitivement la conspiration du silence; c'est ensuite briser les tabous et vaincre les préjugés qui entourent le mal et les malades; c'est enfin informer, sensibiliser, éduquer et prendre en charge le patient au plan thérapeuthique, psychologique et social, en évitant sa marginalisation.

Des instances internationales faisant autorité, à l'instar du Programme ONUSIDA, ont reconnu et apprécié le succès des efforts du Sénégal visant à endiguer la maladie. C'est dire que la corrélation entre le sous-développement et la propagation du SIDA nest pas toujours fondée. Le Sénégal est disposé à partager son expérience et l'expertise de ses chercheurs et autres personnels ressources afin de contribuer à la synergie de nos efforts communs et solidaires contre le péril du VIH/SIDA.

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Le Président du Botswana, Festus Mogae
Nous proposerons bientôt des traitements aux antirétroviraux dans nos centres de santé publics ... dans le cadre de la stratégie de lutte contre le sida. A cet égard, le Botswana approuve complètement la proposition qui a été faite d'établir un fonds mondial de lutte contre le VIH/sida. Il importe que ce fonds soit régi par des principes garantissant que les ressources disponibles soient allouées aux pays qui sont le plus durement touchés par le VIH/sida, comme le Botswana. Il serait injuste d'exclure des pays comme le mien, en raison des revenus par habitant. Le fonds devrait être doté d'un règlement et de mécanismes efficaces et souples en matière d'allocation de fonds et accorder la priorité aux pays les plus durement touchés.

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Le Président du Mali, Alpha Oumar Konaré
Je qualifie cette rencontre de rencontre de l'espoir, car nous donnons écho à la revendication de solidarité de millions de malades pour lesquels l'avenir ne peut s'écrire qu'au présent. C'est le rôle et la vocation de l'ONU d'indiquer aujourd'hui la voie à suivre, d'inspirer les efforts nécessaires, de faire converger les moyens de la lutte et de les coordonner avec les Etats concernés. L'intérêt général universel oblige, en effet, à refuser l'imposition d'un système au bénéfice exclusif des seules puissances d'argent.

Nous devons dans ce domaine particulier, qui met en cause la survie même de l'humanité, ... adopter la notion de « bien public global » pour la survie indispensable du genre humain.

L'intégration sur le plan sous-régional de nos différents programmes nationaux de lutte contre le VIH/sida mérite d'être soulignée...

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Le Premier Ministre du Lesotho, Pakalitha Mosisili
Nous estimons que l'un des droits fondamentaux des personnes porteuses du virus, ainsi que de leur entourage, consiste à avoir accès à une aide et à des soins de qualité, à tous les niveaux. Nous mettons tout en oeuvre pour que leurs droits fondamentaux soient respectés. A cette fin, nous nous employons en particulier à lutter contre les préjugés qui entourent la maladie, et également, au moyen de réformes législatives, à supprimer les inégalités entre les sexes qui empêchent les femmes et les filles de gérer elles-mêmes leur santé sexuelle. L'augmentation rapide du nombre d'orphelins nous a amenés à ... garantir qu'ils puissent continuer à avoir accès à des soins de santé et à l'éducation et à être nourris et logés. Nous sommes donc en train de réviser nos politiques de protection de l'enfance et d'aide sociale et d'obtenir l'appui des secteurs concernés.

Le Lesotho est fermement résolu à atteindre l'objectif qui consiste à réduire de 25 % [le nombre de nouveaux cas de séropositivité] d'ici à 2003 parmi les 15 à 24 ans. Les efforts que nous déployons dans ce sens commencent petit à petit à porter leurs fruits, ainsi qu'en témoigne les taux élevés de connaissance du VIH/sida et de sensibilisation à la maladie (que l'on estime actuellement à 95 %) parmi la population.

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Le Président du Rwanda, Paul Kagame
Le Rwanda figure parmi les 14 pays d'Afrique subsaharienne les plus durement touchés par le VIH/sida. D'après les estimations, sur les 8 millions d'habitants que compte le Rwanda, quelque 400 000 seraient porteurs du virus. Cette situation est en partie due au génocide de 1994, au cours duquel ont eu lieu d'innombrables viols systématiques de femmes et de filles. Les répercussions de cet épisode de notre histoire ne sont pas encore complètement comprises. Les bouleversements massifs, internes et externes, et la migration de millions de personnes pendant cette période ont également contribué à la propagation du VIH/sida.

Malgré ces problèmes, nous avons pris un certain nombre de mesures de lutte contre le VIH/sida dans mon pays, en multipliant notamment ... par dix le nombre de tests de dépistage volontaire depuis 1997 ; en mettant en place un programme de prévention de la transmission du VIH de la mère à l'enfant [et] un système d'achat de médicaments antirétroviraux, qui sont proposés à la population à des prix subventionnés par l'Etat ... Les jeunes Rwandais ont de leur propre chef joué un rôle de premier plan, ainsi qu'en témoigne la création de clubs anti-sida dans quasiment tous les établissements d'enseignement secondaire du pays.

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Le Président du Kenya, Daniel Arap Moi
Mon gouvernement a adopté une loi exceptionnelle visant à lutter contre des épidémies potentiellement mortelles. Cette loi prévoit la suspension du droit actuel des brevets. Elle vise à empêcher tout excès. La fabrication, la commercialisation, la distribution et l'exportation [de médicaments] font l'objet d'un contrôle très strict. Cette loi a pour seul objectif de fabriquer des médicaments de qualité contre le sida, qui sont protégés par des brevets internationaux. Ils seront fournis à mon peuple aux prix les plus bas possibles. L'heure est venue de choisir entre la vie de notre peuple et le droit des intérêts commerciaux ... C'est pourquoi nous nous sommes engagés dans cette voie.

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Le roi Mswati de Swaziland
A vous, qui êtes également membres de l'ONU, je dis : Mon peuple est en train de mourir. Il meurt prématurément, en laissant des enfants orphelins, et un pays perpétuellement en deuil. Mais, nous n'avons pas déclaré forfait. Nous cherchons à trouver dans notre pays même des solutions aux différents aspects de la crise. Les réseaux familiaux et l'esprit communautaire traditionnels forment la base de notre stratégie de soins et de prise en charge des personnes en détresse.

Nous faisons de plus en plus appel aux traditions et à la culture du passé, en particulier en ce qui concerne la promotion de l'abstinence. Nos guérisseurs traditionnels ont beaucoup à offrir, en conjonction avec les méthodes de recherche actuelles et les médicaments efficaces. Et nos aliments locaux constituent une nutrition adéquate pour ceux qui sont dans le besoin. La réussite de ce sommet, et la seule justification des dépenses considérables qu'il entraîne pour nous tous, membres de l'Organisation, se mesureront à la diminution du nombre de décès et de mourants. Notre peuple ne saurait se contenter de moins.


Toutes les photos : ONU / Département de l'information




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